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Les artistes et les expos
Sonic Youth etc. : Sensational Fix Life à Saint Nazaire
par Timothée Chaillou

« Dans la culture pop, je recherche systématiquement le spirituel car je suis persuadée qu’une musique qui ne parle pas uniquement d’amour, de drogue, d’armes et de sexe a de plus grandes chances de durer…» Kim Gordon

L’exposition thématique peut manquer l’oeuvre, la contraindre, la rendre pédagogique, univoque, la forcer par regard prosélyte. On peut aussi, rater son rendez vous avec elle, en l’obligeant à ne décrire et ne s’exprimer que dans un domaine d’application. Cette distinction n’est pas pertinente. Comment parler du travail de Rodney Graham et de Jeff Wall sans évoquer leur groupe de rock UJ3RK5, et parler de Joseph Beuys en omettant son incursion dans la new wave avec Sonne statt Reagan ? Une exposition qui rend compte des trames de récits qui se forment entre « art et musique » se doit de ne pas considérer la musique uniquement comme représentation scénique, comme forme théâtrale. Dans un espace d’exposition, il faut tenter de formuler et d’inscrire, l’expression même de la musique actuelle : l’électrification (des instruments, des corps), le live, le veejing, le set… Pour traduire ces données le formalisme est un échec. Et le glamour, le succès des stars du rock ne sont en aucune façon les garantes de la valeur, de l’intérêt de leurs productions plastiques.

L’espace d’exposition n’a pas le rôle d’être l’after d’un concert. Ce moment où la fête essaye de ne pas se terminer et la fatigue se faisant sentir, les derniers besoins doivent être assouvis. Art>Music, Rock, Pop, T echno (MOCA de Sydney, 2001), Sonic Process (Centre Pompidou, 2003), Jack, Cinch & XLR : Amplified Images (Le Crestet, 2002), Sympathy for the Devil : Art and Rock and Roll Since 1967 (MOCA de Chicago, 2008) sont des exemples d’expositions pertinentes relevant la prétention et le peu d’exigence de Rock’n’Roll (Fondation Cartier, 2007) ou It’s not only rock’n roll, Baby ! (BOZAR, 2008). Pour cette dernière, son commissaire, Jérôme Sans, déclare que « l’exposition explore pour la première fois une histoire alternative du Rock, celle de musiciens nés dans le monde de l’art », et qu’il est de ce fait « en train de réinventer l’écriture du concert rock », on manque tout simplement de s’étouffer. Une autre exposition attire l’attention par son fort potentiel de séduction : Sonic Youth etc. : Sensational Fix. Sonic Youth est ce « groupe de rock bruitiste éternellement cool et branché, formé en 1981 sur les cendres du mouvement No Wave. »

Leur album Daydream nation fut considéré « par les rockologues comme le meilleur double album de la décennie et comme la référence du rock arty tant affectionné des galeries du New York downtown. Insatiables défricheurs et commissaires artistiques par nature, les membres du groupe sont des collectionneurs, faiseurs de tendances, activistes et adoubeurs », voici ce que nous dit David Kamp et Steven Dalily dans leur Dictionnaire snob du Rock. Au LIFE, Sonic Youth a sélectionné des oeuvres de Richard Prince, Tony Oursler, Raymond Pettibon, Mile Kelley (qui ont tous fait une pochette de leur album) de Dan Graham (qui propose un pavillon d’écoute), de Christian Marclay (un sol recouvert de vinyle à piétiner), de Jutta Koether (une salle d’enregistrement). Une accumulation d’oeuvres dans une scénographie sans saveur, avec des confrontations parfois très appuyées et frontales. S’organise alors un très large panorama de l’art américain des années 1960 à 2000. Un casting excellent, des artistes fondamentaux, mais des oeuvres en basse définition. L’exposition séduit, c’est évident, mais trop de pièces y sont rassemblées (elles se posent en documents, en fétiches), trop d’oeuvres de moindre intérêt, vis-àvis du reste de la production de leurs créateurs. Une grande partie de ces productions sont prêtées par le groupe ; des oeuvres intimes, d’appartement. De petites oeuvres, peu encombrantes, facile à circuler : une définition de l’image en basse définition. •

Timothée Chaillou
mis en ligne le 10/12/2008
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