Les DVD
Des cailloux à la Stone
Par Dominique Boniface
Pour Sacha
Alexandre Arcady
Alexandre Films
Dans une vie, les chemins pris par un individu sont toujours le résultat dun choix, conscient ou non, entre deux possibilités, deux actes, deux voies. Toujours selon moi, tout peut être ramené au binaire et, même si les nuances de gris existent, on choisira entre telle et telle nuance. Je défie quiconque de me prouver le contraire.
Les choix apparaissent souvent lors de la rencontre de lindividu avec un autre individu, ou un événement, ou la découverte dune uvre, ça peut être une phrase, une pensée. Ce caillou sur le chemin fera alors bifurquer et une vie sera changée.
Je connus un homme dont la vie prit un virage énorme à la vue de ce magnifique film dAlexandre Arcady, Pour Sacha, qui sort en DVD. Au début des années 90, la première guerre dIrak, justifiée, sannonce. LOccident est en crise prolongée. La France de gauche se débat dans le maintien des " fondamentaux " oubliant les milliers de sans-abri qui apparaissent et auxquels elle sest bien habituée depuis. Le Mur est tombé et avec lui les illusions de solutions de rechange à ce que les patronats offrent. Quy a-t-il alors à espérer, à proposer ? Faut-il rentrer dans le moule du fric, en gagner pour le dépenser aussitôt, saveugler dans légoïsme, mettre au pas son intelligence pour rendre son cerveau disponible à la pub de boissons merveilleuses, commencer à ne plus discuter mais à vomir les clichés des journaux télévisés comme tout le monde ? Linsertion dans labrutissement généralisé est-elle LA fatalité ? Ces quelques questions étaient celles de cet homme en 1990, javoue le comprendre.
Là-dessus, il voit ce film à sa sortie. Une très belle histoire, tragique comme la vie, et très bien racontée, dans un environnement géographique très beau et très bien filmé, humain très particulier et très essentiel : pas de place pour le luxe du pleurnichage. Survivre est la seule mission, la seule raison de vivre. Et si on survit, on continue à vivre avec seulement lessentiel, rien de superflu, pas dargent, une paire de grolles par an, du travail ensemble et des loisirs ensemble, une communauté dintérêt et de choix, une générosité qui nexiste plus ailleurs.
Ou ça? En Israël et dans un kibboutz. Et oui, avec ces 3 % dIsraéliens (la proportion a toujours été la même), des fous qui ont accepté de remiser leur apparence et leur diplôme pour, à tout de rôle, cueillir des oranges ou ramasser les ordures, élever des poulets ou monter une usine, promouvant légalité des sexes des années avant le reste du monde.
Ces fous ont aussi accepté de ne pas penser comment payer le loyer à la fin du mois, de ne rien posséder qui ne soit indispensable. Ils ont découvert que la noblesse du travail peut se trouver à faire la vaisselle de la salle à manger commune, à réparer et entretenir des vieux tracteurs.
Ces fous ont développé la plus formidable agriculture au monde, ont enseigné lirrigation aux pays désertiques, ont monté des usines de haute technologie produisant des circuits imprimés genre " Stilicon volley " (pas le décolleté de Dombasle ou autre pétasse botoxée et liftée), ont fourni les plus grands écrivains, savants, chercheurs du monde et les dirigeants de ce pays haï par la quasi-totalité du monde.
Ces fous ont fait ce pays, lont protégé et défendu contre ses " gentils " voisins, à peu près cent fois plus nombreux et assis sur la moitié des réserves mondiales de pétrole dans la misère de leurs peuples et la richesse de leurs dirigeants, " gentils " voisins qui nont toujours pas trouvé de meilleur programme que la disparition dIsraël.
Voilà les pensées de cet ami qui, à la sortie de Pour Sacha, alla acheter un billet davion pour Israël. Au retour de ce premier voyage, rencontrant dans lavion un couple de kibbutnikim, il planifie son second voyage après lequel il décide de sy installer.
