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Que reste-t-il de nos amours ?
(Odinea Pamici) |
par
Francesco Magris
|
Questions de sous-vêtements féminins. Et
de gourmandise. Le tout dans un rapprochement inhabituel où il est
difficile de comprendre qui voisine avec quoi : est-ce la nourriture
qui fait irruption dans cet univers féminin plus timide qu’il ne
semble pour le profaner, ou estce au contraire l’intimité du sexe
faible qui recherche dans la contamination alimentaire un surcroît
d’attrait érotique par nature intrigant ? On en vient spontanément
à se poser cette question après avoir visité la galerie Ravouan-Moussion
où la triestine Odinea Pamici a débuté à Paris avec une exposition
personnelle intitulée
Que reste-t-il de nos amours ?
A peine entré, on est reçu par un lit matrimonial avec une imposante
tête baroque brodée de microfibres argentées et de véritables feuilles
d’argent – au reflet lunaire, peut-être parce que les hommes de
l’Antiquité attribuaient à la lune le gouvernement de la naissance
et de la mort, celui du cours des saisons – et décoré de fleurs
qui se dérivent des fleurs du matelas en transperçant le couvre-lit,
lui retirant toute fonctionnalité et donc en le rendant inutilisable.
Le lit se révèle de la sorte le symbole de la stérilité de la société
postmoderne et de cette dérive vers un idéal esthétique purement
virtuel. Deuxième arrêt : une photographie représentant deux belles
jambes (de l’artiste en personne) sur lesquelles s’enroulent des
tentacules de pieuvre jusqu’à la hauteur de la cuisse gainées de
culottes blanches ornées de dentelles. Il a fallu un grand courage
à l’artiste pour détourner les codes érotiques habituels par le
biais de l’artifice d’un animal considéré en général comme étant
répugnant.

Quand on poursuit la visite, on voyage entre des photographies de
sous-vêtements féminins, entre autres des soutiens gorges, des bas,
des slips, des guêpières où, comme si on les avait soumis aux rayons
X, l’on discerne des masses de moules et d’autres fruits de mer
au coeur des dédales souterrains de cette garde-robe. Dans les photographies
réservées à la lingerie, l’artiste fait de la nourriture la métaphore
cosmique pour décrire la dimension orale de l’homme et élargir le
plaisir gustatif en associant au désir sexuel, ceux-ci étant les
principales satisfactions de la société du bienêtre, une fois débarrassés
de toute redondance purement ornementale et ramenés à leur tension
essentielle et atavique. Pamici recueille et met savamment en scène
les intuitions du quotidien et les combine avec habileté, obtenant
des résultat surprenants et parfois sinistres,en sautant souvent
du goût au dégoût. Le mélange de vie quotidienne, qui fournit l’inspiration,
et de culture, qui ne font plus qu’un, est le principal défi de
toute l’exposition – tentative sans aucun doute réussie en évitant
toute provocation explicite – trop souvent couronnée de succès –
et sans flirter avec les formes nouvelles du féminisme militant,
mais en rétablissant l’univers féminin sur l’axe qui lui est spécifique,
en ne faisant qu’une seule concession – un soupçon de voyeurisme
insidieux et coupable.•
|
| par Francesco Magris (Traduit de l’italien par Gérard-Georges Lemaire) |
| mis en ligne le 06/06/2008 |
| Droits de reproduction et de diffusion réservés; © visuelimage.com |
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