Les livres noirs
Suite noire, une nouvelle collection
Par Dominique Boniface


Ceux de mes lecteurs ayant dépassé la cinquantaine (d’après les derniers sondages sur le lectorat de Verso, vous êtes environ 23,7 millions dans la tranche d’âge 49-54 ans, je dois faire des calculs pour déterminer le pourcentage) ont peut-être connu la Série Noire à l’époque des «cartonnés». J’ai la flemme d’aller chercher la date exacte à laquelle la vénérable collection est passé au format « broché », peu importe. Aujourd’hui, ces cartonnés sont des ancêtres vénérés, voie des objets de collection qui s’arrachent. Quelques mois après que la « vraie » Série Noire est passée au format « gros bouquin» et je ne vous dis pas la taille de celui qui vient de m’arriver et que je lis, sort une très belle et très attachante collection de petits livres appelée, avec humour et l’aimable accord de Gallimard, « Suite Noire ».

Il faut bien regarder pour voir cette petite différence d’avec les vieux cartonnés dont j’ai parlé. Ces petits livres, qui contrastent avec les pavés actuels de la collection, sont de signatures connues et leurs titres renouent avec une tradition chère à des génies tels que Pierre Dac, moi-même et Duhamel, Marcel, le fondateur de la Série Noire, pas l’autoproclamé analyste prétendument politique prénommé Alain.

J’en cite quelques-uns : « La Déposition du Tireur Caché », de J.-H. Oppel, en hommage à la « Position du Tireur Couché » de Manchette, ou encore « Le Petit Bluff de l’Alcootest » ou «On Achève Bien les Jockeys » et ce titre que j’adore « Ze Big Slip », je vous laisse deviner. 94 pages par livre, de quoi se régaler une petite heure avant de s’endormir, un humour toujours là et des histoires bien ficelées. Les auteurs sont tous des pointures, qui se sont fait plaisir et qui m’ont bien fait plaisir aussi. Je les ai TOUS aimés. Voici les 10 premiers, ils coûtent 10 euros, ça les vaut.
On achève bien les Jockeys
Didier Daeninckx

Quand la Ville Mord
Marc Villard

Le Débarcadère des Anges
Patrick Raynal

Le Linceul n’est pas qu’aux Moches
Jean-Paul Demure

Le Petit Bluff de l’Alcootest
Jean-Bernard Pouy
Ze Big Slip
Hervé Proudhon
Sur un Air de Navarro
Tito Topin

La Déposition du Tireur Caché
Jean-Hughes Oppel

Les Fans Sans Balance
François Joly

La Java des Bouseux
Joseph Bialot
J’attends avec impatience les suivants… NE PAS MANQUER, un plaisir de qualité à ce prix, ça devient rare, très, trop. Merci et bravo les Éditions La Branche.

Pierre qui Roule
Donald Westlake, Rivages / Noir
Quand des livres arrivent au courrier, je vérifie, rapidement, les inédits et rééditions. C’est en bas de la quatrième de couverture. En général, faute de temps, les rééditions seront traitées une fois les inédits lus. Mais quand c’est un Westlake, les choses changent. Et celui-ci est le premier de la série des Dortmunder, alors ne pas manquer. Déjà en 1970, Westlake maîtrisait parfaitement l’art du récit compliqué, avec un humour superbe, une verve picaresque et une qualité romanesque si rare qu’elle a pu, avec bonheur, subsister encore. Dans ce bouquin, qui peut faire le tour de la famille, ces génies du cambriolage jouent de malchance malgré des plans parfaitement au point. Hilarant, très bien fait, un must pour les amoureux de très bons polars.

Rue des Rats
François Forestier, Rivages / Noir
Ce pourrait être à peu près n’importe quelle rue d’une grande ville. Le rat est le compagnon le plus fidèle de l’homme. Nous sommes dans le 18° à Paris, fidèlement restitué par l’auteur qui connaît le quartier. Des immeubles, souvent insalubres, abritant plus ou moins les laissés pour compte qui n’en sont pas encore à la tente modèle « SDF – Quai de Canal » brûlent, les uns après les autres. Des trafics en tout genre pullulent, des mafias ethniques font leurs lois, c’est la jungle urbaine facilitée par la suppression, merci au petit Nicolas, de la police de proximité. Dans cette jungle, un expert en risques industriels, le magnifique Max Mpétigo, à la fois expert en risques industriels, juif et camerounais (ils sont partout !) est pris à partie par ce massacre du quartier. Il enquête et trouve, une bande de malfrats, ou promoteurs immobiliers, je confonds souvent, bien entendu liés à la municipalité (UMP faut-il préciser ?) qui n’oublie pas de prélever sa dîme. Qu’on se rassure, aucune peine de prison ferme ne sera jamais prononcée envers ces élus, voir les étouffements magnifiques des procès de l’Ile-de-France et de ses marchés truqués. Très contemporain, bien écrit, passionnant, avec des personnages de qualité dont, surtout, le héros malgré lui.

