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[verso-hebdo]
23-11-2017
La chronique
de Pierre Corcos
Art et folie
Quand le sujet bascule et se fracasse dans un autre espace-temps, quand son univers habituel, « normal » implose et s'éloigne, un abîme d'angoisse s'ouvrant entre un être, qui ne peut plus communiquer par les mots devenus eux-mêmes étrangers, et le monde rassurant mais peut-être perdu des autres, alors le malade mental, le psychotique, le « fou » peut avoir recours à la création - dessin, peinture, modelage - pour construire un pont. Un pont entre son étrangeté intérieure, un imaginaire qui submerge l'intellect, et le monde socialisé. Pont que certains artistes (Klee, Breton, Dubuffet), psychiatres (Volmat, Delay) ou amateurs considèrent avec sympathie, intérêt, passion même, tandis que, pour ne pas en être perturbée, la masse des gens l'évite soigneusement. Breton écrivait déjà en 1948 : « Le public peut dormir sur ses deux oreilles : les verrous sont tirés non seulement sur les individus qui n'ont pas toujours su montrer patte blanche mais encore sur tout ce qu'ils font parfois d'admirable, qui pourrait les rappeler à lui ». Et de toutes façons, tout ça n'est pas de l'art, assène-t-on.

Pour déverrouiller ces ponts entre les rives du « normal » et du « pathologique », de l' « art » et du « non-art », le Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne (MAHHSA) nous propose jusqu'au 26 novembre d'explorer les origines de sa collection d'oeuvres. Puis, du 1er décembre au 28 février 2018 (et ce sera l'Acte II de cette présentation), Anne-Marie Dubois, commissaire des deux expositions et responsable scientifique de la Collection Sainte-Anne, se focalisera sur les années 1949 et 1950 : c'est en effet le moment où Dubuffet (à la galerie Drouin de Paris) d'une part, et Volmat (à Sainte-Anne, puis dans la chapelle de la Sorbonne) d'autre part confrontèrent, indirectement et par un choix d'oeuvres, leurs conceptions respectives des rapports art/folie. Il faut savoir que les collections de l'hôpital Sainte-Anne comptent aujourd'hui plus de 70 000 pièces, issues des ateliers d'art-thérapie et des dons de praticiens et d'institutions... Robert Volmat avait remarquablement développé un département d'art psychopathologique, et ses successeurs, jusqu'à Anne-Marie Dubois, ont poursuivi ce patient travail de collection. Toute cette production nous interroge sur certaines sources de l'acte créateur, sur des liens éventuels entre « génie » et « folie », également sur les différentes modalités créatives quand le sujet se retrouve en soins dans un asile psychiatrique. Et ce que l'on découvre, dans l'exposition intitulée Elle était une fois, nous montre bien ces différentes modalités créatives, parallèles d'ailleurs à de notables variétés de styles.
Déjà l'on ne peut pas réduire l'oeuvre juste à un symptôme, des grilles d'interprétation inamovibles venant alors se plaquer dessus (exemples : les productions-types des maniaques, schizophrènes, paranoïaques, etc.), car l'oeuvre n'est pas seulement un exutoire : un travail esthétique, plus ou moins développé, vient enrichir sa fonction cathartique. Ensuite, même cette fonction cathartique n'est pas la seule à considérer : s'il possède au départ un talent de dessinateur, le pensionnaire peut très bien s'occuper à représenter ceux qui l'entourent. C'est le cas de René Ernest Brédier, dont les excellents portraits expressifs au crayon frappent par leur facture classique. Il en va de même pour Justin Gep (aquarelle) ou H.A.R. (fusain). En soi, réactualiser une bonne technique graphique en s'accrochant à la réalité peut s'avérer thérapeutique. Du coup, les oeuvres peuvent constituer des témoignages de la vie asilaire à la fin du XIXème siècle... Mais le sujet peut aussi croiser, de par sa problématique pathologique, les voies déjà reconnues d'un style, d'une école. C'est, dans l'exposition, le cas d'Auguste Millet et de Louis-Émile Grosbrun signant des oeuvres que l'on rattacherait illico à l'art naïf, ou de G. Martin, dont les dessins aux crayons de couleur sont d'une belle facture expressionniste. Bien entendu, l'on trouve également dans l'exposition Elle était une fois des formes d'expression que l'on associera immédiatement à des états d'agitation extrême. Dans certaines vitrines, des rouleaux de papier couverts d'une écriture pléthorique, compacte et convulsive évoquent des sismogrammes emballés traduisant l'éréthisme. Certaines oeuvres d'Hillairet, ou de Charles Octave Leg (huile sur carton), ou encore d'anonymes confirmeraient la représentation habituelle que nous nous faisons de l'art psychopathologique, c'est-à-dire un art où l'étrange, l'effroi et l'archaïque ont la part belle...

Bien entendu, la « folie » n'est pas plus garante du génie que l'art psychopathologique n'ouvre de voie royale aux chefs d'oeuvre. Mais les cas extraordinaires des Adolf Wölfli, Augustin Lesage et autres artistes « médiumniques » ne peuvent qu'interroger les notions de créativité primordiale, de nécessité intérieure, de même que l'art psychopathologique nous questionne autant sur ce qu'on appelle « psychose » (comme le fit naguère le mouvement d' « antipsychiatrie ») que sur l'art, délimité comme champ spécifique où les influences, les écoles, l'histoire des styles joueraient le rôle essentiel. À toutes ces questions, Elle était une fois évidemment ne répond pas. Son propos consiste d'abord à nous offrir une petite idée de l'immense collection de Sainte-Anne, constituée d'un fonds muséal et d'un fonds contemporain. Cette intense productivité va bien dans le sens du modèle schizo-machinique tel que Deleuze et Guattari dans L'Anti-OEdipe l'ont conceptualisé et mis en marche.
Pierre Corcos
23-11-2017
 
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Verso n°106

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