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[verso-hebdo]
26-05-2011
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Le retour d’un oublié : Edgard Naccache
Dans un important texte publié dans le livre Depuis 45 à Bruxelles en 1970, le théoricien de la Figuration narrative, Gérald Gassiot-Talabot, revenait sur le passé récent : l’exposition fondatrice de 1965 en particulier (La Figuration narrative dans l’art contemporain) où il avait invité Edgard Naccache. Il situait ce dernier parmi les peintres de « l’impulsion graphique », avec notamment Foldès et Voss, c’est-à-dire parmi les principaux précurseurs du mouvement pictural appelé au brillant avenir que l’on sait. Dans mon livre consacré à la Figuration narrative (Cercle d’Art, 2005), je n’ai pas manqué de placer côte à côte des reproductions des Petits pois de Foldès (1966) et de la Marelle des métamorphoses de Naccache, un chef-d’œuvre de 1965 qui avait ébloui Gassiot-Talabot. Ce dernier y avait vu une pratique exemplaire de la « figuration évolutive » et de la « narration par juxtaposition » : évolutif en effet, Naccache l’était par les pistes qu’il dessinait entre les différents moments du jeu de marelle. Inventeur de la juxtaposition temporelle, il l’était encore par le recours au collage de coupures de journaux qu’il emploierait durant toute sa carrière.

Edgard Naccache, mort en 2006, n’était pas seulement un excellent peintre, sensible et imaginatif, il était aussi, indubitablement et selon le jugement très précis et documenté de Gassiot-Talabot en personne, un membre historique de la Figuration narrative. Or si l’on demande, par exemple, le nom de Naccache à la banque d’images de la réunion des musées nationaux, on se heurte à la mention méprisante « cet auteur n’existe pas ». C’est simple : les musées nationaux ont « oublié » d’acquérir des œuvres du peintre, qui pourtant n’étaient pas très chères. De même, si l’on consulte le catalogue de l’exposition organisée par le Centre Pompidou au Grand Palais en 2008 (Figuration narrative), on n’y trouve pas davantage Naccache, oublié par les commissaires comme il avait été négligé par les institutions. Cette injustice, cette morgue des officiels qui ont le pouvoir de faire disparaître de l’histoire non seulement des créateurs de talent, mais encore des acteurs importants présents au tout début d’un mouvement essentiel de l’art moderne, cette injustice me révolte. Edgard Naccache était l’un et l’autre : créateur et acteur. Il faut décidément lui rendre justice.

C’est pourquoi je salue l’initiative de la galerie La Nivelle, à Saint-Jean-de-Luz, qui organise en ce moment (jusqu’au 19 juin), une rétrospective Edgard Naccache, la première depuis sa disparition. Serait-ce le signe d’une reconnaissance en cours ? Il faut le souhaiter bien sûr, mais sans trop d’illusions. Naccache avait eu, de son vivant, une belle rétrospective au château-musée de Cagnes-sur-Mer en 1990. Gérald Gassiot-Talabot en avait naturellement rédigé la préface, dont voici les dernières lignes : « Quarante ans de création, présentés en un magistral survol, proposent les clés d’une vie en peinture, sans rupture, sans cassure. Tout découle d’une intuition originelle très forte, qui a tenu, jusque dans ses dépassements et ses transgressions. » Cela n’avait malheureusement pas été suffisant pour changer le cours des choses, c’est-à-dire le maintien dans l’ombre d’un talent éclatant. Puisse l’exposition de Saint-Jean-de-Luz annoncer le retour à la lumière d’Edgard Naccache, toujours vivant pour les admirateurs de sa peinture qui demeurent fidèles à sa mémoire.
J.-L. C.
jl.chalumeau@usa.net
26-05-2011
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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