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Les livres noirs
Suite noire, une nouvelle collection
Les livres noirs : Suite noire, une nouvelle collection par Dominique Boniface
par Dominique Boniface
Ceux de mes lecteurs ayant dépassé la cinquantaine (d’après les derniers sondages sur le lectorat de Verso, vous êtes environ 23,7 millions dans la tranche d’âge 49-54 ans, je dois faire des calculs pour déterminer le pourcentage) ont peut-être connu la Série Noire à l’époque des «cartonnés». J’ai la flemme d’aller chercher la date exacte à laquelle la vénérable collection est passé au format « broché », peu importe. Aujourd’hui, ces cartonnés sont des ancêtres vénérés, voie des objets de collection qui s’arrachent. Quelques mois après que la « vraie » Série Noire est passée au format « gros bouquin» et je ne vous dis pas la taille de celui qui vient de m’arriver et que je lis, sort une très belle et très attachante collection de petits livres appelée, avec humour et l’aimable accord de Gallimard, « Suite Noire ».

Il faut bien regarder pour voir cette petite différence d’avec les vieux cartonnés dont j’ai parlé. Ces petits livres, qui contrastent avec les pavés actuels de la collection, sont de signatures connues et leurs titres renouent avec une tradition chère à des génies tels que Pierre Dac, moi-même et Duhamel, Marcel, le fondateur de la Série Noire, pas l’autoproclamé analyste prétendument politique prénommé Alain.

J’en cite quelques-uns : « La Déposition du Tireur Caché », de J.-H. Oppel, en hommage à la « Position du Tireur Couché » de Manchette, ou encore « Le Petit Bluff de l’Alcootest » ou «On Achève Bien les Jockeys » et ce titre que j’adore « Ze Big Slip », je vous laisse deviner. 94 pages par livre, de quoi se régaler une petite heure avant de s’endormir, un humour toujours là et des histoires bien ficelées. Les auteurs sont tous des pointures, qui se sont fait plaisir et qui m’ont bien fait plaisir aussi. Je les ai TOUS aimés. Voici les 10 premiers, ils coûtent 10 euros, ça les vaut.
On achève bien les Jockeys
Didier Daeninckx

Quand la Ville Mord
Marc Villard

Le Débarcadère des Anges
Patrick Raynal

Le Linceul n’est pas qu’aux Moches
Jean-Paul Demure

Le Petit Bluff de l’Alcootest
Jean-Bernard Pouy
Ze Big Slip
Hervé Proudhon
Sur un Air de Navarro
Tito Topin

La Déposition du Tireur Caché
Jean-Hughes Oppel

Les Fans Sans Balance
François Joly

La Java des Bouseux
Joseph Bialot
J’attends avec impatience les suivants… NE PAS MANQUER, un plaisir de qualité à ce prix, ça devient rare, très, trop. Merci et bravo les Éditions La Branche.

Pierre qui Roule
Donald Westlake, Rivages / Noir
Quand des livres arrivent au courrier, je vérifie, rapidement, les inédits et rééditions. C’est en bas de la quatrième de couverture. En général, faute de temps, les rééditions seront traitées une fois les inédits lus. Mais quand c’est un Westlake, les choses changent. Et celui-ci est le premier de la série des Dortmunder, alors ne pas manquer. Déjà en 1970, Westlake maîtrisait parfaitement l’art du récit compliqué, avec un humour superbe, une verve picaresque et une qualité romanesque si rare qu’elle a pu, avec bonheur, subsister encore. Dans ce bouquin, qui peut faire le tour de la famille, ces génies du cambriolage jouent de malchance malgré des plans parfaitement au point. Hilarant, très bien fait, un must pour les amoureux de très bons polars.

Rue des Rats
François Forestier, Rivages / Noir
Ce pourrait être à peu près n’importe quelle rue d’une grande ville. Le rat est le compagnon le plus fidèle de l’homme. Nous sommes dans le 18° à Paris, fidèlement restitué par l’auteur qui connaît le quartier. Des immeubles, souvent insalubres, abritant plus ou moins les laissés pour compte qui n’en sont pas encore à la tente modèle « SDF – Quai de Canal » brûlent, les uns après les autres. Des trafics en tout genre pullulent, des mafias ethniques font leurs lois, c’est la jungle urbaine facilitée par la suppression, merci au petit Nicolas, de la police de proximité. Dans cette jungle, un expert en risques industriels, le magnifique Max Mpétigo, à la fois expert en risques industriels, juif et camerounais (ils sont partout !) est pris à partie par ce massacre du quartier. Il enquête et trouve, une bande de malfrats, ou promoteurs immobiliers, je confonds souvent, bien entendu liés à la municipalité (UMP faut-il préciser ?) qui n’oublie pas de prélever sa dîme. Qu’on se rassure, aucune peine de prison ferme ne sera jamais prononcée envers ces élus, voir les étouffements magnifiques des procès de l’Ile-de-France et de ses marchés truqués. Très contemporain, bien écrit, passionnant, avec des personnages de qualité dont, surtout, le héros malgré lui.

Au Loin du Danger
Eric Ambler, Rivages / Noir
Inédit mais écrit en 1941, ce bouquin nous plonge dans l’Europe de l’immédiat avant-guerre, celle de 1939-45, dans une Europe assez centrale pour jouer un rôle du même métal dans les hostilités à venir, Autriche et Roumanie, même Russie. Je ne sais pas pourquoi, mais ces pays ne m’ont jamais inspiré. Je n’ai jamais pensé aller visiter les pays de l’ancien bloc soviétique et si je suis allé une fois à Prague, en 1996, c’était par obligation et sans en ramener le moindre bon souvenir. Et pourtant j’ai voyagé, dans près de cinquante pays, sur quatre des cinq continents.
Un ami me recommande de faire un voyage en Ukraine, il me dit même, pensant me tenter, que les filles y sont très belles, rien n’y fait. Je n’ai pas envie. Maintenant que vous savez ceci, et je savais que vous étiez très intéressés, je passe à ce livre.
La noirceur de l’ambiance est conforme à ces images plus ou moins conscientes qu’on trimbale sur un endroit, une époque. L’histoire pourrait tout à fait être authentique, il s’agissait, déjà, de pétrole, il fallait prévoir le ravitaillement des armées d’Adolf, il ne savait pas encore que Rockefeller lui livrerait tout ce dont il avait besoin, par l’intermédiaire du cher Francisco (Franco). Business as usual, pensant la guerre, je dirais même plus, « better than usual », voir les profits actuels d’Exxon, Boeing, Lockheed, Grunman et autres fournisseurs du Pentagone, aux dépens des programmes sociaux des USA, déjà bien minables.

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mis en ligne le 30/07/2007
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