| Les livres de photographie Klein is Back Par Jean-françois Conti William Klein, Rérospective William Klein, Marval / Centre Pompidou Très rares sont les artistes qui, de leur vivant, peuvent se targuer davoir créé un style dont loriginalité na jamais, ensuite, été démentie, ceci étant valable dans tous les domaines artistiques. Cette profonde et remarquable introduction liminaire, dont je suis le très modeste auteur, sapplique à Klein, sans le moindre doute. Après plus dun demi-siècle dactivité, une rétrospective lui est offerte par le Centre Georges Pompidou en cette fin 2005 et ce nest que justice. Jirai peut-être faire un tour. Klein est, bien entendu, un photographe, avant tout, mais il est aussi un cinéaste, un graphiste, un concepteur. Et sil nest pas « que» photographe, il ne se défend pas de lêtre, lui, à la différence des « djeunes» artistes « plasticiens » qui, se sachant pas faire une photo, et encore moins dessiner ou peindre, font nimporte quelle merde avec un appareil digital pour le faire agrandir en aussi grand que possible en disant : «ce nest pas de la photo » avec un mépris, que je leur renvoie à la gueule, pour cet art dont ils ne sont même pas dignes de sapprocher. Jen connais, jai des noms. Des imposteurs qui, hélas, trompent encore beaucoup de monde, beaucoup trop. Klein est un très grand, un des plus grands photographes, qui toucha à presque tous les aspects du médium, qui le connaît, pas comme les ptits cons et connes évoqués plus haut. Le livre monumental que lui consacre Marval, qui a eu lintelligence et la générosité de penser aux fins de mois difficiles de ceux qui ne sont pas nés avec lISF il y en a, jen connais, des même pas propriétaires - en offrant une version « brochée » à 49euros, est du même niveau de qualité que ceux précédemment publiés par le même éditeur et consacrés au même artiste. Il est presque vain de tenter une critique de ce livre. Les signatures conjointes de Marval et Klein, eu égard à la qualité de leurs travaux respectifs, éditeur et photographe, à la longue complicité qui les lie, sont autant de garanties dun résultat exceptionnel. Ce livre doit rester des mois et des mois à portée de main, de regard, il ny a pas dimage surnuméraire, de mot superflu. Les livres de ce niveau de qualité sont devenus très rares. Il me revient en mémoire, en écrivant ces lignes, le premier contact que javais eu, il y a juste 10 ans, lâge de VERSO, avec ce même éditeur du New-York 1954-1955, du même Klein. En dix années, les vicissitudes du marché nont pas épargné, Yves-Marie Marchand, qui a eu depuis cette rencontre initiale, lamitié de me prévenir de toutes ses sorties, de me tenir au courant des combats quil a menés contre le tout-fric qui a, comme partout, envahi cette profession. Dix ans après, et je renvoie les lecteurs à la première chronique photographie de Verso dans le N°1, publié en janvier 1996, merci. Et bravo, Yves-Marie de trouver la force de continuer ton combat pour une édition de la photographie qui soit de qualité. Donc, si « Klein Is Back », comme lindique le titre de cette magnifique chronique, on peut dire que « Marval Is Back » aussi, comme la prochaine livraison de Verso en témoignera, il suffit déclaircir le problème des livres volés devant la porte. Anonymes Robert Flynn Johnson, Thames & Hudson Le photographe le plus connu au monde sappellerait D.R., comme me le faisait un jour remarquer une conne de la comm, ce qui doit être un pléonasme. Droits Réservés, et non pas Durandal Raiduc, est le « crédité » photo le plus reproduit. M. Johnson, « auteur» de ce livre, est dans le civil Conservateur (à prendre au sens quon veut) à la Fondation Achenbach pour les Arts Graphiques du Musée des Beaux-Arts de San Francisco. Ceci doit lui assurer, outre un revenu confortable, l« autorité » pour parler de nimporte quel sujet se rapportant de près ou de loin aux arts graphiques. Les photos anonymes, depuis quun M. George Eastman imagina un appareil à coût réduit, ont été infiniment plus nombreuses que les photos signées. Cest là un des paradoxes de la photographie. Si vous dites que vous êtes peintre, vous avez le choix entre « bâtiment» et « toile », et certains qui font des toiles auraient dû en rester à un beau plafond, jen connais. En