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Les livres noirs
La Série Noire est morte, vive la Série Noire !
Les livres noirs : La Série Noire est morte, vive la Série Noire ! par Simon
Par Simon
C’est avec ce cri, monarchique pas moins, qu’il faut accueillir la fin d’une époque, d’une ère, celle de la Série Noire en format « poche avec des numéros sur la tranche ». Que s’est-il passé au chiffre fatidique de 2743 qui, outre qu’il est la moitié de 5486, est celui du DERNIER Série Noire numéroté.
D’abord, prévenons les menuisiers que les dimensions de la bibliothèque Série Noire AVEC numéros peuvent, désormais, être arrêtées, à peu de choses près. Compter, pour la totalité des numéros, j’extrapole à partir de mon humble collection, environ cinquante mètres linéaires. Je n’ai que trente-six mètres de rayonnages Série Noire, juste le mur du fond des toilettes de la bibliothèque du château que Verso, grâce à VOTRE argent, merci, m’a offert. Comment classer ces livres qui n’ont pas de numéro? J’y réfléchirai. Que s’est-il passé ? La Série Noire a été inventée par Marcel Duhamel, en 1945, il y a soixante ans. Autres temps, autres moeurs. HUIT livres par mois sont publiés, le succès est immense. Sans faire l’histoire de la collection, elle a introduit des auteurs américains de talent, suivi la période avec précision (l’époque des « Espionnage », terminée avec la fin de la guerre froide), amené aussi les très grands auteurs français de la Noire (Jonquet, Pennac, Izo etc…), et il y a eu une sorte de panne. Pas de la collection, mais de son positionnement. Dès la création de la collection « La Noire », un double standard a commencé à exister dans le polar (au sens large) rue Sébastien-Bottin.
La Noire, collection prestige – et rémunérée comme telle pour l’auteur – a fait de l’ombre à la collection de poche qui a essayé, avec des formules de couverture et de papier plus ou moins réussies, de survivre. Mais le rythme des publications a baissé, des auteurs ont quitté Gallimard, il fallait réagir. Il faut aussi garder à l’esprit que le format de poche n’est plus ce qu’il était. Les connaisseurs ont en mémoire le temps des publicités en 4 ème de couverture (et oui !), pour le billet SNCF à demi-tarif ou pour un after-chèvre aussi dégueulasse et puant que ces merdes odorantes qu’on essaie de vous faire vous tartiner la tronche.
Le train était un moment de lecture. Aujourd’hui, on s’y raconte qu’on s’est quitté il y a cinq minutes et que « le train y roule, oui, ça y est, y roule, j’te dis ». C’est « la communication », j’t’en foutrais moi de la « comm’».
Donc la Série Noire est morte, vive la Série Noire. J’ai rencontré son nouveau directeur, un jeune homme qui se nomme Aurélien Masson. Inutile de la cacher, je l’attendais de pied ferme. Comment, un gamin qui prend la direction de la SN, n’importe quoi ! Et il a eu la gentillesse de venir chez moi.
J’ai découvert un directeur de collection qui, ne se prenant pas au sérieux, prend son boulot très au sérieux et semble le connaître remarquablement bien. Il sait de quoi il parle, souhaitons-lui, très sincèrement, de réussir. Je crois qu’il est en bonne voie, l’avenir nous le dira. Il prend des risques, il a raison. Bravo.

