chroniques - art contemporain - photographie - photography

version impression
participez au Déb@t

Les DVD
Et pourtant, il tourne !
suite...
Austerlitz, la Victoire en Marchant
Jean-François Delassus

La Forteresse Assiégée
Gérard Mordillat
Éditions Montparnasse

Ces deux « batailles napoléoniennes » n’ont rien de commun que la (plus ou moins fausse) dynastie de Napoléon. On connaît mon amour de l’armée et mon respect des règles militaires sans lesquelles l’humanité serait réduite à l’anarchie de l’amour. On y verrait des gens différents fraterniser, des rires s’échanger, de l’intelligence se produire. Grâce aux armées, heureusement, tout ceci est réprimé. Et, sans armées, à quoi servirait la production d’armes qui, de Krupp à Schneider, de Boeing à Lagardère et Dassault (Paris Match et Le Figaro), de Alcatel à Total, est si bénéfique à nos pauvres patrons payés 500 SMIC et, quand ils se font vider pour incompétence, toucher 8,5 Millions d’euros pour se consoler !?

La différence entre Austerlitz et le siège de Bitche ? On a gagné la première et perdu le second. Austerlitz est encore un modèle de guerre en mouvement enseigné dans les écoles de guerre où l’on apprend à ces ratés à faire la guerre qu’ils ne feront plus. Alors ceux qui seraient clochards sans leur uniforme deviennent alcooliques profonds et, maintenant qu’ils ne peuvent plus se faire cirer les grolles par des appelés ni violer ceux-ci, se recyclent dans l’onanisme institutionnel. Ils ne sont pas inquiets pour l’avenir, eux, puisqu’une bonne retraite, après quinze ans à rien foutre, les autorisera à pantoufler dans des boîtes de flics privés.

Donc, Austerlitz était une bataille géniale. Même en étant, un tout petit peu, antimilitariste, j’ai été passionné par ce film, ces grandes flèches indiquant les mouvements. Quand Napoléon réalise que les Anglais lui ont bousillé ses petits bateaux et qu’il n’aura jamais, les salauds !, la voie libre pour les envahir, il décide très vite de faire demi-tour et d’attaquer la coalition en Bavière. Sans traîner, il commande 300.000 paires de godasses à livrer en urgence à Strasbourg. L’armée et les grolles !
Je ne vais pas vous raconter la bataille. On l’a gagnée : il y a même une gare. Si l’acteur qui joue Napoléon lui ressemble à peu près autant que je ressemble, même très bien maquillé, à Ursula Andress surgissant des eaux dans Dr. No, ce n’est pas grave. Le reste est fidèle à l’idée qu’on se fait de ces délicieux moments de marche forcée de 15h/jour avec barda de 30 kilos pendant les trois mois avant le carnage.

Des passionnés d’aventure napoléonienne se déguisent encore, à leurs frais, en grenadiers, fantassins ou autres, pour jouer aux petits soldats, dans toute l’Europe, en refaisant ces batailles et guerres. On les voit ici. Ils font mumuse avec des nuniformes et des fusils qui font boum-boum…, c’est mignon. Napoléon Bonaparte a suscité, depuis sa mort, la publication d’au moins un livre par jour, dans les soixante-huit mille bouquins. J’en connais qui n’achètent QUE des livres sur le petit corse. C’est comme ça, les monomaniaques, ou les cons. Et ces figurants volontaires sont habillés d’uniformes tellement bien réalisés qu’il n’y manque pas un bouton de guêtre.
C’est - quelle transition, quel style ! merci - cette phrase «il ne manque pas un bouton de guêtre», du ministre de la guerre de Napoléon III, qui caractérise l’absurdité de cette première guerre moderne franco-prusse. La guerre, pas les entremets.

