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Les livres noirs
Suite noire, une nouvelle collection
suite...
Les Vestiges de North Beach
Domenic Stansberry, Série Noire Gallimard
J’aime ces livres dans lesquels apparaît un des innombrables «services secrets » des USA. Ces gens ont une telle parano que, lorsqu’ils n’ont pas d’ennemi avéré, ils s’en inventent avec la plus évidente mauvaise foi.
Quand on parle de «l’Agence», on peut penser à la CIA, la plus célèbre, mais il y en a d’autres, en général les acronymes se terminent par la lettre «A», comme DEA, NSA ou autre. Pour avoir la signification des acronymes cités, merci d’envoyer une enveloppe avec dix mille euros en liquide, par acronyme, à mon attention, au siège de la revue, en recommandé s’il vous plaît. Quand un ex-flic est envoyé sur les lieux de sa vie par la fameuse Agence, il retombe dans une histoire qui est à la fois la sienne et plus la sienne. Très psychologique, ce roman ne manque pas pour autant d’action et dans une belle précision qui fait sentir les odeurs de quartiers de San Francisco, redonne le vertige en haut de ces collines, émerveille à la vue de l’océan tout proche. À lire donc.

L’Homme dans la Vitrine
Kjell Ola Dahl Série Noire Gallimard
Recevoir en plein hiver un livre écrit par un auteur norvégien qui se passe aussi en hiver n’est pas, a priori, le signe d’un grand plaisir pour l’amoureux du soleil méditerranéen que je suis. Je réalise d’ailleurs que je n’ai pas fait trempette dans la Méditerranée depuis trop longtemps et j’accepte, avec simplicité, toutes les invitations dans vos villas du bord de mer pour le printemps et l’été prochains. Merci d’écrire à la revue qui transmettra. En plus, ils ont des noms ces Norvégiens, tiens, par exemple: Gunnarstranda. C’est un mec, un commissaire, alors que Gro Hege Wyller est une femme… Il faut s’accrocher. Et ça vaut le coup.
À partir du meurtre non expliqué d’une sorte d’antiquaire ou de brocanteur (un vautour comme ceux qui se spécialisent dans la vente d’objets d’occasion), l’auteur, dont le nom est déjà écrit, je ne vais pas recommencer, nous emmène dans une Norvège qui n’a, elle non plus, jamais vraiment reconnu sa période d’active collaboration, de « chaleureuse amitié » comme disait Desproges, avec l’occupant allemand.
Il reste des traces parce qu’il n’existe pas de génération spontanée d’aprèsguerre, on ne peut pas éliminer tous ceux qui ont collaboré, demandez à Papon, qui a retrouvé la santé depuis qu’il n’y est plus ou Touvier, par exemple, dont Bedos disait que, « pour fuir ses admirateurs juifs, il a passé cinquante ans de sa vie dans un monastère»! Livre à la fois compliqué, par opposition à simpliste, passionnant dès qu’on a passé les 25 premières pages. Et ne soyons pas schématiques : tous les Norvégiens n’ont pas collaboré, j’en connais qui n’étaient même pas nés à l’époque.

Last Exit to Brest
Claude Bathany, Suite Métaillé
C’est presque toujours dans des endroits peu attirants à première vue que fleurissent les meilleurs musiques, les meilleurs artistes. Vous connaissez des peintres ou des musiciens de Neuilly ou du Vésinet ? Le petit bonheur, sans pauvres en vue parce qu’on ne va quand même pas respecter la LOI obligeant les municipalités à construire 20% de logements « sociaux ». Ce petit bonheur de graisse, de bonne bouffe et bonne conscience, n’a jamais produit d’art. D’où vient le jazz aux USA ? Des « nègres » et des juifs. Pas des gentils blancs du Connecticut. Le rock, surtout le «hard», pousse en France sur fond de « kro », qui a remplacé la Valstar des années 60, au fond de rades minables. Il exprime une révolte contre un ordre encore plus établi dans ces moyennes villes de province où seuls quelques employeurs essorent à volonté une main d’oeuvre exploitée qui n’a comme choix que de la fermer parce que sinon c’est la porte. C’est un petit patronat MEDEF qui ne sait que répéter « y’a trop de charges » alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de comment développer une boîte.
Contre ça, il n’y a que le rock ou la bombe pour exister. Préférons le rock, le rythme est meilleur. Voici l’ambiance de ce bouquin. Quand, en plus, le héros est homo, ça passe encore moins dans ces régions où la messe dominicale réunit encore plus de monde que le club échangiste local le samedi soir.

L’envol du Faucon Vert
Amid Lartane, Métaillié
Il y a des noms que je ne retiens pas, je ne sais pas pourquoi. Peut-être l’âge, plus probablement le choix inconscient de ne pas tout retenir, à la fin ça fait trop de monde dans la (petite) tête. Un de ces noms est celui de ce banquier algérien (Khalifa je crois, ça me revient en relisant) qui, ces jours-ci, passe en justice dans on pays. Ce procès ne serait pas un modèle de transparence. Les Algériens n’ont-ils pas eu, comme modèle, une justice française qui est, elle, un modèle de transparence? (je tousse).
L’envol du Faucon Vert est le récit de la création et du développement de cette banque d’affaires, et quelles affaires, en un temps record et avec des méthodes aussi peu catholiques que peuvent l’être les pays musulmans et même les pays catholiques.
Ce qui reste, après la lecture de ce petit livre, est une impression de découragement. Ce pays, comme d’autres, ne s’en sortira jamais. Il est bouffé par le mépris de toute humanité, la cruauté la plus immonde, la corruption la plus généralisée. Comment de jeunes gens algériens pourraient-ils ne pas prendre leurs dirigeants, qu’ils soient FLN, FIS ou GIA comme exemple?
C’est la misère garantie ou le passage par ces ordures pour en devenir une soimême. Et quand il s’agit de survie, on sait ce qui se passe. À lire absolument, surtout pour les angélistes qui foisonnent dans certains cercles que je ne fréquente pas.

