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[verso-hebdo]
11-01-2018
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Picasso, la suite Vollard, Centre d'art La Malmaison / Somogy Editions d'Art, 2oo p., 28 euro.

Cela ne semble pouvoir se discuter : cette Suite Vollard est le sommet de la création graphique de Pablo Picasso. Et peut-être l'un de plus beaux ouvrages que le célèbre marchand d'art Ambroise Vollard a pu réaliser, Sans doute Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard, la Tentation de saint Antoine de Flaubert, illustré par Redon ou les Fables de la Fontaine, illustrées par Marc Chagall, parues en 193o, sont des ouvrages remarquables. Vollard commande à Picasso (qui n'en est pas sa première expérience : il avait déjà achevées les planches pour les Métamorphoses d'Ovide, commandées par Albert Skira) un travail monumental, qu'il lui paie d'avance avec un tableau de Renoir et un autre de Cézanne. La réalisation de ces cent planches a demandé quatre années de travail à l'artiste espagnol (1933-1937). Mais le livre n'a pas paru et la disparition de l'extravagant personne en 1939 a tout laissé voilé de mystère. En réalité, il en a fait trois cents, les autres planches ayant été vendues séparément. Son esprit est d'abord d'avoir choisi le noir et le blanc et ensuite de traiter ses oeuvres dans un mélange de néoclassicisme et de surréalisme - mélange détonnant s'il en est, mais qui fait la superbe étrangeté de cet ensemble. L'essentiel de la suite est de raconter l'histoire du Minotaure, mais en pleine liberté de conception, Picasso transformant l'histoire antique en une histoire moderne et parfois autobiographique. Il ose aussi mêler différents mythes, développant l'idée du Minotaure aveugle, comme OEdipe. La violence et la beauté, la laideur et la beauté, la confusion des genres, des situations, des récits, font que ces gravures à la pointe sèche sont comparables à rien d'autre dans l'oeuvre complexe de Picasso. Ce paradoxe introduit dans la substance même de sa création a donné des résultats inouïs chez cet homme qui a inventé le cubisme puis est revu au dessin dans la perspective d'Ingres. A l'époque où il peint ces femmes en maillot de bain au bord de la mer qui jouent au ballon dans un esprit surréaliste, il a eu l'idée d'introduire cette note classique pour montrer que son art ne se limite jamais une manière déterminée : il veut être lui-même mais aussi tous les autres, dont il dévore et assimile de façon pantagruélique les styles et les compositions. Il y résume aussi ses sujets de prédilection et ses fantasmes les plus érotiques. Il y a de l'apollinien et du dionysiaque dans ces dessins, une sorte de continuum dans le mouvement de la création, qui passe souvent par des chemins de traverses, ouvrant des horizons nouveaux. Exposition superbe et catalogue indispensable !




Robert Doisneau, Brigitte Ollier, Hazan, 672 p., 39 euro.

Désormais, Robert Doisneau (1912-1994) fait partie de notre patrimoine. Il a commencé par étudier la lithographie. Mais son premier travail a été la photographie publicitaire. Puis il a collaboré comme opérateur avec André Vigneau. Fervent partisan de la Nouvelle objectivité, il se consacre au reportage. Il publie ses premiers travaux en 1932. Puis il travaille pour Renault de 1934 à 1939. Par la suite, il ne veut plus oeuvrer qu'en indépendant. Il fait de nombreux reportages à l'étranger (en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et en Union soviétique). Il se lie avec Blaise Cendrars qui préface en 1953 la Banlieue de Paris. Il a publié un grand nombre d'ouvrages, sur des métiers de Paris, sur Paris en général, sur des lieux de France, sur un écrivain, Paul Léautaud, sur des peintres, comme Braque et Picasso. Ses publications sont très nombreuses et sa réputation est très vite établie. Pour le grand public, il est connu pour un cliché : Le Baiser. Cette très belle « anthologie » nous permet de découvrir toutes les facettes de sa création. A la différence de Cartier-Bresson, Doisneau ne recherche pas la poétique de l'image, mais plutôt une vérité. Les scènes de Paris pendant la guerre ou pendant la Libération auraient pu paraître dans un magazine. Bien sûr, il saisit des vues qui peuvent être emblématique d'un moment ou d'une action. Mais il veut conserver l'impression de « saisi sur le vif ». Bien sûr, on a beaucoup polémique autour de la question du fameux Baiser : il semblerait bien que les deux amoureux aient posé. Mais peu importe : ce n'est pas son idée. Il faut, pour le comprendre, voir la série de photographies sur les journaux : il montre le marchand et le lecteur, le livreur et les imprimeurs. Il a aussi un esprit très blagueur : il aime bien tomber sur un instant drôle que le hasard de ses pérégrinations lui proposent. Même ses portraits peuvent sembler, parfois, sans trop d'apprêt, mis part ceux qui sont très posés, comme ceux de Fernand Léger ou d'Alberto Giacometti. Doisneau s'est retrouvé à cheval entre deux époques : celle où l'on soignait la mise en scène comme pour un tableau et celle où il ne fallait pas rater la seconde où il fallait capturer un ensemble de relations uniques. Cet album est un vaste compendium pour découvrir ou pour redécouvrir Robert Doisneau, qui a fini lui aussi par être l'émissaire d'un passé qui s'éloigne.




