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Chroniques
des lettres
Chronique de l’an IX (3) |
| Chronique de l’an IX |
par
Gérard-Georges Lemaire
|
|
Le Tournant,
histoire d’une vie,
Klaus Mann,
préface de Jean-Michel Palmier, tr Nicole Roche et Henri Roche,
Babel |
Le Tournant de Klaus Mann est un
ouvrage exceptionnel. C’est un vademecum unique pour comprendre
les années qui ont précédé la Seconde guerre mondiale. Courageux
et même téméraire, Klaus Mann se révèle un opposant de la
première heure au nazisme. Avec sa soeur Erika, il compose
des pièces de théâtre de caractère politique dans le pur esprit
des cabarets allemands de l’époque. S’il doit s’exiler, il
continue son combat dans toute l’Europe. Il crée une revue
antifasciste et l’un des principaux organisateurs du Congrès
international pour la défense de la culture. On le retrouve
ensuite en Espagne dans le camp républicain. Et c’est sous
l’uniforme américain qu’il contribue à la chute du IIIe Reich.
En outre, sa personnalité est riche en paradoxes : homosexuel,
toujours hanté par la présence de sa soeur avec laquelle il
entretient des relations troubles, il se drogue et mène une
vie de dandy reposant par essence sur les apparences. Sa vie
n’a peut-être été que le désir de se mesurer à ce pater familias
écrasant, autoritaire, mais aussi montrant de nombreuses faiblesses
et faisant preuve d’un aveuglement politique stupéfiant. C’est
donc une existence menée tambour battant, avec passion, mais
aussi avec désespoir. Et, étant à peine entré dans la quarantaine,
il se suicide à Cannes en 1949. La paix n’était pas faite
pour lui. Le Tournant est un ouvrage qui devrait prendre place
dans la bibliothèque de tous les honnêtes hommes. |
Dossier K.,
Imre Kertèsz, tr N. Zaremba-Huzsvai & C. Zaremba, Actes Sud |
Les entretiens d’Imre Kertész avec son ami (et éditeur !)
Zoltàn Hafner sont franchement déconcertants. L’expression
est même faible. Sans doute est-ce parce que l’essentiel de
son oeuvre (qui ne commence à voir le jour qu’à partir de
1961) traite de son expérience dans les camps de concentration
et dans les camps de la mort. Kertesz s’est appuyé sur ces
mois d’horreurs pour tenter de recoudre une autobiographie
et pour tenter de relater, de manière métaphorique, le mécanisme
de ces charmants séjours germaniques. Et, par-dessus tout
ça, il y a l’affaire du communisme, qui a introduit d’autres
effrois et d’autres absurdités. L’auteur d’Etre sans destin
ne cesse de vouloir esquiver les questions de son interlocuteur,
d’entraîner le lecteur dans des circonvolutions alambiquées,
dans l’espoir de faire comprendre que la réalité qui a fait
de lui l’écrivain qu’il est devenu est moins puissante que
l’imaginaire qui l’en a sauvé (c’est d’ailleurs le sujet de
ce grand roman, qui a des affinités avec La vita è bella de
Begnini). Ses propos sont aussi exaspérants qu’éclairants.
Mais on est frappé, du début jusqu’à la fin par sa terrible
malice, qui n’épargne rien et qui n’a que faire des bons sentiments. |
Junky,
William S. Burroughs, préface d’Allen Ginsberg, tr C. Cullaz
& R. Major, édition revue par Ph. Mikriammos, Folio |
Philippe Mikriammos vient de publier une nouvelle édition
revue et surtout augmentée de Junky de William S. Burroughs.