Si l’armée française n’a pas gagné une seule guerre depuis les victoires napoléoniennes jusqu’à nos jours, ce n’est pas uniquement parce que ses chefs ont tous fait preuve d’une immense bêtise aussi grave que criminelle. Les souschefs aussi.
Pensez-y ! Les armées de Napoléon III décident d’envahir la Prusse et de marcher, une ballade, jusqu’à Berlin, mais sans cartes. C’est dans les écoles d’Alsace et de Lorraine qu’ils les trouvent. Elles n’ont pas la précision des cartes d’état-major …
Contre les canons prussiens, on lance la cavalerie. Carnage. Pour ne pas perdre la face, encore une charge de cavalerie, carnage encore… Heureusement qu’on a, déjà et jusqu’en 1939, décidément, ils sont très cons, de beaux pantalons rouges pour mieux se camoufler dans les forêts à arbres à troncs et feuilles du m ê m e r o u g e « g a r a n c e » . Et cette forteresse, de Bitche. Ayant servi, avec l’enthousiasme et la ferveur que vous devinez, l’armée française à Nancy, j’ai fréquenté des Alsaciens et Lorrains. Je me rappelle un adjudant, habitant de Bitche, pas son nom, on l’avait surnommé « 51 », ce qu’il buvait dès le réveil. Peut-être lui est-il resté, plus d’un siècle après, des traces de l’entêtement criminel de ce taré de commandant Tessier qui, alors que Metz était déjà tombé et que Paris allait suivre, ne voulait pas cesser sa défense de SA forteresse. Et cette forteresse, imprenable ? Oui, mais elle est construite dans une cuvette et, depuis les collines l’entourant, rien n’est plus facile que de la bombarder, ce que firent les Prussiens, soldats ni plus ni moins bêtes que les Français.
Déjà le complexe de la Ligne Maginot, décidément, des lumières, nos stratèges !

À nos milliers de fidèles lecteurs des casernes de France et de Navarre, Verso Arts et Lettres étant largement diffusé dans les chambrées et divers cercles d’officiers et, surtout, ayant remplacé LUI et PLAYBOY comme compagnon des nuits solitaires, si j’ai heurté la sensibilité (la quoi ?) d’un militaire, j’implore sa clémence. Parlant anglais, j’irai, comme lors de mon service militaire, nettoyer les Ouatère Closettes.

Je conclurai en disant que ces DVD sont d’une exceptionnelle qualité, les intervenants tous passionnants. On devrait obliger les profs d’histoire à les passer en classe. Sans étudier l’histoire, ne courton pas en effet le risque de ne rien comprendre à la politique et de porter un petit excité pathologiquement ambitieux au pouvoir ?


Roseland
(1977) James Ivory

Jane Austeen in Manhattan
(1980) James Ivory

Quartet
(1981) James Ivory

Collection James Ivory, MK2, 3 DVD
Savages
(1972) James Ivory

Les Européens
(1979) James Ivory

J’aurais juré que Ivory était britannique ! Je ne suis pas le seul, parmi les ignorants qui me lisent, mais on écrit de lui qu’il est le plus britannique des réalisateurs américains et, d’ailleurs, n’est-il pas d’une mère française, ce qui explique tout.

Ivory c’est le luxe de l’image parfaite dans sa simplicité évidente, son cadrage parfait mais pas surfait, un éclairage subtil et fort à la fois, autant de qualités si rares, surtout chez ses compatriotes, à l’exception de Allen, Coppola, Altmann, qu’il faut s’en extasier. Extasions-nous, ce n’est pas difficile.

J’ai commencé par Savages, le plus ancien film de ceux que reçus de MK2. Sans résumé abusif, des sauvages, couverts de boue, pénètrent dans une riche et très belle demeure anglaise - ils savent faire dans le riche et beau - et deviennent les convives d’un dîner très chic, très british, dans ce qu’il y a de plus fascinant dans ce peuple.

La violence est toujours cachée par les manières aristocratiques des convives aux conversations du dîner. Après, ces grands bourgeois perdent leur politesse exquise mais acquise, leur vernis brillant mais fragile, leur politesse qui n’est que l’hypocrisie indispensable à toute vie en société. Ils redeviennent les sauvages qu’ils n’ont jamais cessé d’être. Magnifique, je me demande comment je vais accepter un dîner !

