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Les livres noirs
Deuils ou "Laisse Thomas dans létalon !" |
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| par Dominique Boniface |
Cest souvent en novembre que les annonces de disparitions de personnalités se succèdent, ce qui rendrait ce mois puant sil ne contenait la date de MON anniversaire, seul événement important à mes yeux. Cette année, ce fut lété qui, par dautres aspects, ressembla dailleurs pas mal à novembre.
Que Bergman et Antonioni, deux immenses génies créatifs, tirent leur chapeau une fois largement passé lâge de 90 ans est normal. Ils laissent une oeuvre, une vraie.
Nous a quitté aussi le créateur du subtil distinguo entre «des Français innocents et les Juifs», relevant dans son vieil âge chassez le naturel, il revient au galop - les attaques du fameux « lobby juif » à son encontre. Quand il passa larme à gauche, jai dérogé à mon régime très strict et me suis offert un éclair au chocolat.
Le deuil que je porte, en ce jour, est celui dun libraire et sa librairie. Pierre est mort., il était un ami. Il était le seul libraire à qui je prêtais des livres, avec qui je discutais des heures de tout et de rien, surtout de rien, cest plus riche. Assis au fond de sa librairie, on se remémorait des souvenirs, la visite dune équipe créatrice de Marvel Comics que javais organisée à Actualités, provoquant un embouteillage rue Dauphine et en amont, jusquà léchangeur de lA6 à la hauteur dAvignon! Pierre est mort, dun infarctus, je nai pas pu lui dire au revoir. Sa librairie est morte, ce week-end. Soyons confiants, une boutique de merde va ouvrir, le commerce nest pas mort.
Un peu de mon univers de livres vient de mourir. On les relira ensemble, là-haut, les bons Série Noire, Pierrot, tu sais, les « Carter Brown mais quand cest traduit par Janine Hérisson! », tu disais avec ton accent que jentends encore. Salut lami !
Pavarotti est mort. Dur pour les amateurs de ténors et dopéra. Il a fait chanter le monde entier, nétait pas sectaire, se produisait avec des chanteurs rock. Bien quaimant beaucoup lopéra, le morceau de lui que je préfère est celui joué avec Lucio Dalla, intitulé Caruso, dans le disque « DallAmeriCaruso ».
Et merde ! Joe Zawinul vient de mourir ! Il était malade, ne pouvait plus faire ses concerts. Quand je lui avais demandé, en 1978, qui était le plus grand compositeur, il me répondit, avec un sourire unique : «À par M. Zawinul ? ». Si vous nêtes pas bouché à lémeri que vous avez une connexion internet, allez à :
http ://www.youtube.com/watch?v=pqashW6 6D7o. et, en mémoire de son ami et complice de Weather Report, le génial Jaco Pastorius, le Paganini de la basse, tabassé à mort par un autre ivrogne il y a juste 20 ans, crevant dans un caniveau à pas encore 36 ans, regardez aussi :
http://www.youtube.com/watch?v=25 DXcFg 1TFo&mode=related&search = Wayne Shorter, le saxophoniste géant, génial et généreux, est vivant. Il vient de faire une très belle série de concerts à La Villette, à 75 ans. Il na jamais arrêté de chercher, de labourer le sillon du jazz, comme Miles. Tu dois être bien triste, Wayne!
Maquillages
Éric Halphen Gallimard / Série Noire
Dans les livres que je lis, les films que je regarde, rien ne mest plus insupportable que les inexactitudes, les erreurs. Mon erreur en parlant de James Cagney au lieu de E.G. Robinson dans un récent numéro ma longtemps choqué, moi-même, cest dire. Je suis de ceux qui voient, tout de suite, la petite faute dorthographe qui aurait échappé au correcteur automatique dans un article ou un livre. Quant à lerreur, cest choquant, et dautant plus quil devient quasiment impossible de ne pas avoir, en quelques « clics », accès à tous les détails sur tout et tout le monde.