C’est une excellente nouvelle. Ce fut le premier ouvrage publié
de l’auteur du Festin nu. Il y brossait le portrait de son
double en littérature William Lee. Si ce récit possède un
caractère autobiographique indéniable, c’est aussi la description
froide et méthodique de la dépendance à la drogue et de ses
conséquences. Publié à l’origine dans un complet malentendu,
il connut des ventes remarquables ! Aujourd’hui, on y trouve
la matrice des grands thèmes de l’univers de Burroughs dont
le principal axiome est l’algèbre du besoin. En 1976, Ginsberg
a écrit une préface où il raconte l’histoire pour le moins
étonnante de cette oeuvre. |
| Pas ici, pas maintenant,
Erri De Luca, tr Danièle Valin, Folio |
Relire Pas ici, pas maintenant d’Erri De Luca (je l’ai lu
lors ce sa sortie en Italie en 89) m’a amené à apprécier différemment
sa littérature. J’ai trouvé Pas ici, pas maintenant, Erri
De Luca, tr Danièle Valin, Folio. dans ce retour sur l’enfance
une intensité rare et même d’une violence inouïe. Rien ne
semble d’abord transpirer de cette dureté dans le récit. Mais
peu à peu on éprouve jusqu’au fond de soi des sentiments douloureux
et contrastés, des élans brisés, des amours tus. Dépeindre
ses parents comme des fantômes a quelque chose d’inquiétant,
mais aussi de révélateur. C’est un récit superbe dans son
dépouillement et sa bizarrerie. |
En français dans le texte
|
Céline à Bezons,
1940-1944, David Alliot & Daniel Renard, Editions du Rocher |
Quand la sortie de l’étude de David Alliot et de Daniel Renard
sur Céline à Bézons fut annoncée, on aurait pu espérer des
révélations ou, peut-être, une vision rénovée de l’auteur
du Voyage au bout de la nuit. La déception est grande parce
qu’on n’apprend rien de fondamental dans ces pages. Cela étant
dit, l’enquête menée par les deux auteurs n’est pas dépourvue
d’intérêt. Nous découvrons le médecin Destouches pendant l’Occupation
travaillant dans un dispensaire, vivant dans une petite ville
triste de la banlieue parisienne. Ils nous livrent un portrait
contrasté, qui nous révèle un homme sans beaucoup de grandeur,
mais qui n’est pas pour autant un sale « collabo » comme on
a trop tendance à l’affirmer. Les témoignages de l’époque
le font apparaître tel qu’en lui-même, avec ses petitesses
et avec de beaux gestes. Il n’en reste pas moins vrai que
Céline n’a été sublime que dans son écriture et que pour le
reste, il n’a été que trop humain, c’est à dire avec beaucoup
de faiblesses et bien des médiocrités. |
Suite suisse,
Hélène Bessette, « Laureli », Léo Scheer |
Hélène Bessette est un auteur déconcertant. Laure Limongi
nous fait redécouvrir cet auteur tombé dans les oubliettes
(je ferais mieux de dire : découvrir) et je lui en suis reconnaissant.
J’ai lu Suite suisse avec une véritable délectation. Ce n’est
pas tant sa manière étrange de composer son texte en abolissant
les paragraphes et en choisissant de concentrer chaque moment
du récit sur une ligne (ou deux au maximum), mais plutôt en
provoquant une accélération vertigineuse de la narration.
Elle a inventé un Nouveau Roman à sa manière. Elle produit
une fiction qui possède à la fois une forte charge émotive,
parfois poétique, parfois drôle et grinçante. Mais jamais
dans le cas présent, en transformant le tissu romanesque en
une peau de chagrin. Elle ne se prive pas de montrer les travers
du mode de vie helvétique, de ses modes idiomatiques, du rythme
du phrasé caractéristique de nos voisins romands. Mais c’est
plutôt l’absurdité de ses rencontres et de ses conversations
qui ont la meilleure part. Au-delà des tribulations de la
narratrice, on tient entre les mains un livre qui dévoile
sans cesse de magnifiques bonheurs d’expression, des images
fortes, fulgurantes, parfois, et aussi des pensées qui traversent
la page, quelques mots posés là avec le sens de la concision
qui est le propre du haiku japonais, mais avec une charge
émotionnelle rare. Il serait sot et révoltant de ne pas ouvrir
ce livre et d’y trouver le plaisir que j’y ai puisé. On y
retrouve un peu l’esprit de Robert Walser, le même humour,