Autobiographie d’Une Courgette
Gilles Paris, J’ai Lu
Faut-il ici parler d’un livre noir? Qui sait ? C’est un livre qui peut être lu à tous âges, par tous, enfants, parents et grands parents. Il serait drôle que des grands parents, l’ayant lu et aimé, l’offrent à leur petit enfant qui, à son tout, le recommanderait à son père ! La Courgette est un gamin de ne uf ans qui, en jouant avec un revolver chargé caché dans la chambre de sa mère, vissée devant la télévision à qui elle parle, veut tuer le ciel (d’où viennent toutes les catastrophes de sa courte vie) et tue sa mère. Le père est parti, il y a bien longtemps avec «une poule», ce qui pose un problème au gamin qui se demande ce qu’un homme peut bien faire avec un gallinacé. Orphelin au second degré (dans le sens judiciaire du terme du coup), le gamin part en foyer et c’est une autre vie qui commence, avec des personnages magnifiques, des moments d’un émotion à vous faire venir les larmes aux yeux, un langage superbe (j’ai aimé les « zéducs », entre autres), et ce livre est un chant d’amour à la vie. Partant d’une histoire très noire, il fallait le faire, et cet auteur l’a fait. Un bijou à conserver, à offrir, à recommander mais surtout à ne pas prêter, on ne vous le rendra pas.

Notre Sartre
Les Temps Modernes
N¡ spécial, NRF
Vingt-cinq ans qu’il est parti. Merci Sartre, pour Réflexions sur la Question Juive, pour La Nausée et Les Chemins de la Liberté de mon adolescence déjà enfiévrée, pour l’exemple unique de couple libre avec le Castor, pour tout, tes combats, tes erreurs, tes coups de gueule. Tu manques aujourd’hui, « grave » diraient les petits gars de banlieue que l’autre, le facho de l’intérieur, le nain de jardin, le cocu même pas magnifique, l’autre tache a traités de « racaille ». Racaille toi-même, refusant de respecter la loi, incapable de penser à autre chose qu’à une revanche sur la vie, sur ta petite taille, un complexe transformé en ce que tu crois être un destin ! Minable.
Sartre vivant, il s’en serait pris plein la tronche le nain de jardin ! À la une d’un journal, qui fut de référence avant de pratiquer le conflit d’intérêt de manière schizophrène avec un Président de son Conseil de Surveillance plagiaire condamné et conseiller de Sarkozy, il y aurait eu LE PAPIER de Sartre qui aurait aligné … Sarkozy.
Ce n’est pas le penseur mondain au décolleté vertigineux qui va le remplacer ! Mais ne l’accablons pas ! Il subit un châtiment terrible : la compagnie d’une poupée Barbie grandeur nature qui, des tests le prouvent, serait moins intelligente que le jouet, mais chante plus fort.
Je ne fais qu’évoquer celui, plus honnête, qui n’a pas compris qu’à trop parler on dira des conneries que la presse s’empressera de reproduire en les exagérant (voire par citations tronquées), et qui s’en mord aujourd’hui les doigts. Eh, les soi-disant philosophes, si vous voulez faire les starlettes, payez-vous un manager, ça existe et il y en a qui connaissent leur métier, chacun le sien.
Alors, entre ce réel danger pour la démocratie qui ne sait plus qui il est tant il veut plaire à tous et ces pseudo néo romantiques ou philosophes, on est mal barré. Il nous manque un Sartre ! Jamais Sarkozy aurait osé, de son temps, jamais. Sartre était un vigile, un guetteur contre la connerie, la lâcheté, le populisme minables. Il était une conscience, il n’y en a plus aujourd’hui.
L’autoproclamée intelligentsia, se dit de gauche et fait du « Le Pen soft » en choisissant de privilégier sa progéniture plus que ses cousins, ses cousins plus que ses amis. Elle se goberge de quelques opuscules lus par personne, pas même les fameux amis. Elle défend la réinsertion de gosses déscolarisés alors que les siens sont dans des écoles privées, « oui, mais sous contrat », ce qui est encore plus dégueulasse parce que ça signifie que les contribuables aident les plus riches à payer moins cher leur privilège, ce privilège perpétuant et aggravant l’inégalité des chances. Il y a des moments où j’ai envie de croire à nouveau au grand soir. Merde.

