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Antonio de Pascale
le nouveau Pop
Art hors programme : dialogue
Par Alfredo Sigolo

La recherche de l’artiste a toujours eu pour champ d’action et d’inspiration le monde de la publicité et des mass médias. De Pascale enquête sur le langage des spots et des produits de la société moderne de consommation, en en déconstruisant les éléments et les codes linguistiques élémentaires (verbaux, visuels et tactiles), les réajustant et les transformant en véhicules de messages tout à fait inédits. L’origine pop de ses travaux paraît évidente, mais sa capacité de manipuler de manière conceptuelle le produit industriel et sériel qui est restitué dans la sphère de l’unicum par un minutieux travail manuel semble vraiment originale. La peinture récupère ainsi son originalité et sa spécificité contre la critique de Benjamin au sujet de la reproductibilité de l’oeuvre d’art, en suivant un chemin ouvert par Warhol qui a été ensuite emprunté par des artistes comme Schifano, Koons jusqu’à Sachs et Friedman. Chaque détail, des images aux lieux, des slogans au packaging, devient un carrefour pour de possibles détournements, croisements, substitutions et associations logiques et conceptuelles.

La confection et l’emballage du produit sont le médium et deviennent le champ privilégié de contamination et d’interférence pour dialoguer de manière critique avec un public désormais éduqué avec l’iconographie et le langage des mass médias. La série reprend le graphisme et le packaging, hors échelle, d’une marque connue de chocolat. Le mot Break remplace le nom du produit (pas le fond) en lui attribuant le sens étendu de rupture et de pause, de déchirure et d’intervalle. Par rapport à quoi ? Sans aucun doute à un stéréotype, à une image commune, à une marque que le public associe intuitivement un produit et le modèle qui a été construit autour de lui par la publicité. La douceur du snack à portée de main, l’évocation d’une nature pure et rassurante, le slogan qui décrit les qualités inimitables du produit : la recherche de De Pascale se concentre sur ces messages pour provoquer des détournements et des métamorphoses singulières.

Ces huiles sur toile sur châssis sont une recherche raffinée sur le genre du paysage : la substitution de la vue alpine originale avec les fleurs et la vache dans le pâturage est réalisée avec des matériaux de la vie quotidienne. Ceux qui sont représentés sont des frames tirés des reportages de la télévision, qui ont toujours plus tendance à mettre en scène le spectacle du drame quotidien pour le transformer en fiction. L’oeuvre de De Pascale s’oriente pour cette raison dans deux directions bien définies et, à la fin, convergentes : d’un côté, le dévoilement de faux modèles de vie véhiculés par la publicité et, de l’autre, l’analyse critique de la communication de masse, qui transforme en fiction la réalité la plus crue et dramatique en en faisant un reality show. Les scènes choisies de la vie quotidienne s’adaptent parfaitement au produit traité, mettant même en évidence des affinités perceptives ambiguës entre la morphologie du produit et le détail journalistique. Cette nouvelle réalité contradictoire a pour but de réveiller chez le spectateur une conscience engendrant un comportement critique à l’encontre de la réalité et de son abstraction véhiculée par les médias.•

Alfredo Sigolo (Traduit de l’italien par Gérard-Georges Lemaire)
mis en ligne le 06/06/2008
Droits de reproduction et de diffusion réservés; © visuelimage.com

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