Éric Halphen semble partager ce trait avec moi. Il ne supporte pas les erreurs dans les polars, les descriptions de procédures nexistant pas, les incohérences dans les rapports entre la police et le Justice (je mets toujours, malgré mon expérience, un J majuscule à Justice, je vais peut-être arrêter, maintenant que lon convoque, sans que ça choque personne, réveillezvous, les juges place Vendôme pour leur indiquer comment juger, oui, jarrête !). Donc, la justice et la police ont, ou devraient avoir, dans notre pays et dans toutes démocraties qui se respectent, des rôles bien distincts. Halphen en parle. Halphen parle de la vie, du cafard le soir de se coucher seul, de linquiétude dès que le téléphone de lécole ou de la baby-sitter sonne, des histoires damour ou de cul, souvent hélas confondues, dans les couloirs des Palais de justice (je laisse un grand P à Palais parce que ce sont souvent des monuments majuscules). Il parle de la douleur de la disparition, des magouilles des « grands ». Il sait écrire, magnifiquement, je parie que ses jugements sont, comme les arrêts du Conseil dÉtat, des merveilles de style. Par exemple, quand il décrit un des héros de son livre, «Turquelay, oui, elle voyait bien sûr qui était ce soi-disant philosophe qui courait les plateaux de télé et tenait une chronique dans un hebdomadaire quelle lisait de temps à autre, chez le coiffeur : un prétentiard, un mondain, un creux qui masquait le vide de sa pensée en criant plus haut et plus fort que les autres». Ce nest pas moi, cest Halphen.
Jai aimé ce livre, à en ralentir la lecture vers la fin, me réservant de longs moments pour savourer, comme quand je mange un gâteau au chocolat ou déguste un des plaisirs de la vie, je ne vous dirai pas quoi. Si je lavais reçu « pendant lannée scolaire », jaurais insisté auprès dune amie commune pour organiser une rencontre et vous en faire part. Je ferai ça plus tard et pour moi, jai le droit dêtre égoïste. Le meilleur livre de ce numéro de Verso.
00:23 Pont de lAlma
Eoin Mc Namee Gallimard / Série Noire
Le 31 août, il y a juste dix ans, une grosse voiture allemande, conduite par un chauffeur chevronné et ayant suivi les cours de conduite du constructeur, sécrasait contre le pilier dun tunnel de la rive droite. Ça vous revient, vous avez deviné ? Oui, Lady Di et son compagnon étaient tués. Il paraît quun lecteur de prompteur très bien payé, ancien nouveau romantique de mes deux, en a même fait un livre, du fric du fric du fric récemment, mais il ne se vend pas, cest bien fait.
Voici un vrai bouquin, pas une tentative charognarde de se faire encore un peu plus de fric alors quon est payé des fortunes pour abrutir le téléspectateur tous les soirs.
Il semblerait que, on croit pouvoir affirmer que, on se sait jamais, il y aurait anguille sous roche et autres phrases ont fleuri depuis 10 ans. Le livre est passionnant, il fait découvrir des mondes parallèles, et on se fout de savoir ce qui pourrait être vrai de ce qui pourrait ne pas lêtre. Après tout, cette princesse était-elle vraie ? Je ne vous dis pas la fin, non pas que je veuille la garder pour moi mais, cest vrai, jai oublié le livre dans une des innombrables résidences secondaires que vos abonnements, merci, me permettent de moffrir, avec le personnel qui a des couettes. Alors
suspense! Je ne sais pas comment se finit cette soirée au Ritz. Achetez le livre, vous passerez un excellent moment.
Aime-moi, Casanova
Antoine Chainas Gallimard / Série Noire
Il est très difficile de parler du sexe, pas de faire un cours déducation sexuelle destiné aux paroissiens et paroissiennes de Saint Nicolas du Chezpasquoi, mais de « parler cul » en étant à la fois
, sans jamais être
, vous voyez ce que je veux dire ? Non. Dommage, moi oui. Je ne connaissais pas ce Chainas, dont la quatrième de couverture me dit «Décédé en 1999, il travaille depuis dans une grande administration française», jadore ce type dhumour. Le bouquin est superbe, il se lit dune traite. Lauteur connaît son sujet, les sujets même quil traite, dont le sexe, la police, la vie. Il connaît aussi linconnu le plus difficile à rencontrer, soi-même. Chapeau, jai hâte quil en fasse un autre.
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| mis en ligne le 03/11/2007 |
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