César, l'âge de bronze, Pierre Nahon, Galilée, 72 p., 8 euro.

L'auteur rappelle que sa galerie a présenté pendant un quart de siècle l'oeuvre de César. Il a commencé à exposer en 1954 chez Lucien Durand, marchand de tableaux admirable, mais qui n'avait pas les moyens de suivre ses artistes, mais qui a découvert un nombre impressionnant de jeunes talents. Il n'a fait qu'une seule présentation de ses sculptures Puis il s'est retrouvé chez Claude Bernard, un lieu qui a presque une dimension académique. Puis il y eut encore un autre endroit. Mais il n'y avait personne pour admettre son évolution depuis les Compressions. Pierre Nahon fait un portrait de l'artiste, un méridional qui se sentait mal à Paris, mais qui y a vécu le plus clair de son temps (de plus, il y fut professeur à l'Ecole nationale des beaux-arts). Et c'est à Paris qu'il est mort en 1998. Nahon évoque des moments importants qu'il a pu partager avec César, comme l'aventure du Centaure, ou la publication du livre d'Otto Hahn, les Sept vies de César, qu'il a d'ailleurs postfacé. Dans cet ouvrage, César raconte sa méthode de travail, qui est reproduite dans le présent ouvrage. La partie la plus intéressante de ce livre est sans doute celle où l'auteur analyse la démarche de l'artiste, qui était un vrai prédateur, dans le sens où Rodin l'avait été lui aussi, mais pour arriver en un point plus distant. Il explique en détail comment il en est arrivé au « bronze soudé », qui dépassait un certain nombre de difficultés techniques pour arriver ses fins. César explique d'ailleurs que le bronze a été son point de départ pour employer d'autres moyens pour réaliser ses sculptures. Une très longue citation montre que s'il était loin d'être un théoricien, il était tout fait capable d'expliquer sa démarche. Cet Age de bronze est une belle initiation au parcours de César sans aucune prétention de jouer au critique ou l'historien. C'est un témoignage sur une longue relation professionnelle, mais aussi une longue connivence.




Mais où est donc Hippo ?, Nicolas Piroux, Louvre Editions / Hazan, 48 p., 14,90 euro.

Ce livre est destiné aux enfants. Ce qui fait son charme c'est qu'il est parvenu faire passer l'aspect ludique avant l'aspect pédagogique. Le merveilleux petit hippopotame égyptien de faïence bleue sert ici de fil d'Ariane. J'ouvrir ici une petite parenthèse : quand j'étais enfant, j'allai parfois au musée du Louvre le dimanche, parce que ma mère ne travaillait pas et c'était gratuit. Il n'y avait pas des foules comme aujourd'hui. On pouvait donc découvrir les oeuvres sans être gêné par des hordes pressées et indifférentes. En visitant la section égyptienne, j'avais remarqué ce petit objet d'un bleu si magique et je l'avais aimé plus que toute autre chose que j'avais pu voir. Cela contrastait avec l'aspect mortifère de l'art égyptien. Et je l'ai emporté dans mon coeur jusqu'à ce jour. Fin de la petite parenthèse autobiographique. Ici l'idée des auteurs a été de dissimuler cette figure dans des oeuvres conservées dans le prestigieux musée de l'Antiquité (avec la déesse Hathor qui accueille Sethi Ier, les archers de Darius, la Victoire de Samothrace, jusqu'à Delacroix en passant par Van Eyck, Raphael, Léonard de Vinci, sans oublier les izniks turcs. Le lecteur doit retrouver l'animal caché dans tous ces ouvrages célèbres - ce qui a été fait sans dénaturer les sculptures ou les peintures employées à cet effet. C'est une jolie façon de découvrir l'art en s'amusant et sans tomber dans le piège de la pire vulgarisation. C'est un superbe cadeau faire pour un petit enfant qui n'a encore quasiment pas de notion précise de l'art.




