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Les livres de photographie
Des aventures vénitiennes d’un chef de rayon en tête de sa gondole
Les livres de photographie : Des aventures vénitiennes d’un chef de rayon en tête de sa gondole par Jean-François Conti
Par Jean-françois Conti
La contrepèterie était tentante, voire irrésistible ici : « Farce de l’Or et Force de l’Art ». En voyant, dans la presse quelques photos consacrées à la réouverture du Pallazo Grassi, j’ai été interpellé, pour rester correct.
Quel déferlement d’images, reportages et articles divers sur cette inauguration !
La brosse à reluire au niveau de la haute compétition. C’est à qui flattera le plus cet annonceur si important que le critiquer serait suicidaire. Il possède tant de têtes de gondole (d’où probablement son attrait pour Venise), dont Le Printemps, la Fnac, la Redoute, plus quelques bricoles de luxe comme Saint-Laurent ou Gucci, dont ont encore besoin certains et certaines, qu’il n’est pas question pour un directeur de publication de laisser passer un article « critique ». (La pub !)
Il aura été dit et écrit que les Italiens de Venise étaient tellement plus accueillants que la tatillonne administration française qui, oh scandale, avait refusé au chef de rayon de faire tout ce qu’il voulait de cette Île Seguin qui est, désormais, défigurée. Et quand un ancien Ministre de la République, admettant avoir volontairement fait traîner le dossier Seguin, devient le directeur artistique de son palais vénitien, il faudrait n’y voir qu’une coïncidence. Ce chef de rayon peut tout acheter, ministre ou Président, palais ou une croûte conventionnelle et archiconnue, que son achat transformera alors en chef d’oeuvre.
Et il fait tout ça avec vos Euros de clients, de la FNAC en particulier, cette machine à fric. Ce n’est qu’un «hyper» de la sous-culture, de la consommation de masse où l’on trouvera la dernière chose bien marketée de Dan Brown, Houille et Berk ou FOG et le dernier Goncourt, en piles, destinés au beauf de Renaud ou à la pauvre qui n’en rate jamais un, il faut pouvoir en causer dans ses dîners, mais peu de vrais livres. Je cite l’article de Libération du 29 avril : « Aujourd’hui, il expose ses oeuvres favorites à Venise et valorise les cotes des artistes concernés. Ce qui permettra de faire monter les prix en salle des ventes : ainsi, le 9 mai, un bronze de Jeff Koons (Aqualung) sera mis en vente chez Christie’s alors qu’un autre exemplaire de cette série de trois pièces figure à l’exposition Pinault du Palazzo-Grassi. Comme dans une vitrine de très grand luxe.» Alors, quand je vois des « oeuvres», dont celles de Cy Twombly, parmi d’autres, qui sont parties en Italie, je suis bien triste pour les Italiens et assez ravi pour nous. Je sais que «je n’y comprends rien, que je n’y connais rien ». Mais je revendique le droit à des limites à l’imposture, quitte à être pris pour un passéiste, un béotien.
Je ne suis pas « critique d’art » et l’avoue d’autant plus aisément que je respecte et admire les VRAIS critiques d’art. J’encompte même parmi mes amis. J’ai aussi un ami juif, un autre nègre, un Franc-Maçon, un Arabe et un homosexuel, c’est dire ! Je n’en ai pas à l’UMP, il ne faut pas pousser. Ils connaissent l’art, et les artistes, depuis des années. Ils ont fait des études approfondies sur l’art et son histoire.
J’aimerais seulement que des « faux» critiques d’art, émoustillé(e)s à l’idée de pondre un papier sur un artiste, arrêtent avec leur prose nulle. Quand on ne sait pas, on la ferme.
Quant au chef de rayon et à ses «oeuvres», nul besoin d’être un sous-directeur du marketing pour savoir qu’en prenant pour des imbéciles ceux qui se prennent au sérieux, on gagne à tous les coups. Ceux qui se prennent au sérieux sont des imbéciles. Galouzeau, le soudard tendance fin XIXe se lance donc, avec précipitation, dans l’Art avec cette exposition intitulée «La Force de l’Art». Bonne chance.
Passons à de « belles images », des photographies, de photographes n’ayant pas honte de leur médium, ne se réfugiant pas derrière des périphrases comme « installation à partir de la photo » ou « utilisation de la photo dans l’art », incapables qu’ils sont de faire une mise au point. Le vide de leurs images n’est compensé que par la taille du tirage, voir Bustamante, par exemple, mais il doit exister de pires imposteurs.