L’homme-toupie
George Harrar, Série Noire Gallimard
Sans entrer dans de subtiles considérations politico-sociétales, et j’en avais parlé dans la chronique DVD à propos d’un film « The Staircase », le principal danger qui existe en démocratie est la confusion entre les rôles respectifs de la police et de la justice. La démocratie est un objectif, elle n’existe, sous sa forme pure, nulle part et surtout pas dans les pays qui s’en revendiquent les porte-drapeaux, suivez mon regard.
Aujourd’hui, en France, un parent peut par exemple saisir le Juge des Enfants en prétendant que l’autre parent met votre enfant en danger. Le Juge vous convoque alors sans vous laisser prendre connaissance du dossier créé contre vous autrement qu’en le consultant, sans avoir le droit d’en faire une copie, une heure l’avant-veille de l’audience et il instruit une procédure non contradictoire qui ressemble fort à ce qui se passait au Moyen Âge ou, plus récemment, sous Vichy. C’est aussi ça la Justice en France. C’est du pénal, tout peut arriver. Pour tuer, symboliquement mais tout à fait légalement, quelqu’un, dénoncez-le aux flics, il passera quelques mois au gnouf, sa vie sera foutue.
Il y a en France aujourd’hui des gens qui trouvent qu’une surpopulation carcérale de 135%, c’est une moyenne, ça monte à 250%, est encore trop confortable pour ceux qui sont en tôle. Ils en voudraient plus, en prison et qu’on ne leur parle pas des conditions de vie des détenus « ils n’ont que ce qu’ils méritent et on ne va quand même pas leur payer des prisons quatre étoiles ! ». Alors on construit plus de prisons, sans détruire les vieilles qui sont insalubres, on y met de plus en plus de monde, dont 40 % de prévenus, AVANT JUGEMENT, donc présumés innocents. Les promoteurs de cette politique ont confié à leurs bons amis du BTP, qui possèdent aussi la plus grosse chaîne de télé de France, le soin de construire ces nouvelles prisons, qui seront saturées quand le dernier verrou y sera installé. À ce rythme, la France rattrapera bientôt le taux de personnes incarcérées aux USA qui détiennent, comme pour le nombre d’illettrés, d’obèses, de tueurs par arme à feu et de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, les records du monde.
Ce livre montre comment un honnête professeur d’université, père de famille et époux modèle, tombe sur l’accusation du meurtre d’une gamine. La police, jouant le rôle du procureur, s’acharne à démontrer une culpabilité qui n’existe pas. Un cauchemar, ce qui nous attend si on déconne avec les bulletins de vote au mois de mai! PAS SARKO!

Manhattan Grand Angle
Shannon Burke, Série Noire Gallimard
Dans la ville au mille gratte-ciels (j’aime bien l’image, pas vous ?) aux limousines qui rampent aux entrées des hôtels de luxe, aux magasins de mode où le moindre string coûte, au mètre carré, le prix d’une Rolls (j’ai fait le calcul), il y a la misère. Pas seulement les «homeless» et «bag people», mais aussi celle des hôpitaux publics qui, le mouvement a commencé chez nous, nous n’allons pas être déçus, sont asséchés, appauvris par les gouvernements « libéraux » parce qu’il est tellement plus sympa de faire plaisir aux grands labos et médecins privés qu’à la racaille qui galère.
Je recommande la lecture de la rubrique du Dr. Pelloux, l’urgentiste, dans Charlie Hebdo. Il ne donne pas envie d’être malade, et encore moins de devoir être soigné par un de ces « professeurs » qui consultent en privé dans les hôpitaux de l’Assistance Publique. Il conclut son papier du 31/1/2007 ainsi. « Pour se justifier, les professeurs expliquent que, sans cette possibilité d’arrondir leurs grosses fins de mois, ils partiraient et que ce système permet de garder les meilleurs dans le service public. Autrement dit : si tu te consacres uniquement au service public, c’est que tu es un nul… Non seulement ça fait plaisir à entendre, mais c’est complètement faux: seulement 6% des médecins de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris font du libéral à l’hôpital, contre 90% de chirurgiens. Mention spéciale au professeur d’urologie Bernard Debré, député UMP, qui cumule son salaire de parlementaire, son salaire de professeur et, selon Le Parisien, ses honoraires de consultation privée, à hauteur de 300 000 euros pas an. Tout ça uniquement pour prouver qu’il est bon ? ».
Alors, sachant que nous vivons déjà dans ce monde, dans celui de NY du début des années 90, apprécions une belle histoire d’amour dans ce roman noir entre un infirmier de nuit photographe amateur et une chouette fille, paumée et séropositive à l’époque où les traitements actuels n’existent pas encore. Livre triste et dense comme la vie.


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mis en ligne le 30/07/2007
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