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[verso-hebdo]
18-01-2018
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Paris Art Déco, Emmanuel Bréon, Hubert Cavaniol, photographies de Laurent Thion, Somogy Editions d'Art, 240 p., 39 euro.

On ne perçoit pas Paris comme une ville médiévale (il n'y a plus que deux petites maisons, des morceaux du mur de Philippe-Auguste et des églises), pas plus qu'une ville de la Renaissance. Du Grand Siècle restent encore quelques beaux édifices, mais ils ne suffisent pas à qualifier notre capitale. Non, c'est le baron Haussmann qui a remodelé notre ville et en à fait ce qu'elle demeure aujourd'hui. L'aspect moderne se développe à sa périphérie, là où se trouvaient les établissements de Bercy, les entrepôts de La Villette, les industries du bord de Seine sur la Rive Gauche, vers l'est, là où se dresse maintenant la Grand Bibliothèque, le vieux port. Il y a encore de beaux restes du Paris Art Nouveau, avec les bouches de métro dessinées par Hector Guimard et quelques immeubles qui frappent l'imagination par leur étrangeté. Mais pense-t-on à un Paris Art Déco ? Pas vraiment, il faut le dire. Et pourtant, pendant les Années folles, Paris était encore le centre névralgique du monde de l'art et des lettres. Pour découvrir cet univers il faut d'abord bien y réfléchir et puis explorer. Et ce magnifique album nous rappelle quels beaux projets ont vu le jour dans l'entre-deux-guerres. Le premier édifice auquel on pense est sans doute le Théâtre des Champs-Elysées, pour ce qu'il est architecturalement, mais aussi pour toute son histoire.
Les auteurs mettent en avant les superbes immeubles dispersés un peu partout, aussi bien rue Vavin que sur le Quai Branly. Plusieurs grands ensembles ont belle allure dans le XVIe Arrondissement, comme la Villa Chanez. La Maison des Etudiantes, rue Lhomont, est une merveille. Il existe aussi pas mal d'édifices publics, comme des postes (celle de la rue de Provence, par exemple), des casernes de pompiers, des écoles (le collège Modigliani, rue des Morillons) la station de métro des Lilas, le palais de la Mutualité, pour ne citer que ceux-là. Il convient aussi de se souvenir de banques fastueuses, de sièges de journaux, l'immeuble de la SEITA, le cercle sportif, rue de la Cavalerie, le Palais du Commerce dans le Xe Arrondissement... Et on a oublié Les Folies Bergères, le Gambetta Palace, le théâtre de la Michodière, majestueux Rex sur les Grands Bopulevard ou le modeste Champo au Quartier latin. Il y a aussi des restaurant aux décors fabuleux, comme le luxueux Prunier-Traktir et bien sûr la brasserie de La Coupole. En somme, les auteurs nous donnent et une leçon d'histoire et une leçon de style. L'éternel question de la nostalgie se pose avec toutes ces créations : bien sûr tout cela était merveilleux. Mais est-ce la cause d'une profonde nostalgie pour le moderne piéton de Paris, qui aura, c'est normal, un autre oeil que Léon-Paul Fargue ?




La Vaisselle de terre à Byzance, Véronique François, Louvre Editions / Somogy Editions d'Art, 172 p., 65 euro.

