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Les artistes et les expos
2005 Flashback Bag
Les artistes et les expos : 2005 Flashback Bag par Timothée Chaillou
par Timothée Chaillou
Des bombes ont explosé, des hommes furent tués, des bougies d’anniversaires soufflées, des affaires de corruption étouffées, des candidats à la télé-réalité ont gagné, le magasine Frog fut créé, les Presses du Réel continuent leur travail d’éditeur d’avant garde (Charley et Permanent food de Maurizio Cattelan, Mark Handforth, Essais…) thanks…
Le Magasin rouvre ses portes en publiant un catalogue (1) compilant les expositions présentées depuis déjà 20 ans entraînant le lecteur dans un lieu qui a su rester à la pointe dans le domaine de l’expérimentation curatoriale comme dans le suivi de la scène artistique, les danseurs de krump du film de David Lachapelle (Rize) furent survoltés alors que ceux de Soit le puits était… (2) s’évanouissaient…
Berlusconi entretient son monopole mussolinien sur la télévision italienne, Busch conduit sa politique comme un roman de science-fiction pendant que George Romero se moque subtilement de l’Amérique dans Land of the dead…
François Pinault offre à Venise la chance de recevoir sa collection constitué en France, Kate Moss fut prise au piège par les médias qui lui ont donné naissance, le festival d’Avignon suscita des réactions peu mesurées et remettant en doute l’insertion des arts visuels contemporains au seins du spectacle vivant, la galerie Corentin Hamel a dû fermer ses portes, les FRAC souffrent de coupures dans leurs budgets, la mairie de Nantes sanctionne les arts plastiques en mettant en cause le renouvellement du mandat de la directrice du musée des beaux-arts – Corinne Diserens – qui mit en place de nombreuses expositions incontournables (à l’image de celle du Vito Hannibal Acconci Studio)…
Plusieurs artistes sont morts. Steven Parrino ne fera plus crisser les toiles de ses monochromes, elle restent figées dans leur état de frénétique agitation, de gesticulation live ; Les nouvelles approches perspectives du réel investiguées par les nouveaux réalistes perdent trois de leurs dévoileurs : Raymond Hains, Arman et Mimmo Rotella; Rémy Zaugg s’est arrêté d’écrire ses brillantes phrases et Nam June Paik ne visionnera plus aucun écran.

Le 11 septembre 2001, les discours du Mollah Omar, Matrix voici des événements qui illustrent le discours philosophique de Slavoj Zizek (3) sur le réel, la réalité et le semblant qui deviennent sujets et but du quotidien. Bret Easton Ellis (Lunar Park) dresse le portrait d’un homme qui lui ressemble, qui porte son nom, qui se trouve terrorisé par le deuil jamais fait de son père. Il conduit le lecteur dans une radiographie de ses désirs, où le simulacre du cinéma teinte le réel d’un écrivain aux désirs inavouables. Il nous pousse dans une réalité 16/9 élargie et distendue par le magma de ses dérives schizophréniques. La science-fiction devient une boîte à outils pour Marc Olivier Wahler qui dans « Le réel : combien de couches? » (4) réfléchit sur « Comment et pourquoi deux éléments visuellement indiscernables (le ready made comme oeuvre d’art) peuvent-ils appartenir à deux catégories totalement différentes ? » puisque « visuellement, rien (ou presque) ne permet de distinguer un mutant d’un être humain, rien (ou presque) ne permet de distinguer une oeuvre d’art d’un objet ordinaire. » Les éditions du Rocher ont traduit deux livres de Kathy Acker : Sang et stupre au lycée (1984) et La vie enfantine de la tarentule noire, par la tarentule noire (1992) cette auteure met en arrêt l’écriture et le langage pour leur faire subir des opérations qui les font devenir des éléments de jeux, elle cisaille la linéarité du discours pour lui faire mordre la poussière en lui octroyant des digressions, des transfusions, des cuts dans les paramètres de la littérature.
La contre-culture statut anticonsommateur en une machine à produire du marketing, cette théorie est brillamment mise en lumière dans Révolte consommée (5), les auteurs y déjouent l’inefficacité de l’anti-conformisme reprise par notre système économique pour élargir son champ d’investigation. « Ce qui est alternatif est, et a toujours été, vendeur », un idéal contre-culturel pour dancefloor.
Ce n’est certainement pas la plus mauvaise année en ce qui concerne certaine exposition monographique. Liam Gillick présenta, au Palais de Tokyo, des structures et un livre qui « témoignent d’une réflexion sur le comportement à adopter après la fermeture d’une usine, quand les conditions de travail laissent la place à une situation de postproduction. », l’histoire racontée dans l’exposition est celle d’un hypothétique groupe d’ouvriers qui au lieu de construire des automobiles se mettent à penser des structures comme des fictions. Le chemin des ouvriers, du bar à leur habitation étant séparé par un décor évoquant des montagnes, et une pluie de paillettes rouge.
Économie libertaire.