Pour Sacha pouvait devenir sa réalité. Mais il navait pas remarqué que le film se déroule en 1967 et quon était en 1992, vingt-cinq ans après. En vingt-cinq ans, le reste du monde, en particulier les Juifs américains baba-cool venus en masse en Israël, tuèrent le système du kibboutz. Ils étaient égalitaristes, mais avec la carte Americana Express de parents restés à Las Vegas et le libre accès au catalogue Sears Roebuck, facture aussi payée par les parents. Alors disparurent les sandales, remplacées par les godasses merdiques à marque fabriquées par des esclaves asiatiques pour une misère et revendues à prix dor, apparurent la télévision et son entreprise de décérébration, et le kibboutz commença à ressembler à lenfer, cest à dire une banlieue américaine sans le fric qui va avec. Quand le hamburger de marque détrôna le falafel, cétait foutu.
Cest au moment de la guerre du Golfe que CNN apparût, tuant alors définitivement toute information. En quelques années, comme le titrait The Jerusalem Report, magazine réputé, la jeune culture israélienne avait été balayée par la sous culture US.
Cétait, en accéléré, ce qui arrive au monde entier. Cet ami sétait trompé de génération. Il revint en France. Quinze ans après ce film, il a encore " mal à Israël ".
Le Cerveau de Bush
(Bushs Brain)
En recevant le communiqué mannonçant ce DVD, jai dabord cru à une plaisanterie. En effet, quels mots sont plus en contradiction lun avec lautre que " cerveau " et " Bush" ? Bien entendu, il faut entendre " cerveau" non pas comme lorgane physique, mais au sens figuré, je le précise à lattention des sarkozistes et non-comprenants qui nous lisent. Nest-ce pas comme si on vous annonçait un titre tel que " La tendresse de Hitler ", " lhumour de Staline ", " Lhonnêteté de Chirac", " La grandeur de Sarkozy", " Le talent de Dombasle ", " La modestie de BHL", " La droiture de Fabius ", " La détermination de Jospin", " lintelligence de Douste-Blazy", jen passe !
En lisant plus attentivement ce communiqué, je réalisai que ce cerveau de Bush nest, bien évidemment, pas le sien on ne fait pas un documentaire sur le néant mais celui dun autre homme, Carl Rove. En voyant ce film, jai eu peur, mais le résultat des dernières élections " mid-term" aux USA ma un peu rassuré. Que Bush soit con, on le sait tous, il a quand même été réélu avec une belle marge, plus que les voix volées au premier coup. Je ne pleure pas pour son Rumsteak de " Defense Secretary ", il sest bien enrichi en balançant des bombes tous les jours et tuant 100.000 à 150.000 Irakiens. Allez, crevez dans votre cholestérol ! Comme dit Bedos (ne pas manquer au Cirque dHiver, un régal, il y a des places), je revendique le droit de vote pour le monde entier dans les élections américaines, puisquils se mêlent de tout le monde.
Hana-Bi
Takeshi Kitano
Arte Vidéo, édition collector
Il ne sagit pas de la vie dune jeune femme prénommée Hana et qui, étant bisexuelle, double ses chances dun rendez- vous le samedi soir, je vous rassure tout de suite. Cest un polar japonais, un polar psy japonais, magnifique, épuré, avec une rigueur dans limage et la narration qui force le respect. Un magnifique chant damour aussi quand le flic, ex-flic, achète une bagnole quil maquille en voiture de flics, fait un casse dans une banque tranquille pour acheter une superbe grosse monospace avec laquelle il emmène sa femme, mourante, pour un voyage des derniers instants. Cest très beau, à voir, la version " collector " inclut un très intéressant film de Jean-Pierre Limosin.
Le Soleil
Alexandre Sokourov
Ocean Films (Dist. TF1 Vidéo)
Lété 1945 restera, ad aeternam, (faut mettre en italiques, comme les locutions latines telles que " Ite Missa Est " (ou est la gare de lEst ? ou " Ite Missa Ouest " (ou est la Gare Montparnasse ? Lété 1945, donc, restera dans la mémoire des Japonais comme celui des deux bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki, préludes à la reddition de lEmpire du Soleil Levant. Dans " Empire", il y a Empereur et celui du Japon de lépoque, Hiro-Hito, était un dieu aux yeux de son peuple.
