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[verso-hebdo]
26-10-2017
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Icones de l'art moderne, la collection Chtchoukine, Fondation Vuitton / Gallimard, 426 p., 29,90 euro.

Qui aurait pu imaginer, à l'aube du XXe siècle, que les deux plus grands collectionneurs de l'art moderne auraient été russes ? Ivan Abramovitch Morozov et Sergueï Ivanovitch Chtchoukine ont rassemblé un nombre considérables de tableaux constituant sans aucun doute l'ensemble le plus important d'oeuvres de ce que l'Europe occidentale et surtout la France, avait pu produire depuis l'impressionnisme jusqu'au fauvisme et au cubisme ? Dans ce magnifique catalogue, on peut trouver des photographies présentant les collections de cet homme qui appartenait à une famille très riche de négociants en textiles et d'importateurs de thé. Son père, Ivan Vassilievitch, a eu trois fils, qui auront chacun leur collection : Piotr d'intéressa aux antiquités orientales et russes et fonda un musée portant son nom ; Dimitri, lui s'intéressa aux maîtres italiens et hollandais : quant à Ivan, il constitua une bibliothèque de raretés. Après avoir fait ses études en Allemagne, et c'est lui qui reprit l'entreprise familiale à la mort de son père, survenue en 1890, bien que n'étant pas l'aîné. Son frère se trouvant à Paris, il a eu l'occasion de découvrir l'art impressionniste. Il a commencé par acheter des tableaux de Claude Monet, d'autres de Gustave Courbet, des Pissarro, des Sisley, des Degas, des Van Gogh, puis s'est intéressé aux peintres de cette fin de siècle, comme Toulouse-Lautrec, Forain Renoir, Odilon Redon, Puvis de Chavannes, Marquet. A partir de 1903, il acheté sa première toile de Paul Cézanne. Peu après, il a découvert Paul Gauguin. Mais sa grande passion a été Henri Matisse, qui a réalisé pour lui des oeuvres maîtresses en 1909 et en 1910 : La Danse et La Musique Il a connu Picasso par l'intermédiaire de Matisse, et lui a acheté quelques cinquante tableaux (dont La Dyade, la plus grande composition cubiste de l'artiste), qui ont orné ses appartements et a aussi acquis des Derain. Mais la Révolution d'octobre l'obligea quitter son pays natale dès 1918 et son immense collection est nationalisée. Elle devient en 1919 le musée de la peinture occidentale moderne, qui est présenté au public au printemps 1920. Un peu plus tard, ce musée a été réuni enrichi de la collection Morozov. Staline n'étant pas un amateur d'art moderne, il a fait disperser ces créations et celles des auteurs russes dans différents musées dans toute l'URSS. Les collections de ces deux grands mécènes ont pu néanmoins être présentées en 1923 au musée Folkwang à Essen -, musée qui avait pu naître un an plus tôt par l'action d'un autre grande collectionneur, Karl, Ernst Osthaus, qui avait un musée privé depuis 1902.




Les Plus beaux bijoux de femmes joaillières, Juliet Weir - de La Rochefoucauld, Bibliothèque des arts, 36 p., 85 euro.

