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Scream Fresh
Steven Parrino, rétrospective 1977 2004 in Milles et rois plateaux, cinquième épisode / Condensations
MAMCO, Genève
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| par Timothée Chaillou |
" Im a street walking cheetah with a heart full of napalm
Im a runaway son of the nuclear a-bomb
Im a worlds forgotten boy
The one who searches and Destroys
Iggy Pop & The Stooges, Search and Destroy
La violence se perçoit et se comprend comme le signe même de lauthenticité.
Slavoj Zizek, Bienvenue dans le désert du réel.
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Anarchy time. Dans Le septième continent, Michael Haneke filme un couple se trouvant confronté face à leur vie monocorde, prérégie, linéaire; cest devant cette consternation quils décident de senfermer dans leur maison pavillonnaire pour la détruire et labandonner de lintérieur. Le rock permit lapparition de nouveaux héros : les guitaristes qui ne cessèrent de casser leurs guitares pour créer de nouvelles sonorités et y mettre un point final.
Destroyed room est la première photographie de Jeff Wall qui décida de commencer son uvre par la maîtrise de lanarchie. Warhol fut toujours obsédé par les accidents, les meurtres et les faits divers glauques. David Cronenberg use, dans Crash, des pulsions érotiques et de lénergie traumatique des accidentés de la route face à leur objet de désir et danéantissement quest devenue la voiture
Lhistoire de lart se collant au réel regorge dexpérimentations sur la destruction, la difformation et sa trace.
Steven Parrino possède et jouit du chaos quil instaure dans ses uvres. Une grande partie de son travail saxe sur lexploitation de peinture monochrome souvent noir ou argent dont la toile se trouve mise en décalage avec son châssis / cadre pour être froissée. Comme le mauvais garçon qui ne fait pas son lit, il se retourne contre la peinture et la toile pour lui rire au nez et la torturer, plier, déchirer. Cest le sacre du déformalisme : "Cette forme mutante de peinture déformalisée ma donné, dit Parrino, lopportunité de parler de la réalité à travers la peinture abstraite, de parler de la vie " par son chaos, son entropie. Être nihiliste si cela est un moteur à haute intensité. " I want to be profoundly touched by art, by life. I came to painting at the time of its death, not to breathe its last breath, but to caress its lifelessness."
Parrino Zombie-Heroes. Le monochrome était déjà là (a priori), Parrino le fait comparaître.
La matérialité des pliures évoquant draps, vêtements, linceuls, trace de crash est confrontée à la planéité du tableau permettant de saisir une dislocation entre sens et contenu.
Lhistoire du monochrome se base sur lidée que la peinture ne mène quà la peinture, donc à sa propre finalité. Parrino se sert, selon ses propres termes, de ce cadavre pour lui faire connaître une nouvelle identité matérielle : il balance entre un discours moderniste et post-moderniste.
Le monochrome nest plus la fin de la peinture ou son début mais un outil, un instrument comme le pinceau ou la bombe qui sert à couvrir les toiles de leur apparat.
Cest dans une réflexion post-productive que Parrino agit sur le monochrome car il lutilise comme un produit déjà chargé pour lui offrir la liberté dun nouveau territoire, comme un Zombie recherchant de nouveaux potentiels énergétiques.
César compresse et ramollit des habitacles, Francis Picabia tache une page blanche et lintitule Sainte Vierge. Lucio Fontana troue, déchire, perce, ses Concetto Spaziale pour que lénergie brutale et amplificatrice révèle la présence du vide et la meurtrissure dune ouverture (sur le réel de la toile). Robert Morris accroche de lourds morceaux de feutre au mur pour, dans un geste baroque, conquérir le nouveau territoire de la sculpture souple opposé à sa sur ithyphallique. Lexploitation de la toile comme matière souple, pour Parrino, permet de saisir la dynamique entropique de son contenu. Lartiste est le kamikaze dun attentat dirigé vers la peinture (pour sa monochromie) la toile (pour sa planéité) et la sculpture (pour son mode de présentation, sa rigidité). Cest dans un élan hautement romantique que lartiste joue de lexcès apporté à la toile excès des boursouflures et du trop de toile, de len plus qui ne faisait pas partie de la peinture , de son exaltation dune passion non hasardeuse mais foudroyante; les pliures deviennent figures de la rébellion contre lautorité de la peinture. La toile épuisée gît sur un châssis.
Couverte par une couche de peinture brillante, elle se fait lieu dexploitation de la lumière convoquant lespace comme lieu atmosphérique où tout ce qui est figé donne limpression de simplement vibrer et crisser. Cest dans cette posture romantique de lépuisement de la passion de la toile que Parrino sagite de manière frénétique sur son devenir. Comme dans la culture rock, lart doit se vivre et sincarner; il permet damplifier la puissance du corps, produisant une éthique de lincarnation, évoquant la dramaturgie et le dynamisme de lexploit performatif (et musical).
A feast of fear. Lexcellente rétrospective du MAMCO conçue par lartiste avant sa mort, offre la possibilité dune lecture intelligente où lagencement des uvres ce fait méritante , met en évidence les liens qui unissent la pratique du dessin chez Parrino et son affection pour lespace scénique de panneaux de plâtres brisés et troués qui, manipulés deviennent doutrageantes sculptures mises en display. Cest en quelques pas que lon peut unir la volonté de lartiste de sortir la toile de son enchâssement et le souhait dIron Man de faire exploser le carré noir de Malevitch toile de petit format qui agit comme un remède à la radicalité monochromiste. Cest dailleurs dans un sens moderniste que sinstaure lironie ou lidiotie au sein du travail de Parrino car il se joue de la matière et de son sens. Il balance high and low culture dans un même battle, un jeu de stratégie multiple entre histoire de la peinture, cartoons et lyrisme de la (punk) rock attitude. Cette exposition, se vie comme un chant intérieur, rares sont les moments où lon ne sent pas le désir de chantonner les références musicales des uvres de Parrino Stooges, Velvet underground, Ramones, Iggy Pop, Sex Pistols poussés dans un même vortex. Le silence muséal est stoppé par lillusion des crissement de toiles, des bruits de scie ou de masse, des hurlements brisés par le rire, des basses vrillant les toiles crashées, des rythmes désaxés du métal.
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| Timothée Chaillou |
| mis en ligne le 12/09/2006 |
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