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[verso-hebdo]
19-02-2015
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Gustave Moreau :
« il y a de tout là-dedans... »
Après dix-huit mois de travaux, le Musée national Gustave Moreau à rouvert ses portes le 22 janvier, rue de La Rochefoucault à Paris, présentant notamment le rez-de-chaussée réhabilité dans ses couleurs d'origine. Il faut voir ou revoir cette curieuse maison, offerte au peintre par son père en 1852, surmontée de deux vastes salles réunies par un extraordinaire escalier à double révolution. L'ensemble contient quinze mille oeuvres de l'artiste symboliste dont beaucoup sont accrochées à touche-touche sur toute la surface des murs. Certains tableaux sont achevés, mais l'immense majorité ne l'est pas. Moreau barbouillait ses toiles en cours d'exécution de traînées et dégoulinades à dominantes sombres et écarlates du plus pitoyable effet. L'impression est pénible, mais il est vrai que ses admirateurs actuels voient ainsi en Moreau un précurseur de la peinture abstraite ! Curieux artiste que ce Moreau, dont la préface de l'exposition posthume de 1906 précisait textuellement ceci : « Depuis longtemps une clientèle spéciale, d'un spécial goût se disputa sa production, vendue d'avance à de hauts prix. » Cette clientèle spéciale était précisément la haute société du faubourg Saint-Germain décrite par Marcel Proust qui avait d'ailleurs choisi Moreau comme modèle pour son Elstir.

En 1864, Gustave Moreau, 38 ans, obtint un triomphe au Salon avec son oedipe et le sphinx (aujourd'hui au Metropolitan de New York). L'envoi de Courbet à ce même salon fut refusé par le jury (ce même jury qui ne voulait de Manet que par intermittence, et jamais de Cézanne). Courbet, 45 ans, avait alors réalisé plusieurs de ses grands chefs-d'oeuvre, dont Un enterrement à Ornans, mais n'avait pas l'heur de plaire à la clientèle spéciale d'un spécial goût qui faisait la fortune de Moreau, lequel, dès ce moment, pensait à faire de sa maison un musée à sa gloire. Il le réalisa en effet, en fit don à l'Etat qui l'accepta et l'inaugura en 1903. On peut encore y voir aujourd'hui des tableaux aussi effrayants que Les Prétendants, travaillé de 1852 à 1896, c'est-à-dire une bonne partie de sa vie. Moreau l'avait commencé dès la prise de pouvoir par Napoléon III en qui il saluait le retour à l'ordre (ce n'était évidemment pas le cas de Courbet !). « Scène de carnage épique » selon l'expression de l'auteur, Les Prétendants illustrent une scène de l'Odyssée où Ulysse et ses compagnons, qui viennent de massacrer les prétendants de Pénélope, sont terrorisés par l'apparition grandguignolesque de la déesse Athéna. Partout autour grouillent parmi les cadavres des beautés nues rappelant les tristes créatures de Thomas Couture dans ses illustres Romains de la décadence (1849), référence avouée du symboliste célébré par les écrivains décadents du temps, avec à leur tête Huysmans.

La grandiloquente Apparition (de la tête coupée de Jean le Baptiste à Salomé), le ridicule Triomphe d'Alexandre le Grand, ou surtout les innombrables et lascives Chimères sont de la même veine. Un peu éberlué, Huysmans notait dans son fameux Salon de 1880 qu' « il y a de tout là dedans, de la mosaïque, de la nielle, du point d'Alençon, de la broderie patiente des anciens âges et cela tient aussi des vieux missels et des aquarelles barbares de l'ancien Orient... » Oui, mais est-ce que tout cela fait de la peinture ? Il me semble que le grand Elie Faure a répondu une fois pour toutes : « il y aura tout de même plus 'd'âme' dans un centimètre carré de la plus matérielle des peintures de Courbet que dans toutes les oeuvres réunies des préraphaélites d'Angleterre, de Gustave Moreau et de Boecklin. » Faut-il être plus clair encore ? Le même critique d'art, le seul critique dont Picasso ait fait le portrait (c'est dire l'estime en laquelle il le tenait) enseignait que la réalité, pour le peintre, c'est la vision intérieure qu'il possède de l'univers. « Mais toute vision dont les racines matérielles ne plongent pas de partout dans la substance illimitée de la vie sensuelle du peintre, n'appartient pas à la peinture, le suisse Boecklin, le français Gustave Moreau l'apprendront à leurs dépens, non à ceux de la peinture qui n'a rien à voir avec eux. » Voilà pour le public spécial qui existe toujours, n'en doutez pas, et que jamais personne ne convaincra que son spécial goût n'est pas le meilleur.

www.musee-moreau.fr
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
19-02-2015
P.S. : il n'y aura pas de [verso-hebdo] la semaine prochaine et sera de retour le jeudi 5 mars.
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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