Cet ouvrage considérable par sa dimension et aussi par la qualité des oeuvres reproduites, prouve que les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la joaillerie, qui ne leur a pas été reconnu. Ce livre vient donc combler une lacune assez vertigineuse. L'auteur ne s'est concentré que sur le XXe siècle. Et dès le début, les surprises commencent : on découvre les créatrices qui ont voulu travailler dans l'optique des Arts & Crafts britanniques, comme Sibyl Dunlop ou Dorie Nassiter. La boucle de ceinture de Julia Marrison, dessinée pour la société Tiffany est une splendeur, tout comme le colliers fastueux de Meta Overbeck. Mais le moment où les femmes ont pu révéler le mieux leur talent dans ce domaine est celui des Années folles. Même avant la grande Guerre, elles ont eu la possibilité de réaliser les ouvrages les plus extravagants comme l'oeuf en cristal de roche qu'Alma Pihl a réalisé pour Fabergé (en en a fait d'autres). En réalité, le symbole de cette période qui passe pour futile après les horreurs du conflit mondial est Coco Chanel. Personne ne saurait ignorer ce qu'elle a fait pour la mode féminine. Mais on connaît peu ses recherches dans l'univers de la bijouterie. Là encore, elle s'est évertuée de créer des bijoux qui porte son empreinte, et les gemmes qu'elle utilise pour ses colliers, ses broches, ses bagues ont une communauté d'esprit dans les pierres choisies, les couleurs utilisées, le rythme des assemblages. De plus, elle s'oriente vers la plus grande simplicité possible (mais toujours dans l'idée du luxe) avec ses colliers franges et sa broche étoilée de 1932. Il suffit de comparer ce qu'elle a pu réaliser alors avec les autres grandes créatrices de l'époque, comme Suzanne Belperron qui est parvenue concilier l'art barrique et l'Art Déco, comme on peut le voir dns son magnifique collier-spire conçu pour Boivin. Elle privilégie toujours cette idée de contamination entre des périodes artistiques anciennes et le goût moderne ses paires de clips son bracelet de 1940. Elle fait preuve d'une grande originalité, mais a tendu demeurer toujours inscrit dans une certaine mesure.



Rodin, dessins érotiques, Philippe Sollers / Alain Kirili, Gallimard, 112 p., 32 euro.

Auguste Rodin a pris une place dominante dans la sculpture française. Absolue. C'est désormais la figure du père de la modernité, alors que les artistes qui l'ont suivi se sont empressés de réfuter son héritage, de Constantin Brancusi à Amadeo Modigliani. Ce rejet n'a pas signifié que ces artistes et tant d'autres aient jugé son oeuvre inacceptable ou même déplorable, mais que la naissance d'une nouvelle sculpture ne passait pas par le chemin suivi par le grand homme. En réalité, il achevait une grande histoire de la sculpture, qui allait de Donatello et de Michel-Ange jusqu'à la Porte de l'Enfer. Et il l'a conclue avec panache ! Son oeuvre n'était pas dépourvue de modernité et d'audace (il suffit de penser à son Balzac), mais elle n'ouvrait pas la voie à une autre conception, radicalement novatrice de l'art sculptural. En revanche, quand on observe ses dessins, on se rend compte qu'il avait su s'affranchir de bien des conventions. Son trait, manifestement à main levée, est d'une nature essentielle. Il suggère plutôt qu'il ne décrit dans le détail la géographie de l'anatomie. Ses dessins érotiques, depuis que nous les connaissons, ne cessent de fasciner. D'une part, ils sont d'une grande beauté stylistique, de l'autre, ils possèdent une charge érotique puissante. Ils ne sont jamais vulgaires, alors qu'ils sont plutôt explicites et même sans aucune retenue : il décrit des actes et des gestes qui, pour l'époque, sont d'une rare crudité. Et ce sont des figures « réelles » qui les accomplissent. Rodin est passé maître dans ce genre d'exercice. Et il a traduit certaines de ces compositions dans le langage de la sculpture. Beaucoup donnent le sentiment d'ébauches, et en tout cas de crayonnages rapides. Quand la couleur entre en jeu, elle se résume souvent une ou deux teintes. Elles ne sont pas toujours là pour donner une plus grande tonalité la chair, mais pour engendrer des contrastes et des tensions, toujours légères, dans ces rapports amoureux. Sollers dit assez bien en quoi ces papiers sont d'une incroyable inventivité quand on songe aux peintures les plus débridées du réalisme. Il donne pour exemple Le Torse de Courbet, juste titre. Avec un lyrisme bien à lui, il nous fait découvrir, par l'esprit, ce que ces scènes ont de surprenant et de renversant. Ses pages sont une excellente initiation ce genre d'érotisme, sans fard, mais sans excès et très loin de l'arithmétique de Sade, qui s'intéressait, lui, des combinatoire, de la plus simple la plus savante. Rodin était fasciné par le sentiment charnel qui fait sort l'être de ses gonds. Cet album est une très belle introduction cette partie de l'oeuvre de Rodin qui n'est plus cachée ou regardée avec réserve. C'est désormais un des aspects de sa grande entreprise esthétique. La sexualité est abrupte, crue, je le répète, mais pas vraiment dépourvue de beauté et de noblesses, même si elle n'est jamais anoblie ou transcendée. Enfin, la grande dimension des reproductions permet de mieux apprécier la qualité et la singularité de son art de dessinateur.




