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Les DVD
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Fiction
Coffret Jacquot,
MK2 Vidéo
La désenchantée
1990,
La Fille Seule
1995
À Tout de Suite
2004
Lintérêt dune rétrospective telle que celle consacrée à Benoît Jacquot en février à la Cinémathèque française est, entre autres, de provoquer la sortie simultanée de 3 de ses films en DVD, avec des suppléments de programme tout à fait intéressants.
Pour moi, ce fut aussi loccasion de découvrir ce cinéaste, je lavoue simplement. Et ce fut une belle découverte. En regardant ces films au long de la période de trois mois qui sépare chaque numéro de la revue, au moment den écrire mes impressions, cest un sentiment de flou permanent qui me saisit. Rien de péjoratif là-dedans, au contraire, jaime le flou, quand il est maîtrisé, volontaire, ce qui est la cas. Il est permanent parce que des images me reviennent, des trois films, avec une précision et une sorte de persistance rétinienne qui est rare. Pas de gros budget, des acteurs vraisemblables, pas de figurants payés ce qui fait tourner le regard des passants. Simplicité et beauté, tristesse et réalité, la vie quoi ! Content de cette découverte.
Vendredi Soir
2002, Claire Denis, Arte Vidéo
Jai pas Sommeil
1994, Claire Denis, Arte Vidéo
Claire Denis est une réalisatrice « à part ». Cette qualification, qui permet de ne pas chercher à la ramener à un genre, est bien pratique. Elle est une femme, ce qui la marginalise encore plus, il y a toujours moins de femmes que dhommes qui réalisent des films, même si la tendance est bonne ces derniers temps. Ces deux DVD proposés par Arte montrent un même aspect du talent de Claire Denis, sa manière très propre de coller à son sujet, à ses acteurs, sans jamais laisser trop de champ entre la caméra et ce quelle filme. Comme recommandait un photographe, «il faut remplir de cadre », ce quelle fait très bien.
Vendredi Soir est un récit qui pourrait être celui de nimporte qui coincé dans les immenses embouteillages de 1995, ceux du cher « DDSB Juppé » (Droit Dans Ses Bottes) qui commençait à démolir la sécurité sociale. Paris est bloqué, une femme termine son déménagement et doit aller dîner chez des amis avec sa voiture pleine à larrière des derniers cartons. Elle va emménager «chez nous», comme le lui a dit son ami. Est-elle prête à franchir ce pas consistant, alors quelle na plus 25 ans, à ne plus avoir son chez soi à soi, mais un «chez nous» jamais neutre puisque cest celui dun des deux protagonistes? Je ne crois pas. Un homme marche, un peu. Elle lui propose de le déposer, ce qui naccélère pas du tout la progression du piéton, mais la dame est belle. Remarquable Valérie Lemercier qui faisant, enfin, oublier sa pitoyable participation au films des beaufs Clavier / Reno (copains «culturels» du petit con!), se révèle magnifique dans ce film, très bien filmée par une autre femme qui sait que rien nest plus faux que lapparence. Vincent Lindon est très juste aussi. Vous avez deviné la suite. Elle ne va pas à son dîner, ils couchent ensemble, dans un hôtel vide. Il ne se passe rien, ou pas grand chose. Cest un peu comme
, comme la vie.
Dans Jai pas Sommeil, en revanche, il sen passe des choses. Très vite, on réalise quil sagit dun film sur laffaire Paulin, ce jeune Antillais qui tua, en série, des vieilles dames dans son quartier. Il ne sagit pas dun documentaire, mais presque, et cest ce «presque» qui fait toute la force de ce film.
Lexploration de plusieurs mondes, les Antillais de Paris, un monde gay (il y en a plusieurs, bien entendu), des émigrés de plus ou moins longue date qui donnent la richesse de leurs cultures à notre pays, russes et autres, cette exploration est magnifiquement menée, avec un regard quon pourrait qualifier dobjectif, tant sont absents les relents de jugement, mais on sent la grande tendresse de Claire Denis envers ces mondes différents. Les DVD de Arte sont toujours très bien faits. Puis-je déplorer ici la présence inutile, désagréable et même irritante de Thierry Jousse. Avec son insupportable suffisance affectée, ses questions qui nen sont pas, son débit consternant de «euh
», aurait mieux fait de rester à la maison au lieu dinterviewer Claire Denis qui, elle, est simple, avec talent. Quand on pense quil fait « de la radio », de manière aussi nulle, on se demande quelquefois
! Mais ce sont là des points de vue tout à fait personnels et M. Jousse a le droit dexister. Quil se taise, cest peu demander.
Hommage à Fritz Lang
Films Sans Frontières
Western Union
1941 (Les Pionniers de la Western Union)
Scarlet Street
1945 (La Rue Rouge)
The Blue Gardenia
1953 (La Femme au Gardénia)
Quand Fritz Lang fait du western, il faut sattendre au chef doeuvre, même pour un film de commande, il faut bien croûter. Ce réalisateur aurait été capable de faire dire une phrase complète de dialogue à, au hasard, Arielle D., cest dire. (Je ne la nomme pas pour ne pas faire de peine à son faux philosophe dépoux). Western Union serait probablement, dans une école de cinéma ou même le ciné-club dun collège, LE western à montrer comme le modèle du genre. Sa thématique est la conquête de lOuest par la communication, le télégraphe et la résistance des « native americans », récemment baptisés ainsi pour ceux qui restent après le génocide de 50 millions dentre eux, sans moyens de destruction massive, à la Winchester et au Colt, presque de manière artisanale (quest-ce quon sest marrés !). Sa dynamique fait cohabiter le bon, la brute et le truand tiens ça pourrait faire un titre de film, peut-être ? et son esthétique est un modèle.
