version impression |
participez au Déb@t |
Les artistes et les expos
Jef Geys / IAC / Villeurbanne |
 |
| Par Timothée Chaillou |
Après Allen Ruppersberg et François Curlet cest avec lexposition de Jef Geys que se clot un cycle dexposition. Cette trilogie fut un brassage entre art conceptuel, pop art et esthétique relationnelle tout en choisissant le parti dune déterritorialisation de lart vers un rapport extrêmement étroit et complice avec les résidus de notre quotidien. Ces trois artistes nont, par leurs démarches et leurs mises en place formelles, aucun souhait de disqualification de tous les objets ou représentations sociales qui les entourent, ils ont comme John Armleder, cette « capacité de sympathie pour à peu prés tout » sans croire « à la question de bon ou de mauvais goût », et prennent plaisir pour le « nimporte quoi ». Cest dorénavant moins loeuvre qui compte que lensemble qui lenglobe, et le lieu doù il arrive. Chacun des projets mis en place par ces artistes condense un propos spécifique ayant sa propre logique, ils sont autonomes à lintérieur de lhétérogénéité du champ de travail quil compose. La diversité des médiums, des référents, des formes créées par ces artistes est à limage du laboratoire infini que représente notre monde (dans une dimension ordinaire du réel), qui est à leur portée de main. Rappelons une dernière fois, que toutes barrières entre haute et basse culture sont abolies depuis très longtemps et quil est préférable de penser en termes de déplacement, brouillage ou interface. Dans ce rapport avec la trivialité lartiste ne ce soucie plus des notions de reconnaissance, de légitimation ou didentification et préférera interpeller et amener vers lui des fins de chaînes marchandes et sémiotiques. Favorisant la mutation et lhybridité lartiste multiplie des protocoles pour instiller un caractère instable à tout phénomène de traçabilité à lintérieur de son parcours plastique. Par le caractère protéiforme de sa démarche, lartiste napparaît plus comme étant assujetti a une histoire de lart visiblement linéaire issue dun tronc commun sans ouverture vers tout autre potentiel créatif. Il préfère la propagation et la dissémination à la manière dun rhizome qui est en perpétuelle ramification. Par cette achipélisation, vécue comme un plan de travail, lartiste construit et manifeste une expérience du divers.
Alors que les nouveaux réalistes sintéressent a lacte de consommer et que les pop artistes sintéresseent à lacte marchand, Jef Geys, comme Ruppersberg, Curlet, Achour, Grigely ou Armleder, procèdent à linvestiture dun alter-formalisme. Jef Geys créé un journal pour chacune de ses expositions, intitulé « Kempens », il y compile des idées, conversations ou photographies. Cest un vecteur de sociabilité, favorisant léchange. Critiquant le caractère rétrospectif et élitiste des catalogues dexposition, les « Kempens » intensifient les rapports humains et la confrontation avec la pensée de lartiste, à lintérieur de la sphère muséale. Jef Geys laisse lobjet journal dans le statut qui lui est prédéfini, une fin de chaîne marchande, il ne le valorisera pas pour en faire une icône ce que firent les pop artistes ne le coupant pas, par ce recyclage, du même rapport quentretient tout individu avec nimporte quel autre journal.
Lartiste dans cette fonction alter-formaliste est plus quattentif aux économies parallèles et aux possibilités quoffre tout ce qui est affranchi des catégories et des hiérarchies de lart délaissant ce qui apparaît avec autorité (luxe, valeurs sûres, têtes daffiches), tout en restant attentif aux formes construites. Jef Geys utilise une structure en étoile comme référence architecturale ; Ruppersberg créé des environnements avec un mobilier primaire (de théâtre de boulevard) ; Armleder fabrique des furniture sculptures ;
Lalter-formalisme nest donc pas à la merci dune utilisation systématique dobjet appauvri, ou en fin de parcours, ces objets et formes narrent simplement leur survie dans des environnements préférant le choc visuel immédiat, lutilisation dun « outil visuel », ou une marque de fabrique comme signe de reconnaissance. Faire de son propre parcours artistique le lieu même de la transgression comme le définit Mehdi Belhaj Kacem qui serait « non plus comprise comme le franchissement dune limite extérieure parce que ça a à voir avec la marge mais exactement le contraire : la transgression comme déplacement. Faire en sorte que quelque chose se passe, mais dans un endroit qui nétait pas prévu pour ça ». |
| Timothée Chaillou |
| mis en ligne le 30/07/2007 |
| Droits de reproduction et de diffusion réservés; © visuelimage.com - bee.come créations |
|
Dossier
Franta
Retrouvez l'@genda de visuelimage
Docuweb
|
|