Beauvoir, sous la direction d'Eliane Lecarme-Tabone & Jean-Louis Jeannelle, L'Herne, 4oo p., 39 euro.

Malentendu, Simone de Beauvoir, « Carnets », L'Herne, 144 p., 9,5o euro.

Idéalisme moral et réalisme politique, Simone de Beauvoir, Folio, 144 p., 5,4o euro.


Comment envisage-t-on de nos jours Simone de Beauvoir (19o8-1986) ? Comme un écrivain, un philosophe ou un ancêtre du féminisme ? Elle a été tout cela fois. Et plus encore Cet imposant Cahier de L'Herne nous donne en partage un portrait d'elle qui est nécessairement composite. Plusieurs parties de l'ouvrage sont consacrées ses romans, des Mandarins à la Force de l'âge, qui est une de ses oeuvres autobiographiques. De plus, plusieurs nouvelles inédites y sont recueillies. On s'aperçoit à quel point son étoile a bien pâli dans ce domaine. Agrégée en 1929, après avoir fait un mémoire sur Leibnitz, elle affait de très brillantes études. Elle a ensuite enseigné en province avant de revenir Paris en 1936, avec un poste au lycée Molière. C'est alors qu'elle écrit son premier roman, Primauté du spirituel, qui est refusé par Gallimard. Dans ce beau volume, on trouve ses premières nouvelles (comme « Eliane », par exemple, qui montrent qu'elle avait plus que des dispositions pour la littérature. Ce n'est pas son originalité qui s'impose, mais un beau style, châtié, mais vif et séduisant. En 1943, elle publie l'Invitée. En 1954, la parution des Mandarins lui vaut de recevoir le prix Goncourt. Mais ce qui la rend célèbre, c'est le Deuxième sexe, en 1949, et tous ses ouvrages consacrés à la condition féminine. Au fond, c'est l'essayiste qui l'emporte sur la romancière, même si ses autobiographies peuvent être classées dans le genre romanesque pour leur écriture. Un grand nombre d'articles, comme par exemple celui de Belinda Cannone. En dehors des multiples essais, le lecteur aura la chance de trouver des lettres de Cocteau, de Nelson Algreen et de Blanchot ou une très belle lettre que la jeune femme a envoyée à Merleau-Ponty. Un des plus beaux textes est sans doute le Portrait qu'elle a fait de Jean-Paul Sartre qui a paru aux Etats-Unis en 1946. Elle n'apparaît pas dans la collection prestigieuse de la Pléiade. La femme de pensée a-t-elle tué la femme de lettres ? Les nombreux documents qui accompagnent toutes ces réflexions constituent une excellente occasion de se pencher sur son cas.
Ce que révèle Malentendu à Moscou, c'est que derrière la femme engagée et la femme libre demeure l'élève appliquée. Ce récit écrit la fin des années 6o et publié posthume (il devait, l'origine, être inclus dans la Femme rompue en 1968) a été écrit avec soin, mais sans art. Le sujet l'a emporté sur la forme. Et la forme, dans cette sphère, n'est pas seulement un effet de pure rhétorique : c'est ce qui donne delà profondeur et de la résonance au texte. L'histoire de ce vieux couple (Nicole et André) qui est allé séjourner à Moscou (comme l'ont beaucoup fait l'auteur et Sartre), présente plusieurs facettes. Cette visite dans les musées, les églises, ponctués par des discussions politiques et surtout par des échanges montrant à quel point ils s'éloignaient l'un de l'autre, avec une sorte de déception pour la mère patrie du socialisme. C'est un livre crépusculaire, mais avec une pointe d'humour amer et une méditation sur les relations forcément biaisées entre l'homme et la femme.
L'essayiste qu'a été Simone de Beauvoir a été remarquable. Le prouve amplement ce petit recueil, mais d'une densité indéniable, intitulé Idéalisme moral et réalisme politique, articles parus dans Les Temps Modernes en 1946. L'illustration et défense qu'elle fait dans le premier texte, qui est vraiment digne d'éloge. Elle y examine toutes les interprétations fallacieuses du terme existentialisme, des plus ridicules jusqu'aux plus sophistiquées et perverses et résume avec beaucoup d'habilité et de science ce qu'il signifie vraiment. Pour elle, un élément crucial s'impose : l'absence de principes et, par conséquent de système. C'est au fond décréter la fin de la vieille philosophie, qui reposait toujours sur des lois, ou un retour aux présocratiques. Mais l'essai qui m'a le plus séduit est sans aucun doute « Littérature et métaphysique », dont le titre est un peu trompeur. Elle montre comment le jeu de l'écriture et le jeu de la lecture ensuite forment un couple indissociable et dynamique, qui institue une complicité ou, au contraire, une distance. Ces pages sont remarquables de finesse et d'intelligence.




