Les livres de photographie
par Dominique Boniface


Champions
Richard Aujard
Marval
J’ai récemment eu le privilège d’entendre un couple, qui venait de faire un don à un de ses enfants, me dire : " Donner, c’est tellement mieux que recevoir ". Celle qui venait de dire cette merveilleuse phrase ajouta, parce que l’humour sauve : " C’est ce que pensent les boxeurs ! ".
Personnellement et contrairement à la plupart des membres de l’équipe de la rédaction de Verso qui sont tous des passionnés, je ne suis jamais allé voir un combat de boxe. J’avoue préférer une soirée tendre avec une belle femme, ou deux. Mais chacun a ses goûts et je respecte tous les goûts.
Un des seuls bons films du petit renifleur frénétique (Scorcese), Raging Bull, m’a laissé des images (exagérées et poussées comme tout ce que commet ce type) très marquantes de la violence de ce " sport " qui consiste, finalement, à se foutre sur la gueule jusqu’à ce qu’un des participants soit, souvent atteint à vie, au sol.
Étant, vous l’aurez deviné, plus sensibles aux images de courbes délicieuses et vallées profondes et secrètes du corps de la femme qu’à la masse des muscles recouverts de l’inévitable couche de sueur brillante et surmontés d’un regard abruti sous un front de la largeur d’un ruban de machine à écrire du boxeur moyen, j’ai eu, vous en conviendrez, du mérite à regarder ce livre. Merci, je fais ça pour vous.
Et bien, c’est comme je le sentais : ils se foutent sur la gueule, avec violence, ils se font mal. Ils sont pathétiques, simulant la haine pour leur manager pourri, ils se déglinguent le portrait, se défigurent, avec hargne, passion, pognon à la clé, parce que, comme pour tout le sport, c’est le fric qui règne. Mais les photos sont belles, surtout si on aime la boxe.


Don’t Look
Richard A. Egli
Marval
Alors justement, alors que le titre est " ne regarde pas", comme la couverture montre une très belle femme nue, j’ai regardé. Et j’aime. Elles sont belles ces femmes, très belles, très nues. Des danseuses, aux corps parfaits, musclés là où il faut, bravo.
Je vais être critique néanmoins. Un nu dans lequel le regard du sujet est visible est, selon moi, raté. Il y en a beaucoup. D’autre part, il me semble que ce jeune photographe n’a pas encore trouvé son style propre. Il " fait du Gibson ", ce que Gibson lui-même n’ose plus faire depuis qu’il a épuisé son filon et nage dans la graisse et le fric, il essaie de faire du Avedon, mais il en est loin, il passe du fond noir avec éclairage " subtil, je te mets deux spots là cocotte, bouge pas c’est bon " au blanc surexposé avec grain peu élégant… Il ne sait pas encore ce qui lui plaît, ce qui marche, mais j’ai confiance, encore une vingtaine d’années et il y arrivera.
Et, comme j’aime les belles femmes nues, j’ai vu et revu ce livre !


Des Nuages, de l’Antiquité à nos jours
Bernard Chambaz
Éditions du Seuil
La première phrase du communiqué de presse, je ne les lis jamais, c’est un accident, m’a frappé, je vous l’offre : " On peut prétendre à juste titre que les nuages ont constitué le premier paysage, voire l’horizon primordial qu’il nous a été donné de percevoir. " C’est vrai. J’ai même écrit, alors que je me cachais sous un pseudonyme dans une très belle revue, que les personnes qui ont quitté, pendant leur vie, les ciels de leur enfance, ont un visage changé, asymétrique.
Chambaz nous propose de nous allonger dans l’herbe (on va attendre le printemps), et de regarder les ciels, de l’Antiquité à nos jours. En hébreu, le mot " ciel ", avec " eau" et " visage ", n’existe pas au singulier, jamais. Intéressant. Découpé en six chapitres, on regarde en l’air du nuage antique au médiéval, du renaissance italien, des lumières, du nuage des Français et du nuage extrême-oriental et on finit par ceux de la photo et du cinéma, des modernes aussi du XX e siècle, où c’est, je trouve, nettement moins convainquant. (Rothko, faut pas se foutre du monde!)
À lire allongé dans son canapé.


Dominique Boniface
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