Monet collectionneur, Marianne Mathieu & Dominique Lobstein, Hazan/ musée Marmottan Monet, 270 p., 35 euro.

On pourrait s'étonner qu'en même temps que paraît un nouveau catalogue de la collection de Claude Monet à Giverny, puisse voir le jour un autre ouvrage sur le même thème, sous les auspices d'un autre musée, le musée Marmottan. En fait, les deux ouvrages présentent des différences importantes. Le premier est un catalogue complet très bien fait. Le second fait l'histoire détaillée de chaque pièce qui est entrée dans cette grande collection. Il faut reconnaître que les deux auteurs ont fait un travail remarquable. En premier lieu, Marianne Mathieu et Dominique Lobstein sont parvenues à réunir une iconographie d'époque assez admirable et d'une rare richesse, sans parler des nombreux documents qui correspondent à chacun des tableaux. Malgré le sérieux de leurs recherches et tous leurs efforts, elles n'ont pas réussi à résoudre tous les mystères. Par exemple, il manque trois Cézanne au catalogue et elles ne peuvent alors que faire des conjectures. Et cela vaut pour d'autres acquisitions désormais disparues. Ensuite, il faut signaler qu'une partie de cette collection figure désormais parmi les oeuvres qui sont conservées par le musée Marmottan, essentiellement consacré la production de l'auteur d'Impression, soleil levant. Il faut savoir, entre autres choses, que la plus grande partie des xylographies des grands artistes japonais appartiennent au musée. Un très long chapitre est consacré l'un des proches du peintre : Camille Pissarro, avec la liste manuscrite des tableaux acquis. Il y a aussi une partie consacrée Rodin que Monet appréciait énormément et dont il possédait plusieurs pièces. Il y a aussi bien des surprises, comme un Renoir d'Afrique du Nord, un Eugène Druet, un portrait de Monet par Carolus-Duran, une lithographie d'Edouard Manet, Le Polichinelle, des papiers d'Eugène Boudin, une esquisse de Fantin-Latour (disparue, sans doute une oeuvre inspirée par Wagner, le portrait de Wagner a été attribué à Renoir). Les relations avec ses pairs, avec les marchands, en particulier, Ambroise Vollard, les grands collectionneurs comme Théodore Duret, sont exposées et détaillées avec le plus grand soin. Une oeuvre qui s'est trouvée entre les mains de Monet reçoit ici un traitement peu commun, car les auteurs ont rédigé mieux qu'une fiche : c'est vraiment l'histoire d'une oeuvre qui entre dans la demeure du célèbre artiste. Et chaque tableau ou dessin est commenté par le menu. En somme, ce bel ouvrage, magnifiquement illustré, complète à merveille le catalogue de Giverny.




Le Guide Hazan de l'art contemporain, 2018, Roxana Azimi, Hazan, 336 p., 25 euro.