La Philosophie d'Emile Zola, sous la direction d'Arnaud François, Hermann Philosophie, 356 p., 35 euro.

Je ne suis pas sûr que le titre soit tout à fait adéquat en ce qui concerne Emile Zola. Sans doute, comme l'avance l'auteur, Emile Zola avait une pensée -, sociale, morale, politique et fleuretait avec des courants très à gauche, comme l'anarchisme. L'auteur l'explique très bien à travers des romans comme Germinal et l'Assommoir. Ce qu'il dit du ventre de Paris et de son bas-ventre au début de son ouvrage est remarquable. La partie consacrée au Docteur Pascal est remarquable, car elle démontre à quel point l'écrivain s'est passionné pour la biologie, sous tous ses aspects, qui l'aurait amené à une éthique « vitaliste ». Là, Arnaud François a fait un travail tout à fait remarquable, très détaillé et convaincant. Mais peut-on pour autant affirmer qu'Emile Zola avait développé une philosophie en coupe réglée ? Certainement pas. Une représentation du monde, certes, cela ne fait aucun doute. Mais comme Honoré de Balzac (qui avait plus d'accointances avec la philosophie que lui), sa littérature n'avait pas un dessein de cette nature. La description de la société dans ses plus menus détails qu'ils ont entrepris l'un et l'autre à des époques différentes et aussi des moyens différents, n'est pas sous-tendue par une philosophie. Une pensée puissante, cela ne fait aucun doute, mais aussi l'idée de ne pas généraliser les choses, même si Zola était un esprit plus systématique que son illustre prédécesseur. Je recommande la lecture de ce livre bien fait et constituant une formidable introduction à l'univers de Zola par les formes de connaissances qu'il a utilisées. Je dois tout de même faire un reproche à notre essayiste : il a complètement occulté sa relation avec les arts plastiques, et surtout avec la peinture. Dans ce cas, Zola poursuit la tradition inaugurée par Diderot, l'adapte et l'enrichie à sa façon. Il a fait des choix esthétiques singuliers, qui sont en partie en contradiction avec ce qu'il exprime dans ses romans et ses nouvelles. Cette passion pour Manet, que presque tout le monde détestait alors, était étrange car celui-ci était bien éloigné du naturalisme, tout comme Claude Monet et ses amis. Devant cette peinture, il a choisi une option esthétique qu'il a soutenue jusqu'à temps que son roman, l'OEuvre, le brouille avec tout le monde et que l'envie d'écrire sur les Salons et les peintres lui a passée à la suite de ce grave malentendu. C'est dans les innombrables pages, souvent remarquables, après avoir dépeint les foules se pressant au vernissage d'un Salon et le petit monde des arts, qu'il a esquissé quelque chose qui se rapprocherait le plus d'une méditation philosophique. Mais comme l'ont fait Diderot ou Goethe, loin de tout esprit de système, mais avec des lignes forces engageant aussi la question de la morale.




Un papa de sang, Jean Hatzfeld, Folio, 34o p., 7,7o euro.