photo, il y a tous les aspects du médium, toutes ses applications. De la mode au jambon, la pub, le reportage, lart, et quand on dit « photographe dart», il y en a toujours un qui demande si cest des reproductions doeuvres dart, sous-entendant (très fort) des « vraies », pas comme la photo. Et il y a les amateurs, des millions qui, souvent, font de belles photos. Le drame est quand ils se disent « éclairés ». Johnson a trouvé de belles photos damateurs, anonymes, les a groupées en thèmes (mon préféré est celui intitulé Eros), et en a fait un livre. Et ça marche ! Bravo. Souvenirs de Londres Valérie Weill & Philippe Chancel, Thames & Hudson (et lannée dernière, de Paris) Qui a fait les photos ? Le « nous » est tellement présent quil semble ici sagir dun travail de couple. Le remerciement « à Philippe pour ces ballades amoureuses dans Paris» laisse imaginer que Valérie était heureuse avec Philippe à Paris, ils ont continué le travail à Londres. Voilà une idée quelle est bonne ! Un petit livre, luxueux, relié, couverture couleur, pas trop cher (passé quand même de 19,50 à 22euros en un an), format italienne (ça veut pas dire pizza), couleur, de petites photos en apparence simples mais bien faites, de vitrines de chacun de ses grandes villes. Sil ny a pas de quoi hurler au chef doeuvre, on se prend volontiers à les consulter pour aller voir, « en vrai», ce qui est peut-être le but, en tout cas le signe du succès de lentreprise. Thoreau, Journal Sol, Anne & Cabourdin, Willy, Terrail / Vilo Dist. Thoreau, Henry David de ses prénoms, naquit tout bébé en 1817 et mourut à la fin de sa vie, en 1862. Presque comme pour Mozart, dont Desproges disait quil était tellement précoce quil est même mort jeune, Thoreau est mort jeune, à 45 ans. Et pourtant, il a laissé une trace, importante, et tous les babas-cool et post-bab sévissant dans le monde aujourdhui et qui memmerdent en me disant que je ne dois pas tuer la mouche qui fait zzzz dans ma maison parce quelle aime ma maison (elle na quà en payer le loyer, la sale bête), tous ces chieurs adorent Thoreau. Moi pas, vous laurez deviné. Les photos, de la dame (Anne Sol) sont très belles. La nature intimement rencontrée. Les dessins, cest moins mon truc, mais cest beau. Le texte du Journal est, enfin, repris dans son intégralité. Surréalisme André Passeron, Terrail Voici le genre de livre que jaurais aimé connaître plus tôt. La simplicité intelligente (par opposition à la complexification bête et élitaire si souvent rencontrée, et pas loin) en fait un livre plaisant et instructif, ce qui nest pas incompatible, quoi quen pensent, et essaient de le dire, ceux qui sont tellement peu sûrs deux quils se réfugient derrière un savoir mal digéré mais non transmis, par peur de le perdre. Ici, rien de tout cela. Je ne sais pas si jai compris le surréalisme, comme je ne sais pas si jai compris un tableau de « x » ou « y », mais je sais que jai aimé, comme jaime certains tableaux (ça ne doit pas se dire, en « Art Contemporain», le mot « tableau », je vérifierai), de certains peintres (si on dit encore « peintre » en « Art Contemporain», à vérifier aussi.) ReGeneration, 50 photographes de demain W.A. Ewing Thames & Hudson Pour être juste, mais ça ne tient pas sur une ligne, ajoutons les auteurs Nathalie Herschdorfer et Jean-Christophe Blaser. William A. Ewing est Directeur du Musée de lÉlysée, à Lausanne (Confédération Helvétique). Le rabat de la une est plein de cet humour helvético-artistique : « Une question précise sest posée lors de la sélection : quels sont les photographes promis à une importante carrière dans les vingt prochaines années?» Jai la réponse, en tous les cas celle des auteurs du livre : ceux sélectionnés dans le livre puisque, cest un fait établi, la décision dune institution, muséale publique ou privée, de « faire » un artiste suffit largement à lobtention du résultat (« importante carrière »), sans quil soit jamais question de léventualité dun talent chez lartiste en question. Ceci étant connu, le livre offre quelques images intéressantes, mais les oeuvres sont déjà probablement hors de prix tant le travail spéculatif et auto gratifiant des auteurs est bien fait. Jean-françois Conti
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