Quand j'ai feuilleté ce catalogue pour la première fois, le souvenir de mes cours sur les vases grecs à l'Ecole du Louvre, où je n'ai quasiment vu projeté sur l'écran que des tessons de toutes tailles me sont revenus! Tout cela pour dire qu'il contient pour l'essentiel des fragments de coupelles, de coupes, de plats, dépôts. Les pièces entières sont rares. On se rend compte travers ces échantillons souvent tardifs qu'il s'agissait d'un art assez rudimentaire et populaire. Le dessin est gauche quand il y a une figure, et aucun d'eux n'a pu servir une société aristocratique ni même de négociants aisés. C'était une production exécutée dans des villages. Mais ce volume est intéressant plus d'un titre, car on y apprend beaucoup de choses sur les voies commerciales des Byzantins en Méditerranée, de l'Italie l'Anatolie jusqu'au littoral du Liban actuel et aussi tout autour de la Mer Noire. Cela signifie que cette vaisselle n'a concerné que l'empire byzantin dans sa plus grande expansion. Ces plats conservés au livre représentent surtout des soldats. Peut-être qu'ils étaient réservés aux troupes. D'autres montrent des éléments décoratifs assez raffinés, avec es rinceaux et parfois des dessins de feuilles ou de fleurs. Quelques uns montrent des animaux, comme cette coupe blanche avec, au centre un lièvre stylisé sur fond rouge au centre. On découvre aussi un gobelet avec un monogramme. En fait, il y avait une grande diversité. Mais comme ces objets n'étaient pas précieux, et fragiles par définition, personne ne s'était soucié de les conserver. Seul le hasard des fouille sont permis d'exhumer ces restes. Ce qui est intéressant ici, outre ces pièces qui permettent de recomposer une topologie à travers les siècles, de comprendre aussi quels ont été les grandes voies commerciales de l'empire, et aussi de constater des faits significatifs : par exemple, que les Byzantins ne faisaient pas de descriptions des peuples et des mondes qui les entouraient. Cette absence complète de textes rend bien entendu difficile de savoir comment ils voyaient ce monde, l'inverse des Grecs et des Latins, qui ont laissé une importante littérature d'exploration, d'Hérodote à Pline l'Ancien et même au-delà. Autre question de relief soulevée dans l'ouvrage : l'histoire de cette collection au musée du Louvre. Elle a commencé se constituer assez tardivement, la fin du XIXe siècle. Cet intérêt naissant une époque où les recherches archéologiques étaient déjà très développées dans le monde, il est évident que les plus beaux spécimens ne se trouvent pas au Louvre. Au fond, on connaît bien mal la civilisation byzantine en dehors de son sublime art religieux, autant du point de vue de l'architecture que de ses mosaïques. Ses philosophes ont développé des théories esthétiques très subtiles et complexes, que ne connaissent que les spécialistes. Ce catalogue peut-être un bon moyen de commencer s'interroger sur les peuples qui ont pendant mille ans vécus à l'enseigne de ce vaste empire chrétien, défenseur de l'orthodoxie.




Deux remords de Claude Monet, Michel Bernard, « La petite vermillon », La Table Ronde, 240 p., 8,70 euro.

Voilà un bien curieux ouvrage, entre le roman et la biographie la plus véridique ! Michel Bernard a voulu commencer son récit sur la vie de Claude Monet en parlant des circonstances de la mort de Frédéric Bazille. Le benjamin du groupe impressionniste, malgré les efforts de son père, un riche négociant de Montpellier, pour le faire réformer, le jeune homme décide de s'engager et dans les zouaves de surcroît, un corps qui se trouve le plus souvent en première ligne. Il meurt quand l'armée de la Loire tente de désenclaver Paris, pendant la bataille de Beaune. On voit son père venir rechercher les restes pour pouvoir l'enterrer dignement dans le cimetière protestant de sa ville natale. On remonte un peu dans le temps et l'on assiste à la rencontre de Camille, la jeune modèle, avec Claude Monet. C'est elle qui pose pour La Jeune fille à la robe verte, le premier tableau que Monet présente au Salon en 1866 et qui l'avait fait remarquer favorablement. On en arrive assez vite à la guerre avec la Prusse et Monet décide de Paris à Londres. Le désastre militaire, l'abdication de Napoléon III, la Commune… Monet revient après tous ces drames et s'installe à Argenteuil. On découvre ses relations avec les autres peintres impressionnistes et avec Manet. L'auteur s'efforce de nous restituer ses sentiments profonds pour la nature. Mais son récit s'appuie sur la relation avec ses deux épouses, la première, Camille, morte sans doute à la suite des privation qu'ils ont dû endurer à partir de l'hiver 1873, à cause de la mévente des tableaux, la seconde, Claude, elle, va l'accompagner dans son irrésistible ascension au firmament de l'art. La manière dont est construit et pensé ce livre peut surprendre. Et même la manière dont il est écrit, un peu sentimental et s'attachant à des faits mineurs et pas à d'autres plus importants…. Mais pour qui ne sait pas grand chose de la vie de Monet, c'est tout de même une bonne introduction (tous les faits relatés sont authentiques).