Quartet. Le Paris des années vingt qui sert de décor à cette comédie dramatique amoureuse, elle aussi basée sur l’hypocrisie et le mensonge, et le fric, comme tout le reste ! Une jeune femme, la très belle Adjani, découvre que son mari est mis en prison parce qu’il se livre à des trafics pas clairs sur des objets d’art. Elle l’aime, mais il faut vivre et se loger et un « mécène », plus attiré par les charmes d’Adjani – on le comprend – que par ceux de sa femme anglaise et sèche comme elles seules savent l’être, offre de l’héberger. L’épouse légitime est au courant, accepte mais il ne faut pas que « ça se sache ». Magnifiques interprétations, décors – comme toujours chez Ivory -, musique, on est plongé dans ce Montparnasse des années folles. Un régal.

Jane Austeen In Manhattan, mais c’est un très beau film aussi sur ces mêmes thèmes de l’imposture et l’hypocrisie, les deux armes nécessaires, plus que jamais, pour réussir, ou au moins survivre, dans notre société aujourd’hui.

Les Européens est fantastique. À voir, comment déjà au tout début des USA, le puritanisme ravageait, vérolait de l’intérieur, une société.
Chez Ivory, tout semble bon, très bon.


Viva Zapatero!
Sabina Guzzanti
Éditions Montparnasse

IL FAUT VOIR CE FILM. Guzzanti est une très belle femme italienne clown. Pas « seulement » un clown qui fait rire en tombant en arrière, elle est la productrice d’un show politico satirique sur la RAI qui a duré le temps d’une émission, avant sa censure. Elle imite magnifiquement Berlusconi, je retiens une déclaration qu’elle met dans la bouche de sa cible. On présente une nouvelle télévision privée, la 7. Le faux Berlusconi demande : « c’est une chaîne privée ? » - oui. « Elle appartient à Mediaset ? » (l’empire audiovisuel de Berlusconi) – non ! « Alors, il y a bien un conflit d’intérêt ! ». Sur cette notion, très précise en droit, Berlusconi a fait lever tout danger le concernant.

Avec Mediaset qui contrôle les trois grandes chaînes commerciales italiennes et la mise en place de ses pantins à la tête des trois autres chaînes, publiques, de la RAI, Berlusconi a fait ce qui pourrait, si un ami de Lagardère, Bolloré et Bouygues, je ne vise personne, est élu. D’autant que ce même petit, ami des grands, alors qu’on avait tardé à déployer le tapis rouge pour une séance de maquillage à FR3, a menacé la chaîne publique d’en vider les dirigeants, pas assez à ses pieds, chaussés de hauts talons compensés et de semelles intérieures. Mais là n’est pas le sujet.

Guzzanti compare la situation italienne à celle de la France et du Royaume-Uni, en matière de liberté du ton à la télévision. Je ne connais pas assez les programmes anglais, mais le bref passage du DVD dans lequel un (faux) général est interrogé sur sa connaissance active des plans d’invasion de l’Irak par Bush est éloquent. « Vous connaissiez ces plans, mon général ? » - Oui, oui, oui. Euh, non, pas du tout, en réalité ! ». Est-ce un hasard si les Monty Python sont anglais ?
NON.

Quant à la France, Gazzanti montre des extraits des Guignols, ou du « Vrai Faux Journal » ou des « Nuls ». La France serait un paradis de la liberté d’expression et de la satire politique. Le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo sont sans équivalent connu en Occident, Charlie étant par ailleurs très lu en Arabie Saoudite et Iran.

Il y a quelques années, vivant aux USA, j’avais été frappé par ce que je croyais être une extraordinaire autodérision, en voyant une série intitulée « All in the Family ». En France et en Français, ç’eût été « Mon Beauf’» de Cabu, tous les soirs à 19h30. Une famille typique, de Queens (N.Y.). Le père, Archie Bunker, est macho, facho, homophobe, raciste, antijeunes, anti-tout. (un militant UMP ?). Sa femme, potiche (ça date un peu), bête à bouffer du foin, comme son mari. Leurs deux enfants, en fin d’adolescence, sont en révolte contre leurs parents : le garçon a les cheveux un peu longs et la fille veut sortir le soir. L’ambiance est pourrie, l’effet comique est parfait, on rit du début à la fin, même sans les rires en boîte.