Voir un dieu manger, se lever, shabiller, est un spectacle rare. Le décorum japonais, encore en vigueur à moindre échelle, ne rend pas la chose plus légère. En face, il y a un militaire issu des usines à brutes des Marines, MacArthur, tout puissant généralissime dans cette partie du monde. La rencontre entre les deux hommes, telle quimaginée par Sokourov, est fascinante. Si le ricain arrive à ses fins, on se demande lequel des deux a triomphé, in fine. (jaime bien, ça fait Le Monde !). Projetant le DVD fabriqué par un Japonais, lu par un lecteur japonais pour un projecteur du même métal, on peut se poser la question. Et si les Japonais navaient pas finalement bien baisé les Américains?
Lee Miller (ou la traversée du miroir),
Sylvain Roumette
Arte Vidéo
Pour ceux qui confondent encore Henry, Arthur (Miller) et Norman (Mailer), et jen connais qui lisent Verso, ce sont les mêmes qui aiment la poésie du poète portugais Azuleiros, voici de quoi entretenir leurs questionnements avec UNE Miller, Lee, photographe américaine qui dépasse, et de loin son métier.
Aussi belle et libre de son corps et de sa vie, elle fut l" égérie ", on comprendra, de Man Ray, entre autres, et posa, plus ou moins vêtue, dans le Montparnasse des années 30, ce qui me la rend très sympathique, jaime les femmes qui aiment les hommes.
À lécole de maîtres en art tels que Man Ray, elle prend lappareil et se lance, jusquà sengager volontaire dans les US Forces pour couvrir la fin de la guerre en reporter. Elle y montre du talent, incontestable. Pas comme dautres ex-mannequins. À la fin de ce DVD, ayant appris plein de choses, ce qui est le but afin quà mon tour, japporte ma contribution à limmense travail de culturation de ses lecteurs par léquipe de Verso, je suis resté avec un sentiment étrange. Jai réfléchi, ce qui me demande un gros effort. Jétais gêné par le fait que cest son fils qui " gère " le patrimoine de sa mère (aie ! les mots : " patrimoine " " sa mère") et, par conséquent, est le narrateur des frasques de celle-ci, dont le quasi-abandon par elle dont il est la victime. Maman était trop occupée à faire des photos et à senvoyer en lair, elle ma confié à une nourrice.
Si jai toujours pensé que lamour maternel navait rien de naturel, pas plus que le paternel ou le filial, cette plongée dans les secrets intimes de sa mère ne ma pas semblé relever de la plus limpide santé. Enfin, ça nenlève rien à lintérêt documentaire de ce DVD. (en tant que critique photo, ailleurs dans la revue, je maintiens quelle était une très bonne photographe et, en tant que photographe, jaurais adoré photographier son
doux visage, entre autres !)
Histoires autour de la folie,
Paule Muxel et Bertrand de Solliers
Montparnasse
Attention. Il ne sagit pas ici dun " petit docu sympa ", mais dune véritable plongée à couper le souffle et à vous restituer hagard, à la recherche dun peu dair. Lexamen dépassionné et lucide du système " concentrationnaire " des hôpitaux psychiatriques français donne froid dans le dos. Sous Vichy, pour affiner le traitement, les cas de décès de malnutrition étaient innombrables. Mais il y eut avant, et après, et encore maintenant. Quand je pense au nombre de barges graves qui jouissent de tous leurs droits et passent leur vie à emmener le monde, dune part, à ceux quune décision unilatérale et non justifiée a condamnés à passer cinquante ans dans ces murs dautre part, je me dis que le monde est bien bizarre.
Drôle de Drame,
1937 Marcel Carné
Montparnasse Vidéo
" Bizarre, vous avez dit bizarre ! ". Ca cest de la transition ! Ne pas posséder ce film dans une vidéothèque qui se respecte est comme
être un plouc. Aucun commentaire, sinon le bonheur de visionner un film restauré avec une qualité magnifique.
Basic Instinct 2 (le retour)
Peu importe le " réalisateur" Javoue, jai demandé ce DVD. Javoue encore, jai regardé. Javais fait de même en achetant le # 1, pour voir si on voyait " tout " de Mademoiselle Stone. Même avec la télécommande en extrême ralenti, on ne voit rien ! Dans " le retour ", elle change darme et a remisé le pic à glace pour la ceinture. Effets spéciaux fabuleux, mise en scène nullissime, jeu dacteurs lamentable mais Mademoiselle Stone " dégage ".
Dominique Boniface
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