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[verso-hebdo]
23-10-2014
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
À propos de « Le Maroc contemporain » : celui qui en est et celui qui n'en est pas
L'exposition ouverte le 15 octobre à l'Institut du Monde Arabe (jusqu'au 25 janvier 2015, « le plus important panorama jamais consacré à la création contemporaine marocaine en France. ») est, à plusieurs égards, de premier ordre. Le commissariat a été confié à Jean-Hubert Martin, le célèbre auteur de l'exposition historique Les Magiciens de la terre, qui est resté fidèle à sa méthode en allant sur place repérer des artistes qui ne sont pas sur le marché. Il était accompagné par Moulim El-Aroussi, un bon connaisseur du terrain. Résultat très intéressant, surtout en ce qui concerne les participations féminines, dont aucune ne peut laisser indifférent. Cependant certains partis pris déconcertent un peu. Je m'explique par un double exemple : on trouve dans cette exposition un peintre qui ne devrait pas y être, et on ne trouve pas un autre peintre, non moins marocain, qui devrait y être.
Celui qui ne devrait pas y être : Abdelkébir Rabi est né en 1944, il s'est formé, nous dit sa notice officielle, notamment en étudiant des revues d'art. Il a dû y remarquer particulièrement les oeuvres de Soulages des années 40-50, ou plus vraisemblablement celles de Franz Kline, plus molles et fortement inspirées par celles de Soulages, des années 50-60. Toujours est-il que Rabi est décrit par le Dictionnaire des Artistes contemporains du Maroc comme un « peintre, non de la matière, mais de la lumière, que captent ensemble les larges sillons noirs et la surface claire... » Soit exactement les commentaires indéfiniment répétés depuis un demi siècle à propos des « larges sillons noirs » de Soulages et de leurs copies par Kline. Que vient faire Abdelkébir Rabi, imitateur tardif de l'expressionnisme abstrait, dans une exposition d'art marocain ? Sa sélection serait justifiée par le fait que ses sillons noirs seraient des diagrammes dessinant la pensée soufie. Peut-être, mais le résultat plastique est là : une resucée d'un courant franco-américain archi connu.

Celui qui devrait y être et qui n'y est pas : Toufik Berramdane expose rarement chez lui, au Maroc, hors sa rétrospective 100 permis organisée à la Villa des Arts de Rabat en 2010. Peintre, sculpteur, créateur de motifs de textiles, Berramdane est une personnalité forte, qui puise son inspiration à la fois dans sa culture nationale et dans l'histoire de la peinture en France. Si diverses que soient ses réalisations, Toufik Berramdane dit toujours et nécessairement la même chose. À travers ses techniques variées, ses sujets sans cesse renouvelés, nous reconnaissons sa marque propre que nous pouvons appeler son style. Le style, chez lui, n'est pas un système qui lui serait offert comme un moyen dont il userait : il est sa marque inimitable, la même dans toutes les aventures dans lesquelles il se risque. Même quand il a l'audace de revisiter Le Déjeuner sur l'herbe de Manet en empruntant le chemin de Picasso : nous y reconnaissons immédiatement sa griffe en même temps que la présence voulue de ses grands devanciers des XIXe et XXe siècles. Le monde de Toufik est multiple : mais les éléments de ce monde procèdent tous de la même source, et cela se voit.

L'objet esthétique chez Berramdane est certes un objet éminemment présent, mais il ne prétend jamais produire en lui le réel ou le copier : il le dit, et en le disant le découvre. Nous-mêmes le découvrons à sa suite. Le privilège de ses oeuvres, et c'est là une qualité qu'elles partagent avec la musique, c'est de révéler l'essentiel du réel sans que nous ayons à anticiper sur les objets qui lui donnent corps : ils nous apportent la signification avant les signes, le monde avant les choses. Ce monde est le monde spécifique de l'artiste, qui nous touche par l'effet de vérité de son contenu comme il nous avait retenus par la vérité de sa construction interne et sa vérité par rapport au créateur. Il a suffi pour cela que l'artiste soit authentique : l'art de Toufik Berramdane n'est certes pas « engagé », mais c'est lui qui s'engage totalement dans son art, et c'est tout ce que nous lui demandons. Il est vrai que ce n'est sans doute pas ce que souhaitaient les concepteurs de l'exposition Le Maroc contemporain qui demandaient que les oeuvres fassent appel aux « origines culturelles du Maroc, africaine, amazighe, arabe et hébraïque. » Comment auraient-ils pu inviter l'auteur de, par exemple, Fabienne (acrylique sur toile, 1991), un splendide hommage au très français Matisse ?

www.toufikberramdane.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
23-10-2014
 
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Verso n°112

L'artiste du mois : Eric Théret

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