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[verso-hebdo]
19-01-2017
La chronique
de Pierre Corcos
Les enjeux du paraître
S'il est un lieu traditionnel (le grec theatron signifiant « lieu de représentation ») pour que le paraître soit bien visible, qu'il se présente, mais aussi qu'il représente et qu'il signifie, c'est bien le théâtre. Deux pièces jouées actuellement à Paris nous offrent la première une « didactique » du paraître, et la seconde une parabole critique et politique sur le paraître.

Le corps, théâtre de l'âme... La psychologie du geste nous en apprend beaucoup sur ce langage silencieux, expressif qui parfois dément, mais le plus souvent appuie, ce que la personne énonce. Mais déjà l'on savait que la démarche, la posture nous renseignent sur notre attitude globale, notre être-au-monde. Et, si l'on entre dans le détail, comment ne pas déceler dans la mimique, le regard, les « auto-contacts » des expressions de soi plus ou moins conscientes ? Mais les codes culturels viennent compliquer ce langage du corps, le bouquet gestuel d'un Napolitain n'ayant rien à voir avec la réserve stricte du Japonais... La richesse et la complexité de ce paraître significatif demanderaient une conférence ! Voilà qui tombe bien, car depuis quelque temps, les conférences théâtralisées ont le vent en poupe... On se souvient, au Théâtre du Rond-Point, de Cartographies, atlas de l'anthropocène de Frédéric Ferrer, et surtout de L'art du rire de Jos Houben. Car si les conférenciers se donnent le droit de « théâtraliser » leur enseignement, à leur tour, les hommes de théâtre peuvent enrichir leur one-man-show d'un contenu pédagogique... Surtout si le sujet nous renvoie indirectement au théâtre ! Yves Marc, auteur, acteur, metteur en scène est un aussi un professeur qui enseigne aux apprentis comédiens que leur interprétation aura d'autant plus d'intensité que leur corps, attitude, gestuelle viendront confirmer ce qu'ils proclament, racontent. Et son séduisant spectacle/conférence Ce corps qui parle (jusqu'au 18 févier au Théâtre Les Déchargeurs) semble la continuation, adaptée aux spectateurs, de ce qui peut être enseigné sur la communication non verbale, la programmation neuro-linguistique, la psychologie du geste. Voici donc Yves Marc, sa table de conférencier, et puis l'espace scénique autour, où ce qui vient d'être enseigné trouve sa démonstration dans une pantomime, un mimodrame parfois chorégraphié. Alors, devant tant d'exemples silencieux mais « parlants », on est tenté d'abord d'observer autour de soi ce corps qui parle, mais également de relire la pensée du philosophe espagnol Baltasar Gracián qui donnait si bien sens au paraître, à la forme, à l'apparence...

Quand le paraître devient une injonction aliénante dans un monde où la marchandise règne sans partage, quand le but secret, véritable, du « look » reste au final de vendre, de bien se vendre, quand une beauté standardisée est devenu le passeport obligatoire pour être médiatisé - c'est-à-dire, aujourd'hui, être -, alors, dans cette « société du spectacle », la moindre laideur devient malédiction... « La perte de son identité, sa dilution dans l'acte de « paraître tellement mieux » ; le fait que nous soyons devenus interchangeables, sont des données révoltantes dans notre société. Faire du théâtre, c'est forcément s'opposer à cette volonté d'uniformiser le monde. C'est entretenir par la mise en valeur des défauts, des soi-disant tares de chaque individu, un espoir de poésie et de différence », écrit Marius von Mayenburg, dramaturge allemand contemporain, pour présenter sa pièce Le Moche, une fable et parabole qui vise indirectement le capitalisme et la société de consommation. Car si le héros, Lette, ingénieur brillant, est remplacé pour présenter sa propre invention à un congrès international, c'est tout simplement parce qu'il est... moche. Or le patron entend bien sûr vendre le maximum de ce nouvel objet, et la laideur de Lette constitue un obstacle. Lette, n'étant pas obsédé par son apparence, ne se rendait pas compte qu'il était « moche » ! Une enquête réalisée auprès de ses proches lui confirme qu'il n'a pas ce « look » avantageux, critère de réussite. Ayant recours à la chirurgie esthétique, le voilà doté d'un visage à l'esthétique conforme, et tout marche à merveille pour lui... Sauf que - exactement comme pour tous ces nez refaits qui ont la même courbe - le chirurgien plastique, pour faire fortune (toujours l'économique dans la boucle !), a multiplié en série ce type de « beaux visages », tous en droit désormais de le concurrencer. Et voilà notre malheureux Lette, passé de l'exclusion par la singularité à la compétition par la similarité... La mise en scène percutante de Nathalie Sandoz vise à rendre insupportable aux spectateurs cette tyrannie du formatage. Le comédien Guillaume Marquet (nullement laid d'ailleurs) dans le rôle de Lette, fait penser à tous ces naïfs innocents qui peinent à admettre l'inhumanité du système. Hélas, comme l'écrit dans sa note d'intention Nathalie Sandoz, « l'argent, le pouvoir, la reconnaissance et la célébrité sont les moteurs de ce monde, plus on les entend vrombir, plus on existera ». Spectacle critique, pessimiste sur la tyrannie du paraître et la beauté normalisée, standardisée dans les sociétés marchandes, Le Moche (jusqu'au 29 janvier au Théâtre de l'Atalante) reprend, dramatise et actualise cette interrogation permanente sur les rapports tragiques entre l'être et le paraître, dont Victor Hugo avait fait le thème d'un sublime roman, L'Homme qui rit.
Pierre Corcos
19-01-2017
 
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Verso n°104

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