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« Dans
la culture pop, je recherche systématiquement
le spirituel car je suis persuadée qu’une
musique qui ne parle pas uniquement d’amour,
de drogue, d’armes et de sexe a de plus
grandes chances de durer…» Kim Gordon
L’exposition thématique peut manquer l’oeuvre, la contraindre,
la rendre pédagogique, univoque, la forcer par regard prosélyte.
On peut aussi, rater son rendez vous avec elle, en l’obligeant à ne
décrire et ne s’exprimer que dans un domaine d’application.
Cette distinction n’est pas pertinente. Comment parler du travail
de Rodney Graham et de Jeff Wall sans évoquer leur groupe de rock
UJ3RK5, et parler de Joseph Beuys en omettant son incursion dans la new
wave avec Sonne statt Reagan ? Une exposition qui rend compte des trames
de récits qui se forment entre « art et musique » se
doit de ne pas considérer la musique uniquement comme représentation
scénique, comme forme théâtrale. Dans un espace d’exposition,
il faut tenter de formuler et d’inscrire, l’expression même
de la musique actuelle : l’électrification (des instruments,
des corps), le live, le veejing, le set… Pour traduire ces données
le formalisme est un échec. Et le glamour, le succès des
stars du rock ne sont en aucune façon les garantes de la valeur,
de l’intérêt de leurs productions plastiques.
L’espace d’exposition n’a pas le rôle d’être
l’after d’un concert. Ce moment où la fête essaye
de ne pas se terminer et la fatigue se faisant sentir, les derniers besoins
doivent être assouvis. Art>Music, Rock, Pop, T echno (MOCA de
Sydney, 2001), Sonic Process (Centre Pompidou, 2003), Jack, Cinch & XLR
: Amplified Images (Le Crestet, 2002), Sympathy for the Devil : Art and
Rock and Roll Since 1967 (MOCA de Chicago, 2008) sont des exemples d’expositions
pertinentes relevant la prétention et le peu d’exigence de
Rock’n’Roll (Fondation Cartier, 2007) ou It’s not only
rock’n roll, Baby ! (BOZAR, 2008). Pour cette dernière, son
commissaire, Jérôme Sans, déclare que « l’exposition
explore pour la première fois une histoire alternative du Rock,
celle de musiciens nés dans le monde de l’art », et
qu’il est de ce fait « en train de réinventer l’écriture
du concert rock », on manque tout simplement de s’étouffer.
Une autre exposition attire l’attention par son fort potentiel de
séduction : Sonic Youth etc. : Sensational Fix. Sonic Youth est
ce « groupe de rock bruitiste éternellement cool et branché,
formé en 1981 sur les cendres du mouvement No Wave. »
Leur album Daydream nation fut considéré « par les
rockologues comme le meilleur double album de la décennie et comme
la référence du rock arty tant affectionné des galeries
du New York downtown. Insatiables défricheurs et commissaires artistiques
par nature, les membres du groupe sont des collectionneurs, faiseurs de
tendances, activistes et adoubeurs », voici ce que nous dit David
Kamp et Steven Dalily dans leur Dictionnaire snob du Rock. Au LIFE, Sonic
Youth a sélectionné des oeuvres de Richard Prince, Tony Oursler,
Raymond Pettibon, Mile Kelley (qui ont tous fait une pochette de leur album)
de Dan Graham (qui propose un pavillon d’écoute), de Christian
Marclay (un sol recouvert de vinyle à piétiner), de Jutta
Koether (une salle d’enregistrement). Une accumulation d’oeuvres
dans une scénographie sans saveur, avec des confrontations parfois
très appuyées et frontales. S’organise alors un très
large panorama de l’art américain des années 1960 à 2000.
Un casting excellent, des artistes fondamentaux, mais des oeuvres en basse
définition. L’exposition séduit, c’est évident,
mais trop de pièces y sont rassemblées (elles se posent en
documents, en fétiches), trop d’oeuvres de moindre intérêt,
vis-àvis du reste de la production de leurs créateurs. Une
grande partie de ces productions sont prêtées par le groupe
; des oeuvres intimes, d’appartement. De petites oeuvres, peu encombrantes,
facile à circuler : une définition de l’image en basse
définition. •
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