| Les artistes et les expos Ornement / Décors / Energies par Timothée Chaillou Art rules ! : Chicks on Speed/ Douglas Gordon/ Christopher Just. Lentrée en matière de ce spectacle se fait acteurs et coulisses sur scène. Petit à petit chanteuses et plasticien se préparent et organisent la mise en place du décor. Sur le plateau sont agencés une table de camériste, les installations techniques, sonores et lumineuses, les costumes ainsi quun podium : il ny a pas de horsscène, le spectateur est conscient des modes dexploitation et de création du spectacle, les mécanismes dopérations scéniques sont rendus transparents. La fabrication du spectacle participe à leuphorie de son récit. Il sorganise entre des moments filmés et diffusés en simultané par Douglas Gordon, sortes de vidéos pirates de concerts de rock réflexion sur limpossibilité des captations télévisuelles de spectacles vivants - et des instants de musiques post-rocknew- wave. Senchaînent alors les hits des 5 chanteuses : We dont play guitars, Experience of art, Glamour girl - dénonçant la condition féminine autant que la vacuité du monde de lart et son élitisme : Art rules = Fashion rules. Costumées de manière tapageuse puis complètement nues, elles déversent leur hyperactivité contre les modes éculés de représentation artistique sans arriver, malheureusement, à dépasser celles entérinées par les contempteurs de lart contemporain : vernissages obligatoirement sponsorisés par une marque dalcool, art sale avec peinture dégoulinante, représentations féminines obligatoirement dénudées on pense alors au Guérilla Girls - body art décoratif sans bagage idéologique, objet artistique devenu uniquement objet de marchandise. Aérolite: Xavier Veilhan/Air. Tout le caractère brouillon, do it yourself quamenait Art rules est complètement évacué par ce spectacle. Cest dans une scénographie extrêmement maîtrisée que se joueront les quelques notes et accords dune musique dite aérienne, évanescente du duo Air et dune joueuse de Koto. La rigueur des formes musicales et matérielles, ne doit pas faire oublier les réflexions de la musique concrete ou spectrale, et la poésie des performances Fluxus. Ici rien de cela : le spectacle nous crispe, nous étouffe dans le peu de transgression quil dégage, alors quil nous parle du mouvement et de la suspension traduisible par le décor ; les sons et les corps, tout ici nest que pose. Sur scène, une structure grise évoquant une météorite facétisée tient lieu de podium pour le duo; à leurs coté une construction bleue - présentée à lExpérience Pommery #1 flotte et tourne lentement ; devant la scène une balle argentée glisse lentement le long dune structure tubulaire, tout cela enveloppé par quelques rythmiques incandescentes de spots ou de néons. Ces formes contrôlées, font du spectacle un environnement clos, dont la syntaxe est maîtrisée par une lecture unitaire et instantanée. Tout ici est déjà pris en charge. Cest alors quune chorégraphie primaire non pas simpliste se met en place : des hommes vêtus de combinaisons en lycra noir font des exercices de gymnastique on pense alors aux protagonistes du film de Man Ray, Les Mystères du Château de Dé. Mais cette chorégraphie est très peu maîtrisée, elle en devient gênante par sa juxtaposition avec une mise en scène tirée à quatre épingles et engoncée par des formes lisses sur lesquelles tout vient glisser ; si maniérées par leur classicisme. On essaye alors de se remémorer avec regrets - les très pertinentes scénographies de Xavier Veilhan pour la Biennale de Lyon avec son Projet Hyperréaliste ou pour « Trésors publics, les 20 ans des FRAC » avec Le Mur de Verre. / (b) : Christian Rizzo/Bruno Chevillon. Cette performance serait plutôt du côté de la perception que de la représentation, de linscription plutôt que de la lecture, alors que chez Veilhan lace performatif est au delà de linterprétation dans labsolue lisibilité. Christian Rizzo travaille sur « les relations déchanges quentretiennent le son avec les phénomènes lumineux et des actions spatiales » sans que la « présence dansée devienne le point de focalisation spectaculaire ». Comme à son habitude, il ne nous présente pas une exposition un fait dimage -, ni un spectacle un fait visuel mais un geste, une participation de la présence. Dans une sorte dhallucination ou de temps hypnotique, il travaille le plateau dans son volume pendant que la lumière, comme la musique, en forme le spectre. Il ordonne, agence fait de cet espace de multiples théâtres. Il vient déposer un masque de cochon, des petites bougies, un petit tas de viande dans lequel il plante un néon puis il envahit lespace de paillettes dorées. Un chaos dimages fragmentaires se compose, travaillant cet espace psychologique dans lequel chacun de ses gestes est comme une chute, une ascension vers le sol tiraillée par des mouvements en temps darrêt, à effet Matrix violence au ralenti. Rizzo, se déshabille et dépose lun après lautre chacun de ses vêtements sur le sol relique, empreinte de son mouvement passé. Des images en labsence se forment, il le dit lui-même : « lune de mes obsessions est la disparition. Lapparition aussi cela va de soi. » Un récit se construit, rythmé par des pauses vers les coulisses il part chercher des éléments, construire des jeux de lumières qui en seraient les points ou les virgules. Cest dans ce crépuscule, dans cet espace sombre envahi par une constellation luminescente que gronde la musique virtuose de Bruno Chevillon. Ascétique et brutale, elle cristallise et vrille les espaces de célébrations mis en place par Rizzo évoquant autant Claude Lévêque que certains écrits du journal de Kurt Cobain. Ici, il y a quelque chose qui touche à une violence qui nous menacerait, quelque chose qui parle du devenir bestial de lhomme ou de la menace de toutes les perversions. Comme si cette menace pesait entre les passages des différents mondes de Rizzo, les différents tableaux. Faire une image, par le plaisir physique quelle entraîne, cest ne plus lui appartenir. Timothée Chaillou
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