la même simplicité, la même beauté d’écriture. |
Une vie à deux,
Jean Blot,
Editions du Rocher |
De Jean Blot, je connaissais les essais sur la littérature
russe (son Alexandre Block étant le dernier en date), son
étude sur Moïse. Mais (honte à moi) je n’ai jamais lu ses
romans. Cette autobiographie met en relief son grand don de
narrateur. Son style ressemble d’ailleurs à ce qu’il est dans
la vie : en apparence léger, désinvolte, élégant, drôle sans
être un apôtre du mot d’esprit, généreux, intelligent, curieux
des autres, curieux du monde. Tout ce qui fait sa valeur humaine
se retrouve dans l’histoire de sa vie qui est narrée avec
une frénésie pleine de verve et de tonus. Il met en scène
une après-guerre pleine d’illusions et de promesses (cela
ne durera pas longtemps) qu’il vit à travers la loupe grossissante
des grandes institutions internationales nées du désastre
de la guerre, d’abord l’ONU et ensuite l’UNESCO. Ce qu’il
nous en dit est d’une haute densité comique ! La grande Histoire
qui se construisait grâce au nouvel équilibre de la Terreur
(ce qui n’empêcha pas l’émergence de nouvelles guerres d’une
horreur tout à fait digne de celle qui avait secoué le monde
entier) rencontre son histoire personnelle, qui se traduit
par une belle relation amoureuse avec une jeune aristocrate
russe. D’une certaine manière, Une vie à deux est l’anti-Morand
par excellence, même si l’on y trouve encore de grands transatlantiques,
des hôtels luxueux, des personnage qui ne cessent de se déplacer
d’un pays à l’autre : pas d’ivresse ni de vertige de la vitesse,
pas de mondanités montées en épingle – Jean Blot nous offre
sa vision du monde, une vision à la fois lucide et pleine
d’optimisme. L’auteur fait partie de ces êtres rares qui recèlent
une jeunesse éternelle. Ses mémoires le prouvent largement. |
Roger Vailland,libertinage et
lutte de classes,
Franck Delorieux, le Temps des cerises |
Franck Delorieux, qui n’en est pas à son coup d’essai, a écrit
un bref mais saisissant essai sur Roger Vailland. Il a tenu
a nouer deux grandes thématiques chères à l’auteur, qui semblent
former un couple aberrant : le bonheur et le communisme. L’idéal
du bonheur est déjà présent dans Bon pied bon oeil où il fait
ses adieux à la culture bourgeoise. Quand il adhère au PCF
en 1942, il veut associer étroitement communisme et libertinage.
L’auteur explique en quoi ce couple théorique a pu être viable
et même cohérent dans sa pensée. Dans Le Regard froid, Vailland
étudie plusieurs postures libertines, qui sont d’abord celles
d’hommes qui affirment leur liberté et qui revendiquent la
raison contre l’irrationnel religieux (c’est d’ailleurs un
des arguments de son pamphlet contre Breton et les surréalistes).
Enfin, Marat est pour lui un grand modèle, qu’il ne va pas
renier. Le bonheur, la raison, l’athéisme, le libertinage
(mais plus dans l’esprit de Laclos que dans celui de Sade)
: il faut encore ajouter la souveraineté, qu‘il mentionne
souvent. C’est pour lui être souverain de soi. Delorieux montre
que Vailland l’a été jusque dans sa vie privée en agissant
selon son bon plaisir sans réduire son épouse à la « servitude
volontaire ». Avec beaucoup de talent, Delorieux a mené une
démonstration pleine de passion permettant de mieux connaître
l’écrivain et l’homme. |
| La Bécassine de Wilson, Elisabeth
Motsch, Actes Sud |
La maladie (et non des moindres), le monde rural et une figure
de vieillard à la Hemingway, voilà une recette qui n’est pas
trop pour me séduire. Le roman est tout à fait honorablement
écrit et l’hisoire peut attendrir les âmes sensibles. Il n’en
reste pas moins que c’est là une littérature qui joue sur
les bons sentiments et un certain nombre de poncifs contemporains.
Rien n’y fait : je ne peux m’empêcher d’y discerner les ombres
de Giono, de Ramuz, de Maurice Genevoix et de quelques autres
auteurs exaltant la terre et ses bienfaits. Et ce vieux bonhomme
qui devient le guide du gamin handicapé mental, favorisant
son épanouissement et son bonheur, n’est-ce pas un personnage
de série télévisée ? Ce livre vaut mieux que cela, c’est vrai.