Au Loin du Danger
Eric Ambler, Rivages / Noir
Inédit mais écrit en 1941, ce bouquin nous plonge dans l’Europe de l’immédiat avant-guerre, celle de 1939-45, dans une Europe assez centrale pour jouer un rôle du même métal dans les hostilités à venir, Autriche et Roumanie, même Russie. Je ne sais pas pourquoi, mais ces pays ne m’ont jamais inspiré. Je n’ai jamais pensé aller visiter les pays de l’ancien bloc soviétique et si je suis allé une fois à Prague, en 1996, c’était par obligation et sans en ramener le moindre bon souvenir. Et pourtant j’ai voyagé, dans près de cinquante pays, sur quatre des cinq continents.
Un ami me recommande de faire un voyage en Ukraine, il me dit même, pensant me tenter, que les filles y sont très belles, rien n’y fait. Je n’ai pas envie. Maintenant que vous savez ceci, et je savais que vous étiez très intéressés, je passe à ce livre.
La noirceur de l’ambiance est conforme à ces images plus ou moins conscientes qu’on trimbale sur un endroit, une époque. L’histoire pourrait tout à fait être authentique, il s’agissait, déjà, de pétrole, il fallait prévoir le ravitaillement des armées d’Adolf, il ne savait pas encore que Rockefeller lui livrerait tout ce dont il avait besoin, par l’intermédiaire du cher Francisco (Franco). Business as usual, pensant la guerre, je dirais même plus, « better than usual », voir les profits actuels d’Exxon, Boeing, Lockheed, Grunman et autres fournisseurs du Pentagone, aux dépens des programmes sociaux des USA, déjà bien minables.


Les Vestiges de North Beach
Domenic Stansberry, Série Noire Gallimard
J’aime ces livres dans lesquels apparaît un des innombrables «services secrets » des USA. Ces gens ont une telle parano que, lorsqu’ils n’ont pas d’ennemi avéré, ils s’en inventent avec la plus évidente mauvaise foi.
Quand on parle de «l’Agence», on peut penser à la CIA, la plus célèbre, mais il y en a d’autres, en général les acronymes se terminent par la lettre «A», comme DEA, NSA ou autre. Pour avoir la signification des acronymes cités, merci d’envoyer une enveloppe avec dix mille euros en liquide, par acronyme, à mon attention, au siège de la revue, en recommandé s’il vous plaît. Quand un ex-flic est envoyé sur les lieux de sa vie par la fameuse Agence, il retombe dans une histoire qui est à la fois la sienne et plus la sienne. Très psychologique, ce roman ne manque pas pour autant d’action et dans une belle précision qui fait sentir les odeurs de quartiers de San Francisco, redonne le vertige en haut de ces collines, émerveille à la vue de l’océan tout proche. À lire donc.

L’Homme dans la Vitrine
Kjell Ola Dahl Série Noire Gallimard
Recevoir en plein hiver un livre écrit par un auteur norvégien qui se passe aussi en hiver n’est pas, a priori, le signe d’un grand plaisir pour l’amoureux du soleil méditerranéen que je suis. Je réalise d’ailleurs que je n’ai pas fait trempette dans la Méditerranée depuis trop longtemps et j’accepte, avec simplicité, toutes les invitations dans vos villas du bord de mer pour le printemps et l’été prochains. Merci d’écrire à la revue qui transmettra. En plus, ils ont des noms ces Norvégiens, tiens, par exemple: Gunnarstranda. C’est un mec, un commissaire, alors que Gro Hege Wyller est une femme… Il faut s’accrocher. Et ça vaut le coup.
À partir du meurtre non expliqué d’une sorte d’antiquaire ou de brocanteur (un vautour comme ceux qui se spécialisent dans la vente d’objets d’occasion), l’auteur, dont le nom est déjà écrit, je ne vais pas recommencer, nous emmène dans une Norvège qui n’a, elle non plus, jamais vraiment reconnu sa période d’active collaboration, de « chaleureuse amitié » comme disait Desproges, avec l’occupant allemand.
Il reste des traces parce qu’il n’existe pas de génération spontanée d’aprèsguerre, on ne peut pas éliminer tous ceux qui ont collaboré, demandez à Papon, qui a retrouvé la santé depuis qu’il n’y est plus ou Touvier, par exemple, dont Bedos disait que, « pour fuir ses admirateurs juifs, il a passé cinquante ans de sa vie dans un monastère»! Livre à la fois compliqué, par opposition à simpliste, passionnant dès qu’on a passé les 25 premières pages. Et ne soyons pas schématiques : tous les Norvégiens n’ont pas collaboré, j’en connais qui n’étaient même pas nés à l’époque.

