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[verso-hebdo]
27-11-2014
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Buraglio, le souvenir de 68
Les éditions des Beaux-Arts de Paris rééditent, dans une version augmentée, les Écrits entre 1962 et 2007 de Pierre Buraglio, qui fut professeur dans la maison (et antérieurement à l'Ecole des Beaux-Arts de Valence). Parmi d'innombrables observations sur sa propre démarche, on trouve donc des réflexions sur son expérience d'enseignant, par exemple page 330 : « quand j'ai dessiné La Crucifixion de Philippe de Champaigne, j'ai amené mes élèves au musée de Grenoble et les ai fait travailler devant. On n'osait pas parler de copie mais de transposition. Essayer de retraiter les ombres et les lumières avec du papier découpé selon Matisse... » Cette double expérience d'artiste et de prof semble, au fil des pages, profondément marquée par le souvenir de mai 68. C'est en cela que ce recueil de textes divers est particulièrement révélateur. Né en 1939, Pierre Buraglio était un peu plus vieux, donc plus lucide, que les jeunes « enragés » qui l'entouraient. Militant révolutionnaire il a certes été, mais surtout pas casseur aveugle. D'où l'intérêt jamais démenti de ses témoignages qui m'avaient conduit, dès 1988 pour faire le bilan des « événements » vingt ans après, à lui demander de discuter devant un magnétophone avec Gilles Aillaud, Louis Cane, Gérard Fromanger et Monique Frydman. Il était sorti du débat, pour ce qui le concernait, deux points saillants.

Premier point : la contradiction dans laquelle des artistes comme lui se sont trouvés en 1968. Buraglio faisait alors des exercices de « camouflage ». Par exemple : « Mondrian camouflé », qu'il donnait en exemple de la situation dans laquelle il se trouvait. « Ce que je faisais à l'atelier ne marchait pas avec ce que j'avais fait pour la Salle Rouge (ndla : au Salon de la Jeune Peinture). Il y avait des idéaux auxquels j'adhérais pleinement. Ils m'ont amené à ne plus peindre. Mais je peux dire que si je me suis arrêté, c'est justement pour pouvoir refaire un jour de la peinture. » Buraglio était à l'époque dans de telles contradictions que la peinture était devenue impossible pour lui (il se fit ouvrier pendant deux ans dans une imprimerie, faisant ainsi partie des « établis »). Cela lui valait, dans ce débat, des réflexions ironiques de Louis Cane : « Pourquoi l'art devrait-il être révolutionnaire ? Quelle est la finalité de l'art ? Cette idéologie là, c'était celle d'octobre 17. » Bref, Buraglio aurait été en retard d'une révolution : « Je me suis arrêté longtemps parce que je ne pouvais pas faire coïncider mon envie de peindre et un certain nombre d'idéaux... »

Deuxième point : le regret des dégâts de l'esprit 68 dans l'enseignement. « Le problème de 68, c'est aussi que ça a complètement mis par terre l'enseignement dans les écoles d'art. Depuis, on n'y fait plus rien ». Louis Cane, en 1988, n'était pas le dernier à l'approuver : « Moi, je dénonce une situation qui fait que l'on a en direct dans les écoles d'art toutes les névroses que l'on trouve dans les galeries. Répétition des mêmes âneries formelles, dévotions au marché de l'art avant-gardiste, simulacre d'enseignement, dînette infantile... » Eh oui, Pierre Buraglio constatait, dix ans après, qu'il avait été facile de se révolter parce qu'il y avait de véritables maîtres à qui s'opposer. La lutte était alors féconde : « Mao disait que le dogme est moins utile que la bouse de vache. Il ne faut pas crier au génie devant le moindre de leurs enfantillages. Eh bien, depuis 68, quand un étudiant éternue dans une école, on admire sa performance. » Buraglio, à titre personnel, a réussi son retour à la peinture et, en tant qu'enseignant, en est revenu aux bonnes vieilles méthodes d'autrefois : «  Dans mon école, à Valence, je fais travailler sur modèle vivant, et je refuse de regarder les dessins de ceux qui n'ont pas de fil à plomb. » Autrement dit, en 1988 on revenait de loin. « Quand j'ai été nommé professeur à Valence, indique Buraglio dans une conversation de 2005 reprise dans le livre, il m'a semblé que c'était quand même la moindre des choses de ne pas se comporter comme un escroc » (p. 329). Attitude hautement sympathique et responsable, qui aurait dû servir de modèle à nombre d'enseignants post-soixante huitards mal reconvertis. Heureusement, ces derniers viennent de prendre leur retraite.

www.pierreburaglio.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
27-11-2014
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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