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Les livres de photographie
Ce qui est rare est cher |
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| Par Jean-françois Conti |
Assia, Sublime Modèle Photographes: les meilleurs des années 30
Texte: Christian Bouqueret
Marval
Quest-ce que la photogénie ? La photogénie est, selon moi, totalement indépendante de la « beauté». Je mets des guillemets à «beauté» parce quil nexiste pas de critère plus subjectif. Chacun en a sa vision et, quand des canons dominent, ils changent dune époque à lautre. La beauté Rubens mène directement chez le diététicien aujourdhui alors que le mannequin de couture de nos années se serait vu laisser pour mourant, il y a moins dun siècle.
Le nu photographique, dans ce quil a de discipline éternelle puisque la photo de nu est apparue en même temps que le premier appareillage permettant de photographier, ne déroge pas à cette règle. Je connais des photographes et des modèles daccord pour affirmer quil existe une intelligence du corps, du geste, de la posture qui dépasse la « pure » beauté. Par là, je sais quune plastique parfaite appartenant à un modèle idiot ne passera pas, si lartiste photographe est honnête, aussi bien quun « défaut » du corps, même en détail, appartenant à un modèle doté de quelques neurones. Si ceci est obscur, disons plus simplement quon trouve « des genoux cons », alors que ce nest pas là que se trouve, en général, le siège de lintelligence.
Dans un autre registre, il mest apparu, il y a bien longtemps que le nu, essentiellement féminin parce que plus rares étaient les femmes photographes autrefois mais ça change et cest bien, le nu est, sans le moindre doute, une des deux disciplines les plus difficiles de la photographie, avec le portrait.
Le nu, sil doit être « artistique », cest-à-dire ne pas choquer les pauvres puritains qui confondent tout, doit contenir une dose de désir. Appelons cela désir sexuel, voyeurisme de la part du photographe et du spectateur de limage, correspondant donc au désir dexhibitionnisme du modèle. Ces grands mots en « isme », dès quils sont associés à des « perversions », selon le vocabulaire des mêmes puritains, perdent la beauté de leur sens. Voir donne « voyeur », qui aime voir, mais selon le puritain, cest qui aime voir ce quil ne devrait pas voir ou dont le plaisir (sexuel) nest satisfait que par ce quil voit, sans quil « agisse », avec le symétrique indispensable de « montrer» ou « exhiber». Il ne sagit pas, dans cette chronique, dune analyse du plaisir sexuel, mais je doute fort que chacun ne possède pas, à des doses variables, des doses dexhibitionnisme et de voyeurisme et cest très bien ainsi. Ce quil faut, pour quun nu photographique soit réussi, cest lalliance de la volonté, par le modèle de se montrer, de manière plus «réaliste » quen peinture, et la réussite de la transformation de son désir en oeuvre dart par le photographe.
Cest très rare !
En peinture, et ceci est encore plus flagrant pour le portrait, le peintre dispose dune quantité infinie dimpressions quil a recomposées sur sa toile, effaçant sans même y penser un « défaut » quil naime pas, ajoutant un peu de ci ou ça selon son goût et son humeur. En portrait, il donnera des yeux rieurs mais une bouche sérieuse, ce qui est difficile en photo. En nu, il idéalisera son modèle qui ne devient quune idée.
En photographie, et restons avant Photoshop¨, le modèle est confronté au réalisme de sa chair, ce qui nest pas toujours une épreuve facile. Il est impossible de se voir le dos, par exemple, encore moins le bas dudit dos ou autres parties de son propre corps, sans miroir ou image, dune part. Il est également impossible à loeil deffectuer des rapprochements tels que ceux que pourra réaliser lobjectif, dautre part.
Japproche ici le problème du regard et des yeux du modèle. À part dans la photo « de cul », volontairement aguichante pour laffamé sexuel, la présence dun regard du modèle dans un nu ruine, pour moi, leffet de la photo. Je connais des images, pourtant signées « des plus grands », ceux que jai régulièrement éreintés ici même, dans lesquelles une putasserie, hypocritement cachée sous un fallacieux prétexte de provocation, a autorisé la présence du regard du modèle dans des photos de nus. Je pense, ils sont morts et ne mattaqueront pas, à Sieff et Newton, en particulier, et on ne sera pas surpris de savoir quil naimaient pas les femmes, mais choqués de réaliser quils en ont vécu.
Dès quil y a les yeux, nous avons un portrait. Et un portrait, selon moi, ne doit rien montrer dautre que le visage, au sens le plus strict du terme. Tout environnement, même une chevelure trop montrée, un cou, un vêtement, je ne parle pas darrières plans touffus, est inutile au portrait et casse celui-ci. Il sagit de palliatifs du manque évident de talent. Le portrait doit rester un portrait, le nu doit rester un nu.
Revenons à Assia, sublime modèle. Cette femme apparaît sur tant de nus des années 30 quun chercheur, dont nous avons ici déjà loué le talent, se met à sa recherche et découvre une « professionnelle ». Pas une pute mais un modèle professionnel, une femme qui a choisi de gagner sa vie en offrant son corps aux pinceaux et objectifs dartistes qui la rémunèrent, aux regards des spectateurs de ces images.
Tous les grands photographes de ces années ont eu recours à elle. Et chacun de ces grands photographes, de Krull à Parry, Albin Guillot à Dora Maar, avait un style, une technique, une approche du nus très différents.
Le miracle, car cest de cela quil sagit alors, est lapparente unité de style entre toutes les images de cette femme, cette Assia Granatouroff, née en 1911 en Ukraine et morte en 1982.
Ici, lintelligence du modèle, évoquée plus haut, devient criante et telle que loeuvre émane alors autant delle que du photographe, voire plus. Comment expliquer sinon cette unité de style, même si des différences existent et même si les années 30 avaient leur style, avec les limitations techniques des émulsions et appareils de lépoque, lot commun de chacun ? Il y a beaucoup plus que ces petites différences de style et petites similitudes de technique, il y a un modèle sublime, Assia.
Assia est une artiste, une artiste qui fait de son corps son oeuvre. Sur certaines images, elle est, pour moi, plus belle que sur dautres. Ce sera différent pour un autre spectateur, et cest là quest le message de lart, unique dans sa conception mais multiple dans sa perception.
Le plaisir éprouvé par le modèle est patent, et je ne crois pas faire preuve dimagination en écrivant cela, comme ce quon reproche aux lycéens : « lauteur a voulu dire »
Ça se voit, cest évident, tout comme est évidente la preuve de ce que javance sur la présence du regard dans le nu. Les rares fois où ceci se produit, dans ce livre, la photo est, pour moi, ratée.
On dit que des visages ou des peaux accrochent la lumière, pour ne pas dire que ces sujets « baisent » lobjectif, tant léchange est fort. Assia aimait poser, elle aimait offrir, donner son corps à limage, à limaginaire. Léchange est réussi parce que nous avons un grand plaisir à regarder son corps et ces images.
Voici un livre splendide, qui donne la pleine mesure de la beauté du nu, du nu féminin en tous les cas, dans une période richissime de la création photographique, artistique, qui était les Années 30 en Europe, en France en particulier. Très bel ouvrage, de référence et de plaisir, oui. |
| Jean-françois Conti |
| mis en ligne le 07/06/2006 |
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