King Bongo
Thomas Sanchez
Série Noire, Gallimard
Est-ce le premier Série Noire de la nouvelle « formule» ou est-il jumeau avec un autre, Dr. Jack ? Pas de numéro…
Donc c’est un des premiers. Cuba avant le Barbu, quand 270 bordels (où les femmes sont à vendre) fleurissent à La Havane, alors qu’il n’y a que 250 clubs de jazz. D’où la question : quelle musique dans les 20 bordels qui n’ont pas de jazz ? Des témoignages évoquent certains cantiques, dont « Entrez Dans La Négresse », mais rien n’est sûr. À part ça, les Cadillac et autres bouffeuses de futur (tiens les USA, par habitant, dégagent 2 fois plus de CO2 que l’Allemagne, 3 fois plus que la France, près de 10 fois plus que la Chine. En connerie, on ne sait pas, c’est encore peu mesurable) sont encore neuves et on joue au golf à la porte des boxons. Ambiance garantie, les pétoires ne sont pas loin, en rythme.

Dr Jack
Norman Green,
Série Noire, Gallimard
Brooklyn est à peu près aussi homogène que l’union, dans un espace restreint, de Neuilly/Seine (Sarkoland), Neuilly/Marne (Racailleland), Roissy CdG, Palavas-les-Flots et Marseille. Là-dedans, comment s’en sortir ? Par le fric, comme partout ailleurs, il n’y a plus que ça. Ne jamais en manquer, ne jamais montrer qu’on peut en avoir besoin, en amasser autant que possible, le plus vite possible, peu importe comment. Voilà l’ambiance. Nouvelle frontière des USA ? Non, mais très bon microcosme où tous les enjeux se retrouvent. À lire, un très bon Série Noire.

Boulevard des Branques
Patrick Pécherot,
Série Noire, Gallimard
J’avais beaucoup aimé Barcelone-Belleville, du même auteur, un « vieux Série Noire » (oui, j’ai du mal, je vais faire agrandir mes poches de vestes par ma couturière favorite). L’art du polar « historique » est difficile, surtout en 1940, année qui marqua la chaleureuse amitié Franco-Allemande, n’est pas simple. L’Histoire, avec le grand « H», est très, trop présente quelquefois. Pécherot excelle ici, comme dans le précédent et c’est un auteur « bien d’chez nous »…

Fire break
Richard Stark (Westlake)
Rivages / Thrillers
Je n’avais eu que quelques lignes pour le précédent de même auteur, Flashfire. Un bijou, un chef d’oeuvre de concision, de précision, d’humour et de méthode. On retrouve tout ça ici, Westlake est encore meilleur quand il est Richard Stark. Pas un mot de trop, pas une description dont on n’a rien à faire mais qu’on voit tant, parce que « ça fait du volume », on le sent, je le sais. Du pur.

Le Bibliothécaire
Larry Reinhart
Série Noire, Gallimard
Bon, pour ceux qui croient encore que je suis « anti-américain », lire ce livre. Ça ne s’invente pas. C’est un Étatsunien qui écrit et décrit ce que le défenseur du Bien contre les « forces du mal », élu ET triomphalement réélu par une majorité de ses concitoyens, peut faire d’un pays dont la propagande a si bien vanté la démocratie. Mais ne soyons pas jaloux, nous avons l’État d’Urgence et ça vaut bien la loi USA PATRIOT2, vous verrez quand vous serez embarqué parce que votre regard ne sera pas plein de tendresse pour le cogne qui guette l’attitude évoquant la « rébellion passive », artifice qui vous fera passer quelques jours au trou sans que les « droits de l’homme » soient touchés… À lire, magnifique et effrayant, voici où nous allons, mais j’arrête de taper sur Sarko, les 2/3 des Français l’aiment, les cons ! L’auteur écrit un peu comme Woddy Allen, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Cher Boro
Franck & Vautrin, Fayard
Sixième volume d’une « petite saga » dont j’avais aimé les premiers, trouvés dans la bibliothèque de reliures d’une ex qui ne lisait pas mais avait des livres. Ce qui me plaît dans ces livres « club de livre », c’est l’intrication du réel et du roman, avec des personnages marrants, la bande imaginée autour de Boro, qui est un calque de Capa, le photographe dont mon collègue et très cher (il me doit 100 euros) ami Conti m’a parlé.

Simon
mis en ligne le 01/03/2006
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