Mais je n’arrive à le juger que dans cette optique. Le plus
dramatique est que Elisabeth Motsch vaut mieux que bien d’autres
de ses confrères ! |
| La Vie et le reste, Joachim Vital,
«Littérature », Editions de la Différence |
Joachim Vital a un talent né pour l’art de la nouvelle. Il
a non seulement le sens de l’ellipse (ce qui est absolument
nécessaire), mais un sens très particulier de l’humour (un
humour noir, un humour gris, un humour jaune aussi) qui rend
les choses très séduisantes. Le très nostalgique retour à
Lisbonne qui fait revenir son héros dans le bar d’un hôtel
qu’il a fréquenté pendant les années 60 est d’une drôlerie
tragique. Quand il relate l’histoire des employés qui louaient
la résidence de la vielle dame allemande en son absence avec
toute la complicité du village en Toscane les pages qu’il
a écrites possèdent aussi ces qualités presque paradoxales.
Il y a dans chacune de ces nouvelles une étrangeté et une
pointe d’ironie qui leur donnent ce caractère si singulier.
La Vie et le reste est un beau livre qui révèle un talent
et une originalité indéniables. |
| Sator, Alain le Ninèze, Actes
Sud |
Le roman historique est un genre que je qualifierai de « douloureux
» car, de nos jours, on peut s’attendre au pire. Cela ne se
vérifie pas toujours, comme le prouvent Gérard de Cortanze
ou Jonathan Littell. Mais il y a les autres et les autres
font peur ! Dans le cas d’Alain de Ninèze, Sator est un livre
qu’on lit presque d’une traite et avec une certaine jubilation.
Que raconte-t-il ? A la Bibliothèque vaticane, des manuscrits
sont retrouvés par un chercheur qui les livre au public. Il
s’agit de l’existence de Lucius Albinus qui a été procurateur
de Judée à l’époque du Christ. Il resta en poste jusqu’à la
chute de Jérusalem et la destruction du Temple en 70. Cet
homme puissant se trouve devant une énigme : un cryptogramme.
Ce dernier est la condition mise par Messaline pour protéger
les chrétiens dont notre héros a rejoint les premières communautés.
A travers ce rébus, on découvre la vie des premiers chrétiens,
leurs persécutions, on relit aussi les derniers moments du
Christ et la naissance des symboles de la nouvelle foi. Sator
est un livre passionnant et nous amène rapidement à résoudre
l’énigme qui est gravée sur plusieurs monuments, à Pompéi,
à Aquincum comme à Gloucester, nous demandant s’il s’agit
d’un boustrophédon ou d’un message hermétique codé. En sorte
qu’on se passionne pour cet homme qui nous fait connaître
sous un nouvel éclairage un moment décisif de l’histoire de
l’humanité. |
| Le Goût des abricots secs, Gilles
D. Perez, “La Brune”, Editions du 10 |
Dans ce récit élaboré avec une très grande simplicité, nous
faisons la connaissance d’un narrateur qui vit dans un immeuble
dont les habitants partent les uns après les autres. Dans
l’appartement à côté du sien, vit un vieillard qui écoute
de la musique jusque tard dans la nuit. Le jeune homme le
rencontre, puis le fréquente. Et, au cours d’un échange pudique,
il découvre le mystère de son existence qui a tourné autour
de son épouse Véra, qui a été une très grande pianiste. La
vie et le drame de cette femme deviennent alors le centre
véritable du récit, qui est traité avec retenue et une relative
élégance. |
| Les Jardiniers, Véronique Bizot,
Actes Sud |
Véronique Bizot n’est ni Kafka ni Thomas Bernhardt comme on
nous l’annonce et fort heureusement d’ailleurs. Il y a chez
elle un sens du grotesque et de l’absurde qui peut la ranger
dans une certaine tradition issue de l’Europe centrale. Mais
ni son esprit ni son écriture ne corrobore cette hypothèse.
Son esprit est bien français et particulièrement affilé. Elle
sait transformer une situation somme toute ordinaire en un
événement baroque et déconcertant. L’histoire des jardiniers
dans la nouvelle homonyme est extraordinaire car tout ce qui
préside normalement à l’ordonnancement de ma Nature se change
en agent de désordre. C’est un récit hilarant. Les autres
textes sont du même tonneau et le dernier d’entre eux, Lamirault
est un exercice de détestation de haut niveau… |
| Le Goût des mots, Alain Rey, Senso
|
A lain Rey est un lexicographe chevronné. La parution de son
Dictionnaire culturel en langue française a été saluée comme
un grand événement. Il a produit en marge de ses grands travaux
un petit ouvrage divertissant, Les Mots de saison. Il y fait
une curieuse synthèse de Littré, de Barthes et de l’Oulipo.