Last Exit to Brest
Claude Bathany, Suite Métaillé
C’est presque toujours dans des endroits peu attirants à première vue que fleurissent les meilleurs musiques, les meilleurs artistes. Vous connaissez des peintres ou des musiciens de Neuilly ou du Vésinet ? Le petit bonheur, sans pauvres en vue parce qu’on ne va quand même pas respecter la LOI obligeant les municipalités à construire 20% de logements « sociaux ». Ce petit bonheur de graisse, de bonne bouffe et bonne conscience, n’a jamais produit d’art. D’où vient le jazz aux USA ? Des « nègres » et des juifs. Pas des gentils blancs du Connecticut. Le rock, surtout le «hard», pousse en France sur fond de « kro », qui a remplacé la Valstar des années 60, au fond de rades minables. Il exprime une révolte contre un ordre encore plus établi dans ces moyennes villes de province où seuls quelques employeurs essorent à volonté une main d’oeuvre exploitée qui n’a comme choix que de la fermer parce que sinon c’est la porte. C’est un petit patronat MEDEF qui ne sait que répéter « y’a trop de charges » alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de comment développer une boîte.
Contre ça, il n’y a que le rock ou la bombe pour exister. Préférons le rock, le rythme est meilleur. Voici l’ambiance de ce bouquin. Quand, en plus, le héros est homo, ça passe encore moins dans ces régions où la messe dominicale réunit encore plus de monde que le club échangiste local le samedi soir.

L’envol du Faucon Vert
Amid Lartane, Métaillié
Il y a des noms que je ne retiens pas, je ne sais pas pourquoi. Peut-être l’âge, plus probablement le choix inconscient de ne pas tout retenir, à la fin ça fait trop de monde dans la (petite) tête. Un de ces noms est celui de ce banquier algérien (Khalifa je crois, ça me revient en relisant) qui, ces jours-ci, passe en justice dans on pays. Ce procès ne serait pas un modèle de transparence. Les Algériens n’ont-ils pas eu, comme modèle, une justice française qui est, elle, un modèle de transparence? (je tousse).
L’envol du Faucon Vert est le récit de la création et du développement de cette banque d’affaires, et quelles affaires, en un temps record et avec des méthodes aussi peu catholiques que peuvent l’être les pays musulmans et même les pays catholiques.
Ce qui reste, après la lecture de ce petit livre, est une impression de découragement. Ce pays, comme d’autres, ne s’en sortira jamais. Il est bouffé par le mépris de toute humanité, la cruauté la plus immonde, la corruption la plus généralisée. Comment de jeunes gens algériens pourraient-ils ne pas prendre leurs dirigeants, qu’ils soient FLN, FIS ou GIA comme exemple?
C’est la misère garantie ou le passage par ces ordures pour en devenir une soimême. Et quand il s’agit de survie, on sait ce qui se passe. À lire absolument, surtout pour les angélistes qui foisonnent dans certains cercles que je ne fréquente pas.

