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La photographie
Qui pisse le plus loin ?
La photographie : Qui pisse le plus loin ? par Dominique Boniface
par Dominique Boniface
Permettez-moi de citer in extenso un papier de Lionel Esparza, le brillant, et insolent comme j’aime producteur de « Deux Sets à Neuf », sur France Musique tous les matins de semaine de 7h00 à 9h00. C’était en Octobre 2006, peu de temps après la révélation, que dis-je, LA RÉVÉLATION du projet pharaonique de construction d’un bâtiment dédié à la Fondation d’un grand marchand de frime. «On aurait dit que c’était l’histoire de deux gamins qui passaient leur temps à vouloir pisser plus loin que l’autre. Deux grands enfants aux destins et aux vies pourtant peu propices aux enfantillages qui, depuis sept ou huit ans, ne savent plus sur quels terrains porter leurs jeux de vilains.
Ça a commencé en 99, quand François a volé Gucci au nez et à la barbe de Bernard. Ouverture d’une joyeuse guéguerre à coup de millions où chacun cherche à avoir le plus de marques prestigieuses, de belles oeuvres et de créateurs fameux parmi ses amis. Mais c’est dans le domaine de l’art que les deux duettistes firent de leur compétition une vraie bataille de chiffonniers.
Comme jadis Niarchos et Onassis, Pinault et Arnault, puisqu’il faut bien les nommer enfin, entrèrent dans une vraie partie de tennis. T’achètes Christie’s, j’achète Phillips. T’exposes à Venise, j’expose à Lille et ce pour le grand plaisir des artistes, galeristes et intermédiaires, aussi opportunistes que rusés. L’achat par Béber il y a deux ans d’un cheval empaillé de Maurizio Cattelan n’aurait ainsi atteint la somme astronomique de deux millions de dollars US que parce qu’un filou aurait prétendu, pour faire grimper les enchères, que le petit François était aussi sur le coup.
Dernier acte. L’annonce lundi matin d’un projet tenu secret depuis presque trois ans, de la construction d’une fondation LVMH au Jardin d’Acclimatation, réponse du berger Arnault à la bergère Pinault après que ce dernier, dûment conseillé par un ancien ministre de la république, ait transporté son propre projet de fondation dans une jolie ville d’eau. Et la musique dans tout ça me direz-vous ? Oh pas grand-chose ! C’est qu’avec l’art évanescent des sons l’achat spéculatif est malaisé, il n’y avait que ce fou de Paul Sacher pour oser parier sur des partitions. M. Arnault, il y a un an et demi, engageait une vague de licenciements à Radio Classique, histoire de ne pas perdre trop de sous avec cette danseuse trop peu reluisante. M. Pinault songerait déjà à se débarrasser de la FNAC après avoir, grâce à elle, massacré la petite distribution. Ah, c’est comme ça les gamins qui font joujou. Ça s’amuse, mais parfois aussi, ça fait des dégâts».


La Situation des Esprits
Jean-Philippe Domecq & Éric Naulleau La Martinière

En général, quand on m’offre un livre, c’est une catastrophe. Il est vrai que j’en ai déjà un, un livre. Là, j’ai cru que ce serait la même chose. J’avais, alors que Verso naissait et que j’étais encore très intimidé par les propos que j’y lisais et entendais dans les soirées somptueuses de la revue, croisé un Jean-Philippe Domecq que je ne vis plus par la suite. Mais dans des soirées de plusieurs milliers de personnes, presque toutes les semaines, financées par le produit de vos abonnements, il est difficile de se rappeler tout le monde. Et puis vint ce livre, que j’ouvrais avec la circonspection due aux expériences évoquées ci-dessus. Vous ne me croirez pas, mais je ne l’ai pas lâché jusqu’à la dernière page, un peu comme ces bons polars. Je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit Domecq, mais sur l’art, alors là oui, je signe, des deux mains… Pas à tout. Je ne suis pas ce penseur dans ses analyses politiques, j’avais voté OUI en 2005 pour le Constitution Européenne et ne le regrette pas. Il existe ce que j’appelle un snobisme de nantis à faire croire que l’Europe est responsable de tous les malheurs des autres, surtout quand on est, soi-même, bien à l’abri des aléas.
Mais sur l’art, surtout sur le fait qu’il est aujourd’hui interdit d’avoir une opinion, d’exprimer un « ressenti » devant une oeuvre parce qu’on «n’en est pas », alors là, oui, bravo Domecq de dénoncer un mur, celui de la légitimité à être atteint par l’art. Et bravo aussi dans la dénonciation des impostures, des imposteurs, de ceux qui, tout simplement, se foutent du monde. À lire donc, pour tous ceux qui refusent une idée toute faite de l’accès à l’émotion artistique, en urgence.


Rimbaud Parti
Photos Jacqueline Salmon,
Textes Jean-Christophe Bailly Marval

Jacqueline Salmon, dont le travail a été systématiquement salué dans ces colonnes, est une vraie travailleuse (travailleurs !) de la photographie. Loin des fumisteries omniprésentes aujourd’hui de pseudo artistes incapables de faire une mesure de lumière ou une mise au point qui se servent d’un support mécanique parce qu’ils ne savent pas non plus dessiner, elle est une professionnelle qui sait utiliser son outil de création et en accepte les limitations. Les Ardennes, pour les amoureux de l’Est, du froid et des forêts profondes sont un paradis. Photographier signifie, étymologiquement «écrire avec la lumière». Quand il n’y a pas de lumière, c’est difficile. Il y a toujours de la lumière, certes, mais quand elle est faible, diffuse, blanche ou « plate » comme disent les photographes, c’est très difficile. Je n’irai pas jusqu’à écrire que Salmon rend les Ardennes dignes des ces catalogues «terre de contrastes», non, mais que son métier et que la maîtrise de son médium sont un hommage à l’étrange beauté de ces terres. Bravo.


Mythologies de Maurice Renoma
Maurice Renoma, Marval

Le cher Maurice, un sacré petit bonhomme plein d’énergie et d’humour que j’ai eu le plaisir de fréquenter souvent, est un homme qui a réussi, non pas seulement parce qu’il vend sa «marque» un peu partout, mais parce qu’il s’amuse. Et trouvez- moi un chef d’entreprise qui s’amuse aujourd’hui! Il y en a peu.
Il s’amuse avec le même talent que celui qu’il a développé a gagner les sous qui lui permettent de s’amuser. Et il nous amuse (le « nous » est ici pluriel de majesté, merci). Avec talent et humour dans ce livre, il joue a détourner et détourer des portraits en substituant aux visages des têtes d’animaux ou des plats cuisinés. Ce serait un procédé sans l’intelligence qui le caractérise et lui permet de toujours trouver la bonne tête d’animal pour la silhouette humaine.
J’ai repensé à un dessinateur des années 70 dont le nom vient de m’échapper mais ça va revenir qui associait des têtes d’animaux à des personnages connus. Merci Maurice, continue à t’amuser et à nous faire plaisir.


De l’Espace, la Terre vue de la Station Mir
J.-P. Haigneré, Marval

Plus haut que « le ciel », l’espace. Si ça continue, on se demande comment cette escalade va finir. J’ai envie de déposer le titre «La Terre vue de la Lune», puis des autres planètes, il faut que je vérifie s’il existe une classe de marque «coffee table book», mais l’ex photographe de vaches du salon agricole autoproclamé défenseur de «la Terre-en-danger-qui-rapporteun- max-coco» a aussi fait des tasses et tshirts, alors c’est trop. Que dire de ce livre ? C’est haut l’espace, très haut.
Dominique Boniface
mis en ligne le 30/07/2007
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