Exposition Cindy Sherman
Musée ( !) du jeu de Paume
Paris
Comment ne rien dire sur ce que, JE, (c’est-à-dire moi-même, n’engageant que moi) considère comme non pertinent. Comme ça. D’autres qui s’y connaissent en parleront.


Un Monde de Couleurs
Amandine Guisez Gallienne
Thames & Hudson

Peut-être ai-je déjà écrit que la photographie en couleur, selon Irving Penn (et moi-même), n’a d’intérêt que sous deux conditions: photographier la nature non retouchée par l’homme qui offre, soyons bucolico-écolo-catho, pour une fois, de « si belles couleurs que c’en est à croire au petit Jésus », ou alors une composition de couleurs choisie ou réalisée par un coloriste. Sinon, rien de plus laid que toutes ces couleurs délavées et incompatibles assemblées sans coordination ! Autant offrir le rêve du beau noir et blanc. Mais ce n’est plus « in», il faut ces immenses tirages couleurs pour être « dans l’art » aujourd’hui.
Alors ce livre est précieux. Je ne connaissais pas cette photographe, cette grande coloriste. Du blanc (ce n’est pas une couleur, je sais !), au noir (idem), elle nous emmène dans une symphonie de couleurs, jaune, vert, bleu, rouge, sur les thèmes les plus variés, une sorte de « mise en musique » par la couleur du monde. Ce monde est le nôtre et offre à ceux qui savent voir, regarder et revoir, encore regarder.
Très beau livre, pas le « coffee table book », mais un livre qu’on a envie de revoir pour, quand le monde est trop gris et les gens trop cons, se reposer l’oeil et l’esprit.


Inde / India
Chine / China
Afrique / Africa
Editions Terrail,
Projet Kharakt’r Bilingues

Trois livres différents. Voilà une bonne idée ! Cela fait des années que je la pousse : offrir au plus grand nombre des beaux livres de photographie, ou autres arts, je ne suis pas sectaire, à des prix abordables. Quel qu’en soit le sujet, le thème, l’auteur ou, comme c’est le cas ici, les auteurs, je sais que c’est possible, je connais les tarifs des imprimeurs.
Ici, le pari est triple et je lui souhaite une réussite méritée: offrir à 19 euros un très beau livre sur un lieu «photographiable» (même un mégot de cigarette est un chef d’oeuvre quand Irving Penn le photographie) par des inconnus talentueux (plus nombreux que certaines célébrités) et le vendre. C’est réussi. Je connais un peu la Chine et ai retrouvé, dans le livre qui lui est consacré, des ambiances que j’aime, pas étranges. Mise en pages «plein pot», sans fioritures mais très bien faite, impression bonne, bon format et «bonne main », comme disent les libraires.
Recommandé, j’attends les autres avec impatience.


La Photographie Pictorialiste
en Europe, 1888 - 1918
Le Point du Jour, Editeur
Musée des beaux-Arts de Rennes