Ainsi, pensais-je à l’époque, les Américains savent rire d’eux-mêmes. Et bien non. Le trait est tellement forcé, la caricature tellement osée, que personne n’a autant de tares que le personnage d’Archie Bunker. Pas un homme au monde est aussi stupide dans tous les domaines. tous conviennent que c’est très drôle parce qu’aucun ne se reconnaît, donc ne se prépare à éventuelle une remise en cause de lui-même.

Il en serait presque de même avec la série M*A*S*H, une des meilleures de tous les temps, écriture remarquable et personnages fabuleux, une série que j’aime énormément. Le film d’Altman était violemment antimilitariste. La répétition, pendant onze années à raison de 24 courts films par an, de 264 épisodes, finirait presque par rendre cette guerre presque sympathique, malgré les gueulantes des chirurgiens qui en ont marre. Heureusement qu’Alan Alda est très antimilitariste.

Farouche partisan de la liberté d’expression, sans limites, je défendrai toujours les Guignols et autres programmes de ce type, même sans les regarder. Mais je ne leur accorde aucun pouvoir. Chirac, super menteur de 1995 a été élu et réélu. Peut-être parce qu’on s’est moqué, tout autant, de tous et qu’on a ainsi annulé l’effet recherché.

Il n’y a, selon moi, qu’une voie pour un retour à la véritable liberté d’expression, mais je doute qu’on me suive ici : interdire la télévision commerciale. Mais quid de voter et d’appliquer une loi interdisant à tous les industriels dépendant des commandes de l’État d’être présent dans un média. Suivez mon regard. Bouygues perd TF1, Lagardère perd Europe 1 et ses canards, Dassault perd le Figaro. Aux USA, General Electric perd NBC. Pour un marchand d’armes, GE, la guerre d’Irak est une très bonne affaire, alors il faut relayer les mensonges de Bush parlant d’armes de destruction massive.

Hélas, tout ceci est un rêve. Jamais le fric n’a été aussi présent, la manipulation des masses aussi proche de la perfection, le mensonge aussi facile, voir le candidat à talons évoqué tout à l’heure. Mais on a le droit de rêver, ce n’est pas encore interdit. C’était même au programme de l’autre finaliste du second tour, mais …

Erratum La générosité immense et la modestie du même calibre qui me caractérisent et que vous connaissez si bien me font pardonner aux millions de lecteurs qui ne m’ont pas écrit, d’autres millions l’ayant fait, bien entendu, pour me signaler cette erreur idiote qui me fit faire figurer James Cagney au lieu de Edward G. Robinson, dans le film « Scarlet Street », chroniqué dans le dernier numéro de notre belle revue. Errare Humanum Est, j’aurais juré avoir écrit Robinson, pourtant…. Quant à vous, bande de distraits plus habitués à la zapette qu’à la Pléiade, lisez avec plus d’attention ! Et merci à l’érudit véritable qui, d’un coup d’oeil, qu’il a aiguisé le bougre, m’a publiquement humilié devant les quelque huit cents convives d’un des dîners intimes auxquels le fruit de vos abonnements, merci, nous permet de nous retrouver, entre nous, une ou deux fois par semaine. Et oui, c’est du boulot.


< retour page 3 / 3

Dominique Boniface
mis en ligne le 08/01/2007
Droits de reproduction et de diffusion réservés; © visuelimage.com - bee.come créations


Retrouvez l'@genda de visuelimage
Paris
Provinces
Etranger
Evenements
Rencontres
Débat
Agenda des Gens d'Images

Docuweb
Une sélection d'articles, de documents et d'informations à lire sur la toile.
Art, culture, société.








participez au Déb@t
haut de page
retour chroniques
l'esprit
presse
publicité
faire connaître le site
qui sommes nous ?
comment participer ?
ils parlent de nous
la lettre d'information