Randolph Scott, qui fit dinnombrables séries de cow-boys aux USA et à qui le génial Mel Brooks rend hommage dans Blazing Saddles («Vous le feriez pour Randolph Scott ! »), est un magnifique acteur pour ce type de rôle qui ne nécessite pas une formation au Globe de Londres ou Actors Studio du cher Lee Strassberg.
Retrouver James Cagney dans un rôle de petit employé de banque est une belle surprise. Il ne joue pas de rôle de dur dans Scarlet Street, mais au contraire celui dun amoureux transi dune demimondaine (jen connais des entières !) qui larnaque. Il était un grand acteur. Belles images dans ce noir et blanc auquel les directeurs de la lumières de Hollywood savaient faire rendre les 128 nuances de gris autorisées par la pellicule. Je démontrerai ceci à qui est intéressé.
The Blue Gardenia, et la couleur de cette fleur est importante, est un polar, des meilleurs, qui fait penser au livre de Ellroy, Black Dahlia (pas le navet de De Palma qui aurait dû sarrêter après son remake du Fantôme de lOpéra). Excellent film.
Une très bonne idée donc davoir ressorti ces films dun maître, il y en a si peu.
Sophie Scholl, les derniers jours
Marc Rothermund, Arte Vidéo
Sophie Scholl a existé. Elle fût, en 1943, une des étudiantes de Munich qui osa imprimer et diffuser des tracts appelant les Allemands qui nétaient pas encore au front, ou morts ou dans les Jeunesses Hitlériennes pour préparer une brillante carrière épiscopale, à demander larrêt de la guerre. Ils étaient peu nombreux. Le groupe sappelait La Rose Blanche. Mes réserves sont très fortes face aux théories et récits selon lesquels les Nazis nétaient pas les Allemands, quils étaient minoritaires et autres balivernes quon nous sert encore. Hitler a été élu en 1933 avec un score meilleur que celui de Chirac en 2002 et du même ordre que celui de Sarkozy à la tête de lUMP. Tous les Allemands qui étaient encore en Allemagne en 1939 savaient parfaitement ce qui allait se passer, et la plupart des Allemands étaient tout à fait daccord avec ce qui allait se passer, ils y participèrent, dans leur quasi-totalité, avec lardeur imbécile des suiveurs. Hitler avait une qualité : il ne racontait pas de salades et avait TOUT annoncé dans son programme (demandez le programme!), le célèbre Mein Kampf, publié en 1923. À part quelques monstrueux cinglés qui nont pas le droit de le dire en France, tout le monde sait ce qui sest passé. Les braves ménagères allemandes accrochaient leur linge aux barbelés des camps (où des femmes nues par 25° allaient à la chambre à gaz). Pour certains nostalgiques, il avait aussi des défauts, il fit des erreurs. Perdre la guerre en était une.
Cest Lubitsch qui disait cette blague : « Vous connaissez la différence entre un Juif allemand optimiste et un Juif allemand pessimiste dans les années 30? Le pessimiste fait des films à Hollywood et loptimiste est parti en fumée.» Il y eut donc, au moins deux tentatives de résistance, dont lattentat raté de 1944 (il était temps les mecs !), et cette Rose Blanche.
Je trouve le film très (trop) proche dun documentaire, lactrice principale très mauvaise, jai lu des critiques qui disent linverse, la réalisation au niveau dun film scolaire refusé au passage en lycée professionnel. Mais ce film offre lavantage de montrer, encore, lordinaire de la barbarie, un peu comme la scène de La Liste de Schindler dans laquelle on voit les SS approcher des tables et chaises pour bien noter qui ils envoyaient dans les chambres à gaz. Un juge (dans un système qui, par définition, ne connaît pas la notion de Justice) est très troublant. Dans sa manie méthodique obsessionnelle, il veut des aveux alors quil nen a pas besoin. Il y a ce côté pathologiquement ordonné des Allemands qui ont tout listé, filmé, enregistré comme, par exemple la facturation par la Reichsbahn de 1 pfennig par trajet (aller simple, merci Msieur) par déporté (voir le livre de Raoul Hillel).
Enfin, certaines phrases du «making of» font, hélas, encore douter que ce pays ait totalement fait son travail de mémoire sur cette période. Mais ne donnons pas de leçons, cest aussi le cas ailleurs, nest-ce pas M. Papon. (Eh Maurice, ça va la santé ? Il paraît que ce nest pas brillant en ce moment
).
Les Chevaux de Feu
Sergueï Paradjanov,
Films Sans Frontières
La réédition de ce film de 1964 était nécessaire et le DVD produit par FSF est bienvenu. Reprenant limmuable histoire de Roméo et Juliette chez des Ukrainiens des Carpates au début du XXe siècle, lhistoire en elle-même na rien de nouveau, mais on sait quil nexiste rien de nouveau nulle part, dans aucun domaine. Tout est de la redite. Ce qui est magnifique ici est la façon de filmer, la richesse des tonalités (alors que je préfère toujours le noir et blanc) dans les couleurs, la précision des mouvements de caméra.
Cest très beau. Et si lhistoire est connue, il est toujours bon de la revoir, surtout avec cette qualité de mise en scène.
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| Dominique Boniface |
| mis en ligne le 30/07/2007 |
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