L'auteur semble s'être fait une spécialité des pays africains ayant connu des crises épouvantables. Il avait déjà fait une enquête sur le massacre des Tutsis par les Hutus au Rwanda. Il retourne à Nyamata vingt ans après les terribles événements. Il interroge des gamins qui n'ont pas connu ces horreurs mais qui ont forcément entendu parler du génocide. Du récit de chacun, il fait une histoire, très bien retravaillé dans un style romanesque. Et c'est cela qui me gêne profondément : ce n'est plus une enquête, mais une sorte de roman plusieurs voix qui donne une certaine idée de ce pays travers les yeux de ces enfants qui sont les descendants soit des bourreaux, soit des victimes. Je dois confesser que je n'ai pas aimé ce livre, qui me paraît l'expression la plus pure du néocolonialisme française : Jean Hatzfeld n'a pas trop cherché savoir quelle a été notre responsabilité dans ce massacre innommable, mais plutôt de s'apitoyer sur ces enfants ou ces adolescents qui en sont les dépositaires tout en tentant d'en oublier les blessures. C'est très bien pensant et c'est surtout une manière de dire qu'au fond tout peut s'arranger avec le temps. Eh bien, non, je ne partage pas cette vision angélique, d'autant plus qu'il fait parler ces gosses qui ne mesurent peut-être pas l'ampleur de ce que leurs parents ont pu vivre dans une zone où seule l'horreur a droit de cité.




Consumés, David Cronenberg, traduit de l'anglais (Canada) par Clélia Laventura, Folio, 432 p., 8,20 euro.

Je dois l'avouer d'entrée de jeu : je ne suis pas un amateur des films de David Cronenberg. Son adaptation du Festin nu de William S. Burroughs est plus que décevante. Il a transformé un chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle en l'histoire pitoyable d'un drogué qui a échoué à Tanger. Ce n'est vraiment pas grand chose ! Son livre est plus intéressant que son cinéma, même si on y retrouve ses travers et ses tics. Il enchevêtre des histoires très compliquées Il y associe d'autres personnages et donc d'autres intrigues, elles aussi compliquées, et l'action se déroule un peu partout sur le globe et aborde des thèmes divers, dignes du Grand Guignol et des aventures de James Bond. Le couple de journalistes, Nathan Math et Noami Seberg s'intéresse aux reportages sur les nouvelles technologies appliquées à la médecine d pointe. Une affaire qui défraie la chronique les attire : la police a retrouvé le corps atrocement mutilé d'un certaine Célestine Arosteguy dans un appartement à Paris. Cet endroit est celui d'un couple de philosophes gauchistes qui ne néglige pas les relations dangereuses. Le mari disparaît et on l'accuse non seulement d'avoir assassiné sa femme, mais aussi de l'avoir en partie dévorée ! Routes sortes d'affaires secondaires viennent se greffer à cette trame principale. Leurs investigations, bizarrement, les amènent tous les deux en Corée du Nord... Tout cela est résumé très succinctement, car on se perd un peu dans le dédale de ce roman. Mais il fonctionne malgré tout, a condition d'aimer les sujets à la mode et les situations glauques et mortifères !




Manuel d'exil. Comment réussir son exil en trente-cinq leçons, Velibor Colic, Folio, 240 p., 7,20 euro.

Enfin un roman écrit par un relativement jeune auteur qui soit à la fois original et qui possède un peu d'étoffe ! Et sans parler de son esprit caustique et de sa loufoquerie qui nous change de tous ces écrivains si appliqués et si imbus d'eux-mêmes. L'histoire est celle d'un ancien soldat bosniaque (il relate d'ailleurs quelques épisodes de sa vie militaire qui a été toute autre qu'héroïque, mai sans être non plus un antihéros, lâche et traître). Notre héros abandonne les armes et part ailleurs, loin de l'Ex-Yougoslavie en pleine dérive. Il vit un exil qui n'est pas malheureux, même s'il n'a pas été facile. Il se retrouve Prague ou Milan. Mais c'est en France, à Rennes d'abord, qu'il parvient trouver un lieu où s'installer un temps. Mais il ne déroule pas un fil linéaire. On saute d'une année l'autre, d'une situation l'autre. Il ne pleure pas sur son sort. Au contraire il en tire des avantages, malgré  les nombreux obstacles et les déconvenues. Ce qui me frappe dans ce roman, c'est la capacité de son auteur a trouver des expressions jubilatoires et étranges, de nous étonner sans cesse, de trouver un ton et un rythme qui n'appartiennent qu'à lui. C'est écrit d'une façon à la fois plaisante et dérisoire. Il nous entraîne dans un univers un peu désireux d'êtres à la dérive comme lui, mais pour des fraisons très différentes : on a l'impression que la France est devenue une terre d'errance, ce dont beaucoup se plaignent et ce qui est pourtant une réalité que nous feignons de ne pas trop voir. La terre d'asile est une devenue une terre d'exils de toutes sortes. Maintenant qu'il écrit en François, Velibor Colic doit être suivi encore plus de près car il a du talent à revendre.




