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Antonio de Pascale
le nouveau Pop
Dans les fables
Par Antonio de Pascale

Dans les fables, il y a toujours un crapaud qui devient prince. Avec un baiser et une baguette magique, il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui perd son statut pour acquérir une nouvelle condition : les citrouilles se transforment en carrosses et les Cendrillon deviennent reines. Le transport du « non art » dans la sphère de l’unicité (ready made) ou vice-versa, de l’art dans la sérialité a toujours eu à mes yeux une valeur plus sentimentale que conceptuelle, c’est un processus au fort contenu symbolique, d’ailleurs, « le symbole n’est pas seulement ce qui assemble deux parties, mais est le témoignage de la tension qui permettent aux deux parties de s’unir».

La métamorphose, l’affranchissement de la condition initiale, la réversibilité permanente du haut et du bas m’ont toujours semblé les contenus et les promesses les plus fascinants de l’art contemporain et de sa faculté d’être la figure métaphorique fondamentale du progrès du développement de la modernité. Mes oeuvres récentes, grâce à diverses modalités, s’inscrivent dans l’esprit de ce sentiment, dans la perception de signaux inquiétants de régression, pas seulement et pas nécessairement dans des manifestations éclatantes, au sein de la grande Histoire, mais au sein de cette petite histoire dont l’existence de chacun de nous est la mesure.

Procédure

Dans mon travail, la toile n’est que le support de la peinture qui, traitée de manière opportune, devient directement le moyen de reconstruire même les apparences physiques de l’objet représenté. Mes re-confections sont des tableaux qui prennent corps ou, mieux, qui donnent corps à un paradoxe, car la toile devient littéralement la peau (sensible, palpable) d’un processus mental qui conserve même la trace physique du référent. Lieu d’identité et de transfiguration, le corps nouveau comporte le glissement dans un environnement linguistique différent et l’échange de fonction entre les systèmes de signes qui interagissent les uns sur les autres sans perdre les connotations des environnements d’origine. Le choix de peindre et de reconstruire directement avec des instruments (pas seulement techniques), les images et les empreintes de produits réalisés à une échelle industrielle me servent à produire un court-circuit dans la réalité même de la fabrication, un accident de nature linguistique qui préfigure les accidents visuels représentés plus tard. La peinture me permet de mettre en évidence immédiatement, dans ses procédures, le conflit entre la rapidité fuyante et changeante de la marchandise et le ralentissement causé par les supports et instruments qui ramènent à d’autres rythmes, à d’autres modalités de l’image et de l’imaginaire, c’est un seuil entre le signe et le référent qui dans la distanciation du procédé met en forme la séparation entre le temps subjectif et la sérialité des images. Voilà la mise en forme d’une inadéquation qui, dans la tentative de combler la distance, engendre un effet « zelig » ; ce procédé où la peinture tente de se faire oublier comme telle, englobe et se dissimule dans le non spécifique, conduit à une dégénérescence des statuts respectifs de la communication et devient le sujet véritable de la représentation, la narration sous-jacente. •

Antonio de Pascale (Traduit de l’italien par Gérard-Georges Lemaire)
mis en ligne le 06/06/2008
Droits de reproduction et de diffusion réservés; © visuelimage.com

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