L’homme-toupie
George Harrar, Série Noire Gallimard
Sans entrer dans de subtiles considérations politico-sociétales, et j’en avais parlé dans la chronique DVD à propos d’un film « The Staircase », le principal danger qui existe en démocratie est la confusion entre les rôles respectifs de la police et de la justice. La démocratie est un objectif, elle n’existe, sous sa forme pure, nulle part et surtout pas dans les pays qui s’en revendiquent les porte-drapeaux, suivez mon regard.
Aujourd’hui, en France, un parent peut par exemple saisir le Juge des Enfants en prétendant que l’autre parent met votre enfant en danger. Le Juge vous convoque alors sans vous laisser prendre connaissance du dossier créé contre vous autrement qu’en le consultant, sans avoir le droit d’en faire une copie, une heure l’avant-veille de l’audience et il instruit une procédure non contradictoire qui ressemble fort à ce qui se passait au Moyen Âge ou, plus récemment, sous Vichy. C’est aussi ça la Justice en France. C’est du pénal, tout peut arriver. Pour tuer, symboliquement mais tout à fait légalement, quelqu’un, dénoncez-le aux flics, il passera quelques mois au gnouf, sa vie sera foutue.
Il y a en France aujourd’hui des gens qui trouvent qu’une surpopulation carcérale de 135%, c’est une moyenne, ça monte à 250%, est encore trop confortable pour ceux qui sont en tôle. Ils en voudraient plus, en prison et qu’on ne leur parle pas des conditions de vie des détenus « ils n’ont que ce qu’ils méritent et on ne va quand même pas leur payer des prisons quatre étoiles ! ». Alors on construit plus de prisons, sans détruire les vieilles qui sont insalubres, on y met de plus en plus de monde, dont 40 % de prévenus, AVANT JUGEMENT, donc présumés innocents. Les promoteurs de cette politique ont confié à leurs bons amis du BTP, qui possèdent aussi la plus grosse chaîne de télé de France, le soin de construire ces nouvelles prisons, qui seront saturées quand le dernier verrou y sera installé. À ce rythme, la France rattrapera bientôt le taux de personnes incarcérées aux USA qui détiennent, comme pour le nombre d’illettrés, d’obèses, de tueurs par arme à feu et de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, les records du monde.
Ce livre montre comment un honnête professeur d’université, père de famille et époux modèle, tombe sur l’accusation du meurtre d’une gamine. La police, jouant le rôle du procureur, s’acharne à démontrer une culpabilité qui n’existe pas. Un cauchemar, ce qui nous attend si on déconne avec les bulletins de vote au mois de mai! PAS SARKO!

Manhattan Grand Angle
Shannon Burke, Série Noire Gallimard
Dans la ville au mille gratte-ciels (j’aime bien l’image, pas vous ?) aux limousines qui rampent aux entrées des hôtels de luxe, aux magasins de mode où le moindre string coûte, au mètre carré, le prix d’une Rolls (j’ai fait le calcul), il y a la misère. Pas seulement les «homeless» et «bag people», mais aussi celle des hôpitaux publics qui, le mouvement a commencé chez nous, nous n’allons pas être déçus, sont asséchés, appauvris par les gouvernements « libéraux » parce qu’il est tellement plus sympa de faire plaisir aux grands labos et médecins privés qu’à la racaille qui galère.
Je recommande la lecture de la rubrique du Dr. Pelloux, l’urgentiste, dans Charlie Hebdo. Il ne donne pas envie d’être malade, et encore moins de devoir être soigné par un de ces « professeurs » qui consultent en privé dans les hôpitaux de l’Assistance Publique. Il conclut son papier du 31/1/2007 ainsi. « Pour se justifier, les professeurs expliquent que, sans cette possibilité d’arrondir leurs grosses fins de mois, ils partiraient et que ce système permet de garder les meilleurs dans le service public. Autrement dit : si tu te consacres uniquement au service public, c’est que tu es un nul… Non seulement ça fait plaisir à entendre, mais c’est complètement faux: seulement 6% des médecins de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris font du libéral à l’hôpital, contre 90% de chirurgiens. Mention spéciale au professeur d’urologie Bernard Debré, député UMP, qui cumule son salaire de parlementaire, son salaire de professeur et, selon Le Parisien, ses honoraires de consultation privée, à hauteur de 300 000 euros pas an. Tout ça uniquement pour prouver qu’il est bon ? ».
Alors, sachant que nous vivons déjà dans ce monde, dans celui de NY du début des années 90, apprécions une belle histoire d’amour dans ce roman noir entre un infirmier de nuit photographe amateur et une chouette fille, paumée et séropositive à l’époque où les traitements actuels n’existent pas encore. Livre triste et dense comme la vie.

L’enquête Interrompue
Renato Olivieri, Rivages / Noir
Voici un de mes auteurs italiens de « giallo » favoris. Je rappelle que « giallo », qui veut dire «jaune» en Italien, désigne dans ce pays les livres (et films) noirs, c’est comme ça. Très bon polar dans une ville que j’aime, Milan, avec des personnages attachants et réalistes, une ambiance riche et lourde. J’ai beaucoup aimé.