Poèmes, Nella Nobili, édition établie par Marie-José Tramuta, Cahier de l'Hôtel de Gallifet, 232 p., 16 euro.

Voici là une poétesse dont je ne savais absolument rien. Il faut dire que l'oeuvre de Nella Nobili (1926-1985) est loin d'être indifférente. Le prouve cette lettre de Giorgio Morandi qui lui a écrit quand il a découvert l'anthologie Il secondo novecento. Elle est allée le rencontrer à Bologne (sa ville natale) et une relation amicale en est issue. Son histoire n'est pas banale : c'est une fille du peuple qui a été ouvrière dans une soufflerie de verre, puis fille de salle dans un hôpital, enfin manoeuvre dans une usine. Cet ouvrage est une anthologie bilingue qui a le mérité de présenter l'essentiel de son oeuvre e 1949 (année où elle rencontre Elsa Morante) quasiment jusqu'à la fin de sa vie. Ce qui est étonnant, même si elle a écrit un livre baptisé Quaderni di fabbrica, elle ne fait pas partie de ces poètes prolétariens. Si les sujets qu'elle traite sont souvent concrets, elle se situe plus dans la région de la métaphysique. On a d'abord frappé par cette hantise profonde de la mort, qui est omniprésente -, de la mort et de la souffrance, sur la disparition des êtres et sur leurs blessures. Il faut dire que même si son écriture est très simple et très fluide, elle est aussi très fine et condensée. Chaque mot est pesé. Dans La Ville (1950-1964), elle a tendance à créer une dimension mythologique à ses récits, mais toujours avec ce sentiment permanent de deuil. C'est une poésie qui doit être découverte car elle est forte, belle et ambitieuse, mais sans aucune volonté de rivaliser avec les grands contemporains. Il faut lire les vers laissés par cette femme qui a été éditée de son vivant car son talent a tout de même été reconnu alors.




Fièvre des Polders, Henri Calet, « L'Imaginaire », Gallimard, 2oo p., 7,5o euro.

Henri Calet (pseudonyme de Raymond-Théodore Barthelmess, 19o4-1956) est un écrivain des plus singuliers. Il ne s'est pas lancé dans la littérature : il a d'abord exercé différentes professions, passant cinq ans à la Société Electro-Câble. Tout se déroule bien jusqu'au jour où il subtilise une forte somme d'argent. Il s'enfuie en Uruguay, mais dilapide tout ce qu'il avait. Alors il est rentré Paris et il va faire la connaissance de Pascal Pia et de Jean Paulhan. Il a de belles dispositions pour le roman, et la Belle Lurette paraît en 1935. Il se consacra aussi au journalisme et la radio après la guerre. La Fièvre des Polders paraît en 1939. C'est son troisième livre publié. Livre plus qu'étrange, car on a bien du mal à y discerner une trame. En fait, c'est une sorte de sarabande dans un port du Nord (il ne faut pas oublier que sa mère était flamande) avec autour d'une figure centrale, Ward Waterwind et de sa famille autour desquels gravitent toutes sortent de personnages, mais aussi des lieux, des bateaux, des quais et beaucoup d'estaminet. C'est quelque chose entre Breughel le Jeune et Le Quai des brumes, une sorte de quintessence de ces rudes régions austères et pourtant fantasques de la Belgique ou des Pays-Bas. On finit par ne plus s'intéresser à l'histoire, mais au Champêtre, au Scaphandrier, à la Veuve, au Sacristain et a tous ces êtres qui participent de cette évocation qui a une poésie paradoxale, avec un peu de réalisme, un peu de magie et beaucoup de mélancolie, sans oublier le versant goguenard, car tout ici est assez grotesque comme dans un tableau d'Ensor. Henri Calet a un art de l'écriture très éloigné de ce dont pouvaient se vanter les auteurs de son époque. Mais il est parvenu à créer un univers parfaitement unique et captivant. Son talent a tout de même été reconnu alors.
Gérard-Georges Lemaire
11-01-2018
 
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Verso n°106

L'artiste du mois : Christian Renonciat

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