Il joue avec les mots, leurs origines et leur manière de voyager
dans le temps en se métamorphosant. C’est plaisant à lire,
mais ce n’est pas un exercice de style immortel. Il lui manque
l’esprit littéraire. On peut néanmoins prendre ces pages sous
un éclairage pédagogique pour apprendre comment vivent, se
métamorphosent et parfois meurent les mots. |
| Le Procès de la vieille dame (éloge
de la poésie), Lionel Ray, «Littérature », Editions de la
Différence |
C’est une invitation au voyage, mais à un voyage très particulier
à travers le monde poétique. Nous partons à la rencontre de
Reverdy et puis de Michaux, de Char, de Guillevic (c’est inévitable
!), mais aussi de Louise Labe (délicieuse surprise !) et,
pour les modernes, de Louis Aragon et de Guy Goffette. Lionel
consacre de très belles pages à la voix de l’auteur du Fou
d’Elsa dont il fait un portrait remarquable à travers son
timbre, son rythme et son phrasé. Il fait aussi un très bel
essai sur l’invention de la modernité avec Rimbaud, mais également
Marinetti et Cendrars. C’est un périple hautement recommandable. |
| Passage de la mère morte, Jean-claude
Perrier, Stock |
Le narrateur du roman de Jean- Claude Perrier cherche à retrouver
sa mère – tout du moins en des termes métaphoriques puisqu’elle
n’est plus de ce monde. Il revit les jours difficiles qui
ont suivi sa disparition. Pour conjurer son désarroi, il reconstruit
son existence pièce après pièce , ne la connaissant que de
manière très fragmentaire, il la montre serveuse sur les Grands
Boulevards puis en tenancière de bistrot quand elle a pu acheter
un petit établissement derrière la Bastille. Sa propre vie
se mêle alors étroitement à celle de la défunte presque inconnue.
Il dépeint le divorce de ses parents. Il ne se souvient pas
du tout de son père parce qu’il était trop petit au moment
de cette séparation. Ainsi reconstitue-til avec patience ce
puzzle douloureux et nous propose-t-il son roman familial.
Tout tourne autour de l’absence de cette mère qu’il recherche
par l’écriture. |
| Chronique monégasque, Philippe
Claudel, Folio Senso |
Ce petit volume soulève quelques questions. La première consiste
à se demander pourquoi ces textes courts ont été rassemblés,
selon quelle logique et à quelle fin. Parce qu’il sont brefs
? Ils donnent surtout le sentiment d’être un premier jet en
vue d’un récit plus important ou de pages abandonnées après
avoir été un peu travaillées. C’est ce qu’on éprouve en lisant
Château Süskind et Bye bye Nicole. D’autres, surtout les derniers,
paraissent être là pour solde de tout compte – des fonds de
tiroir en somme. Demeure une dernière interrogation, la plus
agaçante de toutes : à quoi diable servent des photographies
en couleurs ? A mon humble avis, elles ne servent à rien sinon
à rendre le livre plus proche du magazine féminin… |
Bourlinguer
|
| Paris poète, Catherine
Aygaline, «Bibliothèque», Hazan |
Catherine Aygaline nous offre un très beau voyage dans le
Paris des photographes du temps jadis. C’est le Paris des
chanteurs des rues, des terrasses affolées, des ruelles borgnes
et des grands boulevards flamboyants, c’est aussi le Paris
de ces peintres et de ces sculpteurs qui ont fait sa gloire,
avec la Ruche, des ateliers de Montparnasse et des expositions
surréalistes, c’est le Paris des écrivains, des existentialistes
et des autres, des cafés littéraires élevés au rang de temples
de la culture moderne. Ce Paris-là, il vit aussi dans la parole
des poètes : Aragon, Prévert, Queneau, Verlaine, Pierre Mac
Orlan sont quelques-uns des guides qui nous font découvrir
mille et une façons d’éprouver les pulsations de la villelumière
dans un jeu de réminiscences pleines de nostalgie, mais aussi
de gaîté et de facétie. Paris est reconstitué sous toutes
ces facettes et à travers la voix de ces auteurs qui l’ont
aimé si intensément. C’est un beau livre, qui constitue un
compendium d’un monde qui n’est plus qu’à travers ces signes
