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Les artistes et les expos
François Curlet / IAC / Villeurbanne |
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| par Timothée Chaillou |
I l ny a vraiment rien de totalitaire dans le travail de François Curlet. Il aurait plutôt une attitude sportive sans que cela soit du sport de combat , et ce serait un sport urbain, quotidien, celui dun flâneur qui tracerait la cartographie dun environnement qui fusionnerait entre formes de vie en état débriété et biens de consommation vivant dans un climat ironique. Il nest pas un révélateur ou un condensateur - du sublime, il na pas non plus la rigueur dun démiurge, mais souhaite saisir un quotidien profane pour trouver dans labondance des marchandises de précieuses trouvailles qui feront naître des rhizomes de signification, pour ne jamais faire icône. Il serait gestionnaire dune quincaillerie du réel pour des fins de chaînes marchandes et sémiotiques, pour des formes ni qualifiées ni disqualifiées mais plus ou moins qualifiables. Il se sert de la désorientation comme moteur et refuse le geste héroïque, pour ne pas appliquer une quelconque morale aux objets.
Il conçoit son exposition comme un livre dartiste où le jeu de chaque objet, de chaque image et non de chaque visuel entraînerait un jeu dinvestigation, avec une certaine conscience de lélaboration dune exposition monographique à caractère collectif. Le point de départ serait aussi un point de rencontre, ce serait le lieu du sujet supposant savoir, suggérant des passages pour un modèle intuitif. Cest alors que lon entre dans le Rorschach Saloon et que lon pousse des portes à battants découpés dans le motif dun test de Rorschach, tandis que les murs de la pièce sont recouverts dun papier peint de multiples motifs de ces tests (Stand By). Sur des divans de bois sont disposées des bouteilles de whisky et de vodka, permettant aux visiteurs de parcourir lexposition légèrement enivré - un protocole à suivre pour des visions dédoublées. Lalcool renvoie au commerce dun bar, lieu de soupape contre explosion sociale et modèle privé du soulagement; la narration des oeuvres ne se fait pas par palier, mais par application dun caractère déraisonnable. Un art conceptuel spaghetti avait prévenu lartiste, dès lentrée de son exposition. Dans lorganisation de notre réalité, Curlet joue au hacker, il trouble le sens dune identité, pour la faire se construire autre part, dans une volonté de détournement au profit dun scénario.
Curlet joue avec lhumour, cet art des interfaces, pour nous rappeler quil est absurde de vouloir suggérer un état réel des choses. Il souhaite produire de nouveaux récits en inventant un vocabulaire alors inconnu, pour faire migrer et survivre les connections entre image matériau et image signe, faisant se déplacer ce qui a été minorisé dans une attitude attentive du réel. Un objet fait penser à un protocole, une action, un scénario. Il absorbe les représentations économiques pour un zoom poétique et labyrinthique sur linvestissement des marchandises dans notre quotidien et leur faire vivre un second chemin, une parallèle divagante : pour Willy Wonka Plus il inscrit dans notre champ économique un épisode du récit onirique de Charlie et la chocolaterie ; pour Moonwalk il ajoute aux mentions Walk et Dont Walk celle de Moonwalk mettant lexposition en apesanteur au rythme dune marche extraterrestre ; pour Nabisco il investit un petit bout de mur sur lequel est inscrit cette marque faisant de la salle dexposition un emballage publicitaire
Le lieu de lexposition serait une boîte de production économique, un lieu dinvestissement du branding dont les lois sont biaisées par cette zone de productivité quest lenvironnement artistique sans devenir un marché de la spiritualité.
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| Timothée Chaillou |
| mis en ligne le 30/07/2007 |
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