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Les livres noirs
Du détournement intelligent de lusage dingrédients de pâtisserie |
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| Par Simon |
Ereinté par la presse américaine pour la nullité de son propos, la pédanterie de sa démarche et limposture qui le caractérise, voire le constitue, un soi-disant philosophe français a, une fois encore, fait honneur aux tartes à la crème de mon ami Le Gloupier. À deux reprises au dernier Salon du Livre de Paris, BHV* a reçu une tarte à la crème sur sa tronche permanentée! Bien fait, bravo ! Et il sétait changé après la première, le con! Il faut relater ce fait parce que linfluence de lintéressé avait réussi à lécarter des infos. Son cher ami, qui vend plus du tiers des «livres » de France aujourdhui, entre autres, avait même réussi à bloquer lexcellent « Une Imposture Française » de ses rayons, parce que le permanenté décolleté y était quelque peu malmené. Voilà la vraie censure aujourdhui, celle du fric, de linfluence, des réseaux.
Jaimerais tant parfois, moi aussi, balancer une tarte à la crème lorsque je suis contraint de participer à un dîner ou déjeuner dit « social », même si jai réussi à limiter à lextrême ces pertes de temps, et je compte bien les supprimer définitivement. Il y a peu, une femme (ceût pu être un homme), à la mention dun philosophe contemporain que je ne cite pas mais dont le travail représente une trentaine de livres, a osé parler « de philosophie à la petite semaine», sans avoir même jamais lu un seul des ouvrages en question. Cette suffisance me consterne. Elle a eu de la chance que je sois gourmand et préfère manger mon dessert que de le lui foutre dans la gueule. Jai été élevé avec le respect de la nourriture : ça ne se gaspille pas. Mais jai eu envie quand même, très envie.
Quand les libraires seront morts, ou plus exactement reconnaîtront quils le sont déjà ils ne lisent plus, trop occupés à renvoyer les offices et quils ne servent plus que de bouches dégout aux éditeurs et diffuseurs, alors Pinault aura, définitivement et avec laide de Lagardère (Hachette, une douzaine de maisons déditions de livres, le 1 er réseau de diffusion et leurs bouches dégout, Relay et Virgin) et dun ou deux autres prédateurs, tué LE livre dans notre pays. Je voulais offrir au fils dune amie lautobiographie de Charlie Chaplin et lai cherchée, dans une FNAC de province, Rouen. Encore une FNAC qui a tué les libraires du centre ville. Et bien non, ce livre nétait pas en rayon. Mais il y avait le dernier produit dérivé dun film merdique, américain, et autres conneries au rayon cinéma. Qui veut lire lautobiographie de Chaplin aujourdhui ? On ma regardé comme si jétais un dinosaure. Je suis sorti avec lenvie de vomir sur les beaux gilets verts de ces pauvres employés sous-payés qui passent cette merde à la douchette des codes barres.
Il est temps de boycotter activement ces supermarchés de la sous culture et de rendre hommage aux libraires encore en activité, avant quils soient écrasés par ces mastodontes, comme cest déjà le cas aux USA et en Grande-Bretagne.
Le Disciple du Mal
Juliette Manet,
Albin Michel
Être témoin de la naissance et de la maturation dun auteur est un de ces privilèges que la fonction, je nose dire « métier», de critique littéraire offre et qui est magnifique, une véritable récompense de cette si dure vie consistant à lire des livres en général de bonne, voire de très bonne qualité, envoyés gratuitement par des éditeurs charmants qui, contrairement à vous, jai vérifié, lisent ces lignes !
Dès les deux premiers ouvrages de Juliette Manet, javais découvert une sensibilité à fleur de peau, une intelligence étonnante et une grande souffrance, vaincue par lécriture. Il ne sagissait déjà pas décriture « pour être publié », mais de littérature, de création, dart. Le genre choisi par Manet est le polar, dur, terrible, mais nai-je pas souvent écrit que ce type de littérature est aujourdhui, selon moi, la véritable littérature, pas celle que le cher Poirot-Delpech (mais que fait-il à lAcadémie Française avec tous ces vieillards tremblotants et gâteux ?) assimilait à « la caresse de son stylo », pas de ces essais sans le moindre intérêt qui bousillent les arbres.