Deux foires, l’une retranchée sur son conservatisme et l’autre en pleine ascension, deux stands, deux display, deux galeriste Hervé Loevenbruck (FIAC) et Matthews Marks (Frieze). Pour le premier, un solo show de Borre Saethre, qui utilise le mode opératoire du format élargi cher à Kubrick et l’ambiguïté du statut des objets fantasmés cher à Lynch ou à Cronenberg - des biches empaillées dans des environnements cliniquement pops, êtres inanimés, morts préts à être réveillés. Pour la seconde galerie un display rassemblant des pièces de Katharina Fritsch, Andy Warhol, Gary Hume et Roy McMakin. Une anti-chambre naughty but nice (comme le dit Sylvie Fleury). La scénographie, ça marche. Comme le révèle Xavier Veilhan avec son exposition Le plein emploi.
L’artiste est le programmateur et le sampleur de ses travaux. Scène ouverte qui, mêlant oeuvres anciennes (Rhinocéros…) et pièces créées pour l’exposition (Coucou…), agence un art aux frontières du design et de la décoration, des objets/indices de désir. Comme le dit Éric Troncy «L’artiste, s’il n’est pas toujours un brillant criminel, ourdit des mises en scènes, fourbit des preuves, maquille les évidences, juxtapose des indices. » L’artiste mène l’enquête.


L’humour, l’idiotie, l’abondance, l’excès de flux, le délire sont les bases de recherches de certains artistes contemporains. Plusieurs lieux se firent plateforme pour accueillir les visions de ces artistes. Le jeu de paume et le burlesque, le Migros Museum et When humour become painful, le Domaine Pommery et l’idiotie, le centre Pompidou et Dionysiac. L’art absorbe les pirouettes sémantiques du punk et de son art de la digression mais aussi les subtilités et l’humour dada. Paul McCarthy – présent à Dionysiac par une oeuvre en collabora- tion avec Jason Rhoades –, maître de la critique des tabous et du spectacle, met en scène l’univers des pirates – Carribean Pirates à la Whitechapel Gallery – dans un entrepôt délabré. L’excès clownesque et satirique renvoie le spectateur vers une violence théâtralisée qui ridiculise l’homme social (pétri d’attractions et de répulsions). We are cartoons: un Walt Disney mal peigné.

Pour terminer, cette année passée permit la réhabilitation de Buren, qui a investi le Guggenheim de manière vertigineuse. Il s’attaqua au dynamisme de la rampe du musée pour y fixer un angle – au centre précis de l’établissement - recouvert de miroirs : combat entre mouvement et rigidité, vanité et éclats.
Jeff Wall fut célébré au Schaulager puis à la Tate Modern. Avec un ensemble exceptionnel de « tableaux photographiques», où la maîtrise absolue sur le réel compose des images filmiques saisissantes. Le réel s’envole dans un combat technique.

Rirkrit Tiravanija décida de ne rien représenter lors de sa rétrospective au Couvent des Cordeliers, elle devint une rétrospective racontée. Ce n’est plus la présentation des objets, mais du sujet de l’exposition. C’est par l’absence de matérialité que l’exposition se crée. Comme un vêtement sans corps pour l’investir. Un somptueux courant d’air.
(…)
Good luck 2006.
Timothée Chaillou
1) Magasin 1986 – 2006, éd. JRP Ringier.
2) Soit le puits était profond, soit ils tombaient très
lentement, car ils eurent le temps de regarder tout
autour, Christian Rizzo. Théâtre de la ville de Paris puis
Festival d’Avignon.
3) Bienvenue dans le désert du réel, Slavoj Zizek, éd.
Flammarion.
4) Fresh Théorie, collectif, éd. Léo Scheer.
5) Révolte consommée, le mythe de la contre-culture,
Jospeh Heath et Andrew Potter, éd. Naïve.
mis en ligne le 07/07/2006
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