adressés par ces hommes et ces femmes qui ont su en préserver
les différentes réalités qui se sont attachées à son histoire
au cours du XXe siècle. |
| Les Parisiens sous
l’Occupation, André Zucca, présenté par Jean Baronnet, préface
de Jean-Pierre Azéma, Gallimard/Paris bibliothèques |
André Zucca nous promène dans le Paris de l’Occupation. Et
en couleurs, s’il vous plaît ! Il avait presque toutes latitudes
pour enregistrer les scènes de la vie quotidienne de la capitale
puisqu’il collaborait allègrement et travaillait pour le journal
de propagande nazi Signal. Les clichés réunis dans cet album
sont précieux puisqu’ils ont pour but de rendre normal ce
qui ne l’était pas et de montrer que la vie continuait son
cours bon gré mal gré avec des hommes en uniforme vert-de-gris
un peu partout et des rues particulièrement vide où l’on voit
surtout des femmes. Une atmosphère d’insouciance semble se
dégager de ces prises de vue. Mais, quand on y regarde de
plus près, on comprend vite que les robes de ces femmes sont
faites avec les moyens du bord, que ce simulacre de légèreté
cache mal une sorte de pesanteur et que le vide de ces avenues
et de ces places n’est comblé que par ces militaires en permission
qu’on envoyait se reposer dans le Gay Paris. |
| Les Canonnières
du Yang-Tsé-Kiang,
Constantin Slizewicz,
Imprimerie nationale
|
Les photographies du temps jadis nous font rêver. Celles qui
se trouvent dans l’album de Constantin Slizewicz plus encore
que beaucoup d’autres. Entre 1936 et 1938, le lieutenant de
vaisseau Maurice Tournet remonte le Yang-Tsé-Kiang. Marco
Polo disait de ce grand fleuve : « Il va et vient par ce fleuve
plus de navires et de riches marchandises qu’il n’en va par
tous les fleuves et par toutes les mers de la chrétienté.
» C’est ce que constate à son tour le jeune sous-officier
français. Il découvre Shangaï à son embouchure, les gorges
de Son-Tan, les gorges d’Ouchan, les gorges de Kouigou. Il
voit les embarcations échouées à cause de la baisse des eaux,
montre le fort Odent, caserne de la marine française. Son
histoire touche vite à sa fin parce que les Japonais ont envahi
la Chine en juillet 1937. L’équipage doit être rapatrié. Mais
l’aventure de ces marins se prolonge jusqu’en 1940. C’est
assez en tout cas pour nous faire découvrir ces paysages superbes
où glissent des sampans, comme si le temps demeurait suspendu. |
Am Le Monde souterrain,
Jean-Jacques Terrin, « Guide des arts »,
Hazan
|
Jean-Jacques Terrin a tenté de faire l’inventaire des mondes
qui se trouvent sous l’écorce terrestre et y a réussi avec
un certain talent. Bien sûr, il le dépeint d’un point de vue
mythologique et religieux ; ce sont les limbes, les enfers
et les divinités chtoniennes. Mais il tient aussi à explorer
l’habitat de nos anciens ancêtres où sont apparues les premières
formes d’expression artistique de l’humanité. Enfin, il montre
comment les hommes ont utilisé les ressources fertiles que
le sous-sol lui ont offert et aussi des possibilités stratégiques
: on a mené une guerre entière enterré (la Grande Guerre)
et on a conduit une autre (la Seconde) en imaginant des forteresses
souterraines de plus en plus formidables. L’auteur a mené un excellent travail de recherche
et on doit saluer la richesse des commentaires
et de l’iconographie. Un beau
vade-mecum pour les lecteurs de Dante
et de Jules Verne ! |
| Deyrolle pour l’avenir, préface
de Pierre Assouline, Gallimard |
On se souvient tous du terrible incendie qui a détruit en
partie les locaux du grand taxidermiste Deyrolle. Le vieil
établissement de la rue du Bac reçoit aujourd’hui un hommage
qui lui est dû. Pierre Assouline, François Becker Blaise Mao
et Thomas Saintourens ont pris la plume pour rappeler ce qu’il
a pu signifier. Cette maison née au XIXe siècle en a fait
rêver plus d’un avec ses grands mammifères empaillés, immortalisés
– et je fais partie du lot ! Le rêve a fini par l’emporter
sur la science dans mon esprit (ce n’était pas difficile).