Loin des impostures à la Houelleberck (cest exprès !) ou des « produits » à la Dan Brown, ce livre, encore mieux que les deux premiers (Plon éditeur), emmène le lecteur de la première à la dernière phrase sans quil puisse sarrêter, sur un rythme infernal. Cest en fin de matinée que le coursier me la porté. En fin daprès-midi, je le refermai en me promettant de le relire, plus calmement, plus tard. Une utilisation intelligente de lInternet, et Manet est une virtuose de la recherche dinformations précises quand elle ne connaît pas un domaine, peut apporter des milliers de détails à un romancier qui naura ainsi pas besoin davoir mis les pieds dans une ville pour en connaître le plan précis et qui pourra parler, avec compétence, de lescalade sans jamais avoir grimpé plus haut que sur une taupinière.
Mais seule une profonde et très réfléchie connaissance de la vie dans ce quelle a de plus tragique et de lêtre humain dans ce quil peut avoir de plus secret, permet décrire, si talent il y a, de tels livres. Il faut avoir été très seul, avoir vécu et aimé, donc souffert comme seul lamour sait faire souffrir, pour écrire comme ça. Il faut avoir côtoyé la mort, de très près, et pas une seule fois, pour pondre cette littérature. Il faut aussi, et cest aussi important que le fond, savoir très bien écrire.
Manet possède tout ça.
Lexpérience de la vie, donc de la mort et le talent décriture. Une immense intelligence, impressionnante, cest si rare aujourdhui, un magnifique talent et une sensibilité désarmante sont quelques-uns des atouts qui font de Juliette Manet un écrivain dont jattends, déjà, le prochain livre avec impatience.
Pour celui-ci, âmes sensibles sabstenir. Lhomme peut être encore plus sombre que dans vos cauchemars les plus terribles. Son mal ne lui est-il pas consubstantiel ? La plongée que nous offre lauteur dans LE MAL est une des plus terrifiantes que jaie lues, à légal de « Racines du Mal» de Maurice G. Dantec, une référence.
À cela, il nest peut-être dautre remède quaimer, en sachant quil sagit dun verbe actif, contrairement à « être » amoureux et que laction daimer ne peut exister quavec un minimum de concordance des temps, les Américains disent « timing», de volonté, dacceptation de soi et donc de lautre, de pardon garanti, de confiance.
A Poil En Civil
Jerry Stahl, Rivages Thriller
Même dans ces villes privéeset closes que les Américains ont créées, croyant réinventer la ville sans les problèmes que, par essence, le nombre engendre, ce nest pas le paradis. Mettez deux hommes ensemble, ajouter des femmes, des enfants, des « djeuns » en densité suffisante, et vous retrouverez, partout, les mêmes problèmes. La cupidité et le sexe resteront, partout, les moteurs qui, au mieux, font avancer une société, souvent hélas la ramènent au rang de meute sauvage dans laquelle la loi est toujours celle du plus fort, de celui qui dégaine le plus vite.
Jai bien ri en lisant ce livre. Lobjet recherché par ses protagonistes est une photo où on voit les couilles de George W. Bush (il en a !), rasées et maquillées, très près du visage dune dame qui est maire de la ville où se déroule laction, mais pas lépouse de Bush et qui, la photo le fait clairement comprendre, est « occupée » ailleurs, ce qui laisse imaginer une bonne partouze. Or chez les bons Républicains gardiens de lordre dit « moral », surtout pour les autres, cest « mal » et ça naide pas en campagne électorale. Sur ce canevas, un flic sympa (oui, ça existe !), ex- de la maire, se lie avec une belle troublante, évite les petits tueurs sans complexes et provoque, signe dun bon livre, rires, peurs et autres sensations bien agréables.
Excellent polar.