Un Hiver de Glace
Daniel Woodrell, Rivages / Thriller
Je ne le fais pas exprès, la plupart des polars que je reçois sont d’auteurs américains, et ne décrivent pas les beaux quartiers, mais plutôt le contraire. Ici, dans l’Amérique dite profonde, dans des régions où il fait –30° C tous les hivers, il y a aussi des pauvres. Ils sont moins pittoresques que ceux qu’on va voir, pas de trop près quand même, quand on « s’éclate » au Sénégal ou à Saint-Dominique (c’est-génial-coco-il-faitun- temps-de-merde-à-Paris-et-là-tu-terecharges- en-soleil-et-j’vais-te-dire-ils-nesont- pas-si-pauvres-que-ça-tu-sais). Je HAIS le tourisme dès qu’il met en présence des gens de revenus trop différents. Dans ce trou du c. des USA, quelque part dans l’Arkansas je crois, un homme a abandonné sa famille (ça arrive aussi à des femmes) à sa sortie de tôle. Il est en liberté conditionnelle moyennant une hypothèque sur la maison où vivent sa femme, qui a pété un câble grave et ses trois enfants, dont l’aînée, âgée de 16 ans, fait office de chef de famille. Très émouvant portrait de cette gamine qui en a, qui entreprend un voyage quasi initiatique à la recherche de ce père et rencontre la « famille » qui, comme dans tous ces bleds, est la même partout, produisant ces merveilleux rejetons consanguins. Froid, dans le dos et partout, mais important, un très bon roman.

La Voix
Arnaldur Indradason Éditions Métaillié
Restons dans le froid et la glace, décidément! En Islande cette fois. Imaginez un pays, une nation, dont la population totale est inférieure à celle qui peuple la rue de Vaugirard (certes la plus longue de Paris, de la Porte de Versailles au Boulevard Saint-Michel, mais quand même!). 280.000 habitants, une langue qui est la leur propre, des traductions disponibles de tout ce qui paraît dans cette langue, une culture mondiale, des stars planétaires, comme la petite Björk. Ils jouent même du jazz manouche, j’ai un disque! Ces Islandais ! Et ils écrivent. Alors quand un meurtre arrive là-bas, vous imaginez, c’est l’événement, pas la fête mais presque. Et quand il s’agit d’un Père Noël, c’est la nouba. Ce très bon roman a reçu, dans la presse quotidienne de qualité, celle qui n’appartient pas à un marchand d’avions de guerre ou dont le Président du Conseil de Surveillance n’est pas un conseiller d’un ministre de l’intérieur en titre, il mérite cet accueil.