Ce petit ouvrage, je le regarde comme une partie de mon enfance
passée à contempler cette vitrine ô combien magique quand
je me hasardais avec ma mère dans ce coin de Paris… |
| Paradors,
Jesus Avila Granados, Actes Sud
|
L’auteur (Jesus Avila Grandos) et les photographes qui ont
travaillé avec lui (parmi lesquels Ramon Marient, Koldo Chamorro,
Domi Mora, Gregorio de la Cruz, Andreu Massagué, Francisco
Ontañon) nous font parcourir toute l’Espagne. Le voyage commence
en Andalousie, à Huelva, à Cadix, à Malàga, à Grenade. Puis
nous sillonnons la péninsule ibérique en tout sens, de la
Castille au pays basque, en passant par la région de Madrid
et poussant jusqu’aux îles Canarie. Il ne s’agit pas seulement
ici de faire découvrir des lieux de rêve (ces châteaux en
Espagne qui ne sont pas toujours des châteaux, mais de très
belles propriétés transformées en villégiatures de luxe).
On découvre des paysages sauvages ou insolites. C’est un peu
le livre des merveilles : l’Hostel de San Marcos a Leon, le
parador de Ségovie, le couvent de Plascencia, le parador de
Guadalupe Zurbaran en face du monastère de Santa Maria, le
parador Conde de Orgaz, sur la colline de l’Emperador de Tolède
- autant de lieux irréels. En sorte que le voyage conduit
toujours ici dans une résidence qui offre de l’Espagne une
vision enchantée. • |
|
| mis en ligne le 06/09/2008 |
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| Morteyrol,
le peintre « pop-new figuration » |
Un jeu
de piste(s), par Robert Bonaccorsi
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Morteyrol
et Coca-Cola, par Jean-Luc Chalumeau
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La
peinture figurative, par Pierre Tilman
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Biographie
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artistes et les expos |
Didier
Boussarie, par Belinda Cannone
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La
Figuration narrative au Grand-Palais, par J-L. C.
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Lettre
de New York, par Laurent Thierry
|
Ne
pas jouer avec les choses mortes, par Timothée Chaillou
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| Lecture
de l'art |
Les Petits
Hollandais et le fast food mondial, par Olessia Koudriavtseva
|
| Chroniques
des lettres |
Chronique
de l’an IX par Gérard-Georges Lemaire
|
Le
courage et la colère, par Belinda Cannone
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| Les Livres
noirs et les DVD |
Raconte-moi
une histoire, par Dominique Boniface
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| Le théâtre |
Le temps
de l’émotion, par Pierre Corcos
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| Evènement |
Bolognano,
l’ombilic du monde, par Gérard-Georges Lemaire
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Grazyna
Tarkowska, par J-L. C.
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Richard, par J-L. C.
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de Pascale le nouveau Pop |
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Dans
les fables par Antonio de Pascale
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par Guido Bartorelli
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Art
hors programme : dialogue, par Alfredo Sigolo
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Biographie
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Que
reste-t-il de nos amours ? (Odinea Pamici), par Francesco Magris
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Les contes
à dormir debout de Gilles Ghez, par Gérard-Georges Lemaire
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Les
palmiers sauvages de Luce Delhove, par G.-G. L.
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Les
jubilations picturales de Gulio Turcato, par Giorgio Podestà
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Kissin’Dynamite (j’embrasse
pas – Collection Lambert), par Timothée Chaillou
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James
Coignard : Transitivité de la peinture par Jean-Paul Gavard-Perret
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Damien
Cabanes, Philippe Compagnon, par Vianney Lacombe
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Notes
de lecture
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Pour
une défense du graffiti ? par Anouck Asathal
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Authouart,
prince de Manhattan, par Thierry Laurent
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Sylvester
Engbrox, un déplacement du désir de peindre, par Jean-Luc
Chalumeau
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So
what’s (mais quand même), par Belinda Cannone
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Chronique
de l’an IX, par Gérard-Georges Lemaire
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L’avenir
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Vlavla ! par Dominique Bonifacel
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sur la « peinture française » par Amélie Adamo
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Glorificat
Pictura par Jean-Luc Chalumeau
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