La vérité du mensonge
Rupert Holmes
Rivages Thriller
Dean Martin et Jerry Lewis, vous connaissez? Non. Alors passez votre chemin. Si vous avez entendu parler, lisez ce délicieux livre qui fait plus que les évoquer, on sy croit, et qui mêle le show-biz et le crime, ce qui est une révélation quand on se rappelle que Sinatra avait déposé une gerbe sur la tombe de son ami « Lucky » (Luciano), que Las Vegas, lieu de prédilection des duettistes évoqués ici, fût créé et opéré par la Mafia. Il paraît quon en a tiré, comme du fût, un film.
Mourir en Californie
Newton Thornburg
Gallimard Série Noire
Depuis le nouveau format, ce bouquin est pour moi le meilleur de la Série Noire. Il a été écrit en 1973, et cest peut-être ici aussi que la qualité du livre apparaît. Pas encore de ces « writing work shops » (ateliers décriture) qui ont pullulé et formaté ce qui sécrit trop souvent aujourdhui, mais un auteur, un vrai.
Le héros, un ancien prof de lettres, sest retiré du monde universitaire pour être fermier. Il y a trouvé ce quil cherchait, pour lui et sa famille. Sa femme meurt, il élève seul ses enfants. Son aîné de 18 ans part « faire un grand tour », seul, en stop, dans lAmérique quil ne connaît pas et il meurt. Après lavoir enterré, il part en Californie, où il mène une terrible enquête : il connaît trop son fils pour imaginer quil sest suicidé suite à une escapade sexuelle non couronnée de succès.
Sans tomber dans une sensiblerie tentante et facile, il nous fait vivre cette quête éperdue de la vérité, guidé et poussé par son amour pour son fils, une denrée inépuisable. Magnifique.
Jai profité de ce livre pour relire ceux du même auteur en Série Noire, le talent nest pas, ici, un accident, tous sont aussi bons, magnifiques même. Il sagit dun très bon auteur, cest de plus en plus rare. Bravo.
Monsieur Gros-Bidon
Samuel Ornitz
Rivages Thriller
Encore une réédition, cette fois, de 1923 ! Cest très bien. Il fut difficile de le finir, lidée de ne plus lavoir était dure! New York au début du XX e siècle, la ville basse est pauvre, la ville haute est riche. Ce nest plus tout à fait comme ça maintenant, depuis peu. Chez les Juifs aussi à NY, il y a les pauvres et les riches. Les seconds sont allemands, les premiers sont de Russie ou dun de ces joyeux pays à pogrom le samedi soir! Entre les immigrants, Juifs ou autres, sétablissent des hiérarchies, pas toujours subtiles. Ce livre raconte lascension sociale du héros, qui choisit le droit, pas toujours la droiture, pour sen sortir. Longue ascension, à partir de la misère la plus noire, esclave de fabricants arrivés un peu avant, la seule loi étant celle de la jungle.
Ce qui rend ce livre fascinant est labsence de suspense, la prévisibilité de lhistoire comptée dans un style extraordinaire - félicitations au traducteur - qui rend présents les odeurs, les ambiances, les rues et immeubles de cette ville, admirable et haïssable en même temps. On suit le héros et « sa bande» partout, on vit avec lui.
Épris de justice, il est dabord concerné par sa survie et celle de ceux qui lui sont chers et / ou dont il a besoin. Égoïsme ou réalisme ? Pas de morale, la vie nest jamais rien quune grande tartine de merde quil faut, de toute façon, bouffer jusquà la dernière miette et, le succès de ceux qui réussissent le prouve : la place des naïfs moralisateurs est rarement en tête, sauf pour ceux qui peuvent se le permettre, étant nés avec assez de fric pour ne jamais avoir à se soucier den gagner. Il y en a, ils peuvent se permettre les grands sentiments, et ils ne sont pas naïfs.
Il faut lire ce livre pour ce que jen ai dit mais aussi peut-être parce quil traite du judaïsme (et son inséparable compagnon, lantisémitisme) dune manière unique et extraordinaire, surtout si on tient compte de la date de sa publication, avant la Shoah.