Réveillez le Président !
Jean-Hugues Oppel Rivages Thriller
Ce n’est pas tous les jours qu’un GMMMMM (Groupe de Méchants Motards Militaires Motorisés en Masse), sur leurs nouvelles BMW (Bayerische Motor Werke) d’au moins un million de centimètres cubes, s’arrête, toutes sirènes hurlantes, à la grille de l’hôtel particulier qui abrite, en bas des Champs-Élysées, la rédaction de Verso Arts et Lettres (oui, on vient de racheter à Dassault, en toute discrétion). Entre deux de ces bolides, une caisse hermétiquement close au ruban adhésif est arrimée par des sandows, ou tendeurs, en fibre de titane crocheté à la mode anversoise, la plus réputée. Ce n’est qu’en présence de l’huissier de la revue, un colosse de près de deux mètres et 450 kilos, emprunté au S.O. de Tom Pouce (alias Cruise), que le coffre est ouvert.
On me remet, après vérification de mon identité par analyse ADN, CFDT et WWW, le livre de Jean-Hugues Oppel. Sur la page de garde, un tampon rouge (ça c’est vrai !) :
« S E C R E T D É F E N S E ! ». Conscient de risquer la peine de réclusion à perpétuité ou, en peine de substitution, une soirée entière avec Douste-Blazy, j’assume le risque de violer ce secret défense et passe aux aveux.
Oppel m’avait parlé de ce livre lors de l’entretien qu’il avait accordé à Simon, mon prédécesseur. Il me disait que, depuis la fermeture de la Samaritaine par un de mes milliardaires chéris en « nault » (Pi ou Ar, je les confonds), on trouve désormais tout sur Internet. Y compris les plans d’un SNLE (sousmarin nucléaire lanceur d’engins). Cet article haletant devant être remis une heure après la visite des GMMMMM, j’ai immédiatement informé Véga (nom de code du rédacteur en chef de la revue en cas de crise éditoriale majeure) d’un retard d’un jour ou deux dans la remise du papier pour cause de force majeure. Et je viens de le finir, à bout de souffle, partagé entre l’envie de simplement vous dire : lisez-le, vite, c’est dans quelques semaines qu’on désigne le futur « Véga », gaffe, et celle de vous raconter un peu de quoi il retourne.
N’écoutant que ma conscience professionnelle et l’amour que je vous porte, et étant payé 1.000 E/au mot, je vous raconte. Dans une ces innombrables crises qui fait se rappeler Dr. Strangelove (Docteur Folamour) de Kubrick, l’ordinateur de la force de frappe française a déclenché une alerte devant mener, si elle n’est pas interrompue, à une attaque nucléaire. Contre qui? On ne sait pas. Il suffit que Véga, le Président de la République, stoppe le mécanisme, rien de plus simple. Mais il vient de nous faire un petit « pétage de câbles » et se trouve au Val de Grâce, à peu près aussi conscient qu’une crème caramel. Vous vous souvenez? An même moment, le Galouzeau courait en maillot de bains sur la plage alors que le nain cocu s’énervait. De toutes les façons, ils n’ont pas accès au code. Il n’y a que le Président du Sénat (qui a oublié son code, le gâteux !). Alors… Alors, il faut faire intervenir une géniale (et craquante) crack (justement !) de l’informatique, mais elle ne suffit pas. On rappelle une autre femme, elle aussi crack et craquante, qui vient de loin.
Rythmé par des anecdotes d’autant plus effarantes (au sens propre du terme) qu’elles sont véridiques sur les nombreuses fois où nous avons failli tous sauter joyeusement, ce livre est un très grand du genre. Oppel fait un sans faute, c’est drôle, même si le rire est quelque fois jaune. Son style est superbe, je l’envie d’écrire comme ça.
Autant le dire tout de suite, mon antimilitarisme n’a pas décru ! Confier nos destins à ces tarés, et plus ils sont galonnés plus ils sont tarés, comme celui qui, régnant dans un établissement vide, est tellement con qu’il n’obéira qu’à un ordre sous telle forme, ces malades de la paranoïa qui, Français, Américains, Anglais, Russes ou autres, ont monté ces usines à gaz dont ils ne se serviront, espérons-le, jamais, tout ceci fait froid dans le dos. Il est évident qu’ils ont inventé ces dangers pour exister, qu’ils s’amusent à la guerre, faisant dans leur froc à l’idée qu’elle se déclenche, se barbouzant les uns les autres. Qu’on leur file des lance-pierres et qu’on les foute à la retraite, qu’on supprime les militaires dans le monde entier, ils sont les véritables dangers, ces cons !

Humeur noir

En ce moment, c’est tous les jours ! 130 flics en permanence, pointes à plus de 200 casqués, rue d’Enghien pour protéger le QG du Ministre de l’Intérieur (tiens, ce n’est plus place Beauvau ?) ou alors ce n’est pas le Ministre mais un candidat à la présidence, mais alors pourquoi ne bloque-t-on pas aussi le Boulevard Saint Germain et la rue de Solférino ? Tiens, encore : Balkany, le parrain de Levallois-Perret, fervent adepte de la caresse buco génitale obtenue sous contrainte et de l’emploi chez lui de domestiques payés par le contribuable, demanderait (le conditionnel, avec ça, pas de procès !) une remise gracieuse des 210.000 euros d’intérêts légaux que la justice (avec un tout petit « j ») lui demande. Ben tiens, faut pas se gêner ! Sarko est un pote. Devinette: qui a dit ce qui suit et de qui s’agit-il ? « Ce type est un menteur. Il ment sur tout. Il ment sur ses rapports avec les femmes. Il ment en disant qu’il n’est pas rancunier… Ce type est vraiment un minable. Il essaie de se donner le beau rôle. ». C’est Balladur qui parle de son ami (de trente ans !), Chirac, dans le Canard Enchaîné…. Bedos reconnaissait à Chirac le mérite de nous avoir débarrassé de Balladur ! Tiens encore: j’ai envie d’aller déclarer le vol de mon scooter. On va voir s’il est vite retrouvé. Chiche ? Je vous tiens au courant. S’il n’est pas retrouvé, je lancerai un appel à souscription parmi vous, j’en ai vraiment besoin.

Dominique Boniface
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