Cet ouvrage, qui devrait un guide fiable et complet pour les amateurs d'art, et surtout pour ceux qui désirent commencer une collection, pose un grand nombre de problèmes. Il nous propose un choix d'artistes vivants supposés être les plus recherchés par les collectionneurs. On y trouve des artistes disparus comme Michel Journiac, Raymond Hains et Roland Topor, mais pas Spoerri alors que Villeglé est inclus) ou Soulages qui sont, eux, bien des nôtres ! A partir de là, tout devient compliqué car il faudrait allez visitez les cimetières sous la lune de l'art moderne et tiré beaucoup plus de noms. En outre, on a l'impression que l'auteur a tiré les noms dans le chapeau de Tristan Tzara car les artistes les plus côtés sont absents de ce répertoire qui me semble parfaitement aléatoire. Il manque Keith Haring, Thomas Hirschhorn, Joseph Beuys et l'incontournable Jeff Koons, qui vaut des sommes astronomiques ! Il y a une définition de base qui manque ce guide : s'agit-il du marché international ou du marché français ? Comme l'auteur ne nous donnent pas de chiffres, mais des « fourchettes » (parfois erronées soit dit en passant), on ne comprend pas quels sont ses critères. Je pense qu'un tel guide devrait plutôt orienter le collectionneur néophyte vers de grands artistes qui n'ont pas leur place, comme, pour ne citer que quelques noms, Jean Degottex, Geneviève Asse, Albert Bitran, Brion Gysin, Arthur Aeschbacher. Les grands rendez-vous de l'art contemporain indique bien la Biennale de Lyon, même Artissima de Turin (qui n'est qu'une petite foire très secondaire !), mais pas la Biennale de Venise (on peut penser tout ce qu'on veut sur ladite Biennale, mais c'est encore un point central de l'art d'aujourd'hui - mais peut-être est-ce seulement parce qu'elle n'aura lieu qu'en 2019). Bref, je ne sais trop quoi penser de ce qui devrait être un guide. La formule n'est en tout cas pas au point ! Je suis persuadé que l'éditeur devrait revoir ce genre de publication avec plus de sérieux.




Nos dimanches soir, Jérôme Garcin, Folio, 256 p., 7,70 euro.

Le Masque et la plume, diffusée chaque semaine par France Inter, est sans doute l'émission de radio la plus ancienne (elle fête ses soixante ans d'existence), mais aussi parmi les plus mythiques qui aient existé dans le domaine culturel. Alors que France Culture a depuis longtemps réduit ses ambitions (Les Nuits magnétiques sont été pendant une période la clef de voûte de ses exigences), cette émission transmise sur une chaine plus populaire (a priori) a conservé sa fraicheur et aussi un public très fidèles (Jérôme Garcin raconte qu'un certain nombre de spectateurs viennent ponctuellement assister à l'enregistrement de ces débats parfois épiques depuis de longues années). L'auteur n'a pas voulu écrire une histoire en coupe réglée, ni faire une apologie de ce grand art radiophonique. Il a préféré opter pour la formule du dictionnaire, mais sans se fixer aucune règle. Certains sujets sont traités en quelques lignes, d'autres sont développés longuement.
Il y est beaucoup question de ses animateurs et encore plus de ses fondateurs. Jérôme Garcin est quasiment né en même temps que Le Masque et la plume ! Il évoque les grandes figures comme François-Régis Bastide, de Georges Charensol, de Jean-Louis Bory et de tant d'autres figures devenues légendaires. Mais ce qu'il y a de vraiment extraordinaire, ce n'est pas que l'émission subsiste encore, mais qu'elle conserve le pouvoir de captiver l'attention de l'auditeur. Ce livre est précieux pour comprendre notre présent. Si la presse, la plupart des radios, la télévision ont quasiment renoncé à la culture dans son sens le plus noble et surtout les grandes et vives discussions autour de la culture (Apostrophes de Bernard Pivot a été le glas de ce que la télévision avait eu la faculté de faire avec succès pendant quelques décennies) - il ne reste plus aujourd'hui, hélas, que des ersatz. Il faut lire ce livre, qui est écrit avec beaucoup d'esprit et aussi d'humour car Jérôme Garcin peut avoir la dent dure, mais sans férocité ! En tout cas, il nous fait espérer dans l'idée que la littérature, le théâtre ou le cinéma (le vrai !) peuvent encore vivre dans le coeur d'un grand nombre de Français grâce des passionnés capables de transmettre leur passion - sans compromissions possibles !
Gérard-Georges Lemaire
26-10-2017
 
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Verso n°105

L'artiste du mois : Edith Longuet-Allerme

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