Poésie à Bout Portant
Victor Gischler
Gallimard Série Noire
Pour une fois, le titre français est meilleur que le titre original! ( The Pistol Poets). Prenez un délinquant afro-américain (cest pour ne pas dire «noir») qui vient de trucider un de ses semblables quil ne connaissait pas, lui piquant au passage ses papiers et, de sous distributeur local de came, aux ordres dun chef hard, il devient étudiant boursier en poésie dans une vraie université ! Rassurez-vous, il sen passe de belles aussi sur les campus et dans le corps enseignant. Un ami qui avait aimé une maîtresse (décole), parlait de son plaisir à avoir pénétré le corps enseignant. Entre la satire sociale la plus pointue (à moins que ce ne soit la réaliste peinture dune société aux extrêmes appartenant à deux univers étrangers) et le polar comique, ce bouquin est superbe, emmenant son lecteur dans des fou rires comme ceux que jaime. Avec les bons ingrédients, action, rire et sexe. À lire donc.
Harjunpää et le prêtre du mal
Matti Yrjänä Joensu
Série Noire Gallimard
Brr
La Finlande, il y fait si froid. Et ils ont de ces noms, je vous dis pas. On retrouve ce flic, Harjunpää, créé par lauteur Matti Yrjänä Joensu (vive le « pomme C pomme V», je nallais pas recopier, ça va pas !), lui même inspecteur divisionnaire au sein de la brigade criminelle de Helsinki.
Tiens, il y a des crimes quand même dans ce pays dont les qualités, souvent vantées, le font apparaître comme un (froid) paradis humain et humaniste. Et oui, il y en partout des crimes, dès quil y a plus quun homme
À lire dans une ambiance froide, avec un bon cognac si possible (mais il en faudra beaucoup, cest un gros livre), sans être trop interrompu, parce que cest un livre qui, bien quécrit par un flic sur un flic, ne ressemble pas au tout venant des polars. Cest plus, cest mieux, il y a la mort, mais aussi la vie, complexe, infiniment plus quil ny paraît pour chacun, cest bien ce qui différencie certains dentre nous (pas tous, jai des exemples) de lanimal uniquement préoccupé de bouffer sans se faire bouffer.
Turquoise Fugace
Andrea G. Picketts
Rivages Thriller
Rares sont les auteurs capables dun mot, dune phrase qui ne vous quitte plus jamais. De celui-ci, dans un autre livre, javais conservé « la passion, comme son nom lindique, ça passe». Jai essayé de men souvenir depuis. Pas assez bon en Italien pour vérifier la justesse des jeux de mots ou la fidélité au texte original, la traduction, par Gérard Lecas semble parfaite et unit encore nos deux langues si voisines. Picketts est un virtuose du verbe, il déborde, trouve le juste mot, il me fait éclater de rire. Un cambrioleur, et dragueur, notoire a une carte de visite avec son nom, « procureur » et son téléphone. Il peut tout procurer
. Ce livre est fou, je ny ai rien compris en le refermant mais je me suis bien marré et cest lessentiel.
Et on ne ma rien dit !
Rivages Noir est un éditeur
dont les livres sont souvent chroniqués ici, à la fois parce quils sont souvent bons, voire très bons, et parce que je les reçois en service de presse. En effet, malgré les immenses émoluments que nous verse la revue, et dont par pudeur je ne dévoile pas le montant, il nous est impossible, sauf exception, dacheter les livres à chroniquer. Merci donc au service de presse de Rivages, qui fait un superbe travail et très gentiment.
Cette maison fête donc ses vingt ans, et je lapprends par la presse. Bravo. François Guérif mène bien sa barque, ses choix éditoriaux sont bons, très bons souvent quand il ne fait pas LA découverte comme, par exemple, limmense James Ellroy que je pus rencontrer il y a peu. Jai vu alors comment léditeur était attentif à ses auteurs, je sais que cest la façon de travailler de Guérif. Je me permets, au nom de la revue VERSO qui a fêté récemment son dixième anniversaire, en invitant 10.000 personnes dans un de ses châteaux comment, vous ny étiez pas ! ? - de souhaiter à toute léquipe de Rivages un très bon anniversaire et longue vie.
Note : pardon au Bazar de lHôtel de Ville, à lachalandage bien plus riche que ce qui se trouve sous la permanente de BHL, erreur de frappe.
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| Simon |
| mis en ligne le 19/08/2006 |
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Dossier Ivan Messac
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