Enfin un livre sur ce sujet, et quel livre. Quand la photographie a été inventée, s’est posé un vrai problème aux peintres : comment rivaliser avec sa précision optique et mécanique? De ce problème sont nés l’impressionnisme et les mouvements postérieurs de la peinture, je laisse la parole aux VRAIS critiques de la revue. S’est aussi posé un problème, presque contraire, aux artistes photographes: comment imiter la peinture et dépasser la précision trop optique et mécanique pour eux, de la photo, surtout quand les formats utilisés (chambre 18 x 24 cm en Europe et 20 x 25 aux USA et Grande-Bretagne, soit 8 x 10 pouces) donnaient cette précision ?
Des fabricants d’optiques proposent des objectifs «soft focus», dont la lentille à l’extrémité pouvait, une fois le point effectué, donner un « flou » jugé artistique. Des imposteurs l’ont refait, une lentille enduite de vaseline pour obtenir le même effet.
Les peintres avaient peur d’être détrônés, les photographes voulaient prendre leur place et les deux démarches sont aussi idiotes l’une que l’autre. Il y a de la place pour un Garouste, par exemple, et un Penn, je cite deux représentants des deux arts que j’admire. Aux USA, il a fallu rompre avec le pictorialisme pour, avec le mouvement « f.64 » (plus petite ouverture des objectifs, garantissant la plus grande profondeur de champ et demandant la pose la plus longue, donc permettant au maximum d’informations de passer par l’objectif pour atteindre la surface sensible) de Stieglitz (à la charnière des mouvements) et surtout avec l’irruption de Weston, pour que la photo devienne un art à part entière, qui n’imite pas la (mauvaise) peinture.
L’excellente préface de Michel Poivert, historien d’art et spécialiste de la photo, qui s’intitule : « Une Avant-garde Sans Combat», sous-titrés « les antimodernes français face au pré modernisme de la Photo-Secession américaine », que je n’avais pas lue avant d’écrire ceci, résume mieux que je ne saurais le faire, ce qui s’est passé.
Parfaite impression, comme toujours, mise en page itou. Un livre à lire et voir, regarder et relire, une référence.

Impressionnisme
Bérénice Morvan
sm’Art, Terrail

Van Gogh
Pierre Cabanne

Comme Guy Bedos le faisait dire à Johnny Haliday, en réponse à la question « vous avez aimé Toulouse-Lautrec », « Ouais, c’était un beau match ! », je ne me sens pas assez compétent pour critiquer ces deux livres.
Je sais quand même que ces deux peintres, Impressionnisme et Van Gogh, avaient du talent, sinon on n’aurait pas fait un livre sur eux.
À part ça, restons sérieux, c’est la même démarche que celle évoquée plus haut pour les livres de photos, avec un prix de 19 euros, un appareil critique (c’est comme ça qu’il faut dire quand on a un diplôme de l’enseignement supérieur) de qualité et une très belle iconographie.
Bravo donc.


Maroc, enfants des rues
Vincent Ohl & Arnaud Childéric
Marval

Nombreux sont ceux de ma génération qui sont nés au Maroc. Un premier Ministre en exercice, un candidat à la candidature à la Présidentielle au P.S., du beau monde.
Les souvenirs, pour qui a quitté un pays vers 6 ans, sont rares et probablement pas d’une grande précision. Par ailleurs, les « beaux livres » sur ce pays abondent et, comme pour tout autre endroit, qu’il est facile de faire de belles images partout ou, au contraire, d’en faire de terrifiantes. Tout est, comme le disent les guides touristiques « terre de contraste ». Le Maroc est le premier exportateur de haschich, une royauté aussi luxueuse que scandaleuse, un ancien protectorat, un pays à la fois riche à milliards et pauvre. J’ai encore en tête des images, des odeurs (la fleur d’oranger), des couleurs, des souvenirs de chaleur, de vent.
Rien de plus précis.
En parcourant ce livre, tout ceci a failli disparaître. Le Maroc c’est une floraison d’antennes paraboliques à chaque fenêtre de chaque immeuble, à se demander ce que font les gosses quand ils ne sont pas devant une chaîne ou une autre, priant que la chaîne soit pornographique plutôt qu’Islamiste, c’est moins dangereux, selon moi.
Et bien, quand ils ne sont pas devant la télé, ils sont dans la rue et ils dealent, de la drogue, leur corps, tout et n’importe quoi. Dans une misère totale, avec comme seul désir celui de quitter ce pays pris en otage par un roi fainéant soutenu par les « amis traditionnels » de la France, quitter ce pays pour, au risque de leur vie, arriver en Espagne, puis en France pour ne jamais revenir au pays.
Quelle horreur !
Il reste les pages dédiées au sport, puisque ce livre sort dans la collection de l’éditeur qui s’intitule “Athlètes du Monde”. Si le sport est un espoir de s’en sortir, alors vive le sport…
Jean-françois Conti
mis en ligne le 19/08/2006
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