Journaux intimes, Benjamin Constant, édition de Jean-Marie Roulin, Folio classique, 1152 p., 11,90 euro.

Qui lit encore Benjamin Constant (1767-1830) ? Plus grand monde. Ses romans, comme le Cahier rouge (1807, mais publié bien plus tard), Cécile (1811, posthume aussi), ou Adolphe (1816) ne sont plus des oeuvres qui suscitent intérêt et passion. Et pourtant, il a été un grand précurseur du roman psychologique. Il n' y a guère que l'essai de Stendhal, De l'amour (1822) qui semble faire écho aux plongées dans la psyché humaine en matière de sentiments de l'écrivain vaudois. L'homme politique, dont les études historiques sont légions, a effacé l'homme de lettres. La nouvelle édition de ses Journaux à l'occasion d'une commémoration (une maladie française !) passée tout à fait inaperçue, est pour bon nombre de lecteurs une vraie révélation. Il a créé un genre (sauf erreur de ma part), qui va peu à peu prendre racine, mais dans une ambiguïté complète, puisque l'intimité suppose le secret. Il faut ajouter néanmoins que Stendhal a commencé un journal en 1801, qu'il a tenu pendant vingt-cinq ans (il n'a été publié qu'en 1937) et que l'écrivain suisse Henri-Frédéric Amiel (1821-1881) en a rédigé un qui fait un colossal de quelques 16.000 pages, qui a paru par fragments à partir de 1882. C'est dire que l'idée était dans l'air (et il ne faut pas oublier le merveilleux Journal de Delacroix, lui aussi posthume, mais rédigé avec un soin infini). Avec le temps les journaux ont été écrits pour être divulgués - je prends l'exemple des Journaux d'André Gide, d'un ennui indéniable parce conçus pour une hypothétique postérité, ou ceux de Jean Cocteau, écrits dans la même intention. D'autres posent un véritable problème : les cahiers noirs de Franz Kafka, que celui-ci remet non à son ami Max Brod, qui sera son exécuteur testamentaire et plus tard son éditeur, mais à Milena Jesenska (celui-ci s'est empressée de les remettre à Brod, ne sachant trop qu'en faire). Commencer en 1804, son journal s'achève en 1815, avec les Cent Jours, où il rejoint l'empereur au terme d'une vie politique qui l'a vu révolutionnaire, partisan du Directoire et favorable au coup d'Etat de Bonaparte en 1799. Mais, grand ami de Mme de Staël, il n'adhère pas au Consulat et doit quitter la France dès 1801 et est condamné à l'exil deux ans plus tard, Mais il ne coupe pas vraiment les ponts et fréquente le premier cercle de l'empereur. C'est lui que Napoléon appelle pour rédiger une nouvelle constitution en 1814 ! Un an plus tard, après le désastre de Waterloo, il part en exil en Belgique et puis en Angleterre jusqu'en 1816, bien que le roi l'ait gracié plus tôt. Malgré son passé, il parvient à se faire élire sous la Restauration en 1819 et est réélu en 1822. En 1830, il est nommé président du Conseil d'Etat. Cet homme sort de l'ordinaire sans pourtant jamais renoncer à ses idées forces, qui sont libérales, défendant la liberté de la presse et désirant abolir l'esclavage. A toutes ces complexités de sa vie politique se mêlent celles de sa vie sentimentale, de Mlle de Charrière à la baronne de Cramm (Minna), jusqu'à son mariage secret avec Charlotte du Tertre en 1808, en passant par sa liaison avec Germaine de Staël de 1794 à 1810 (on suppose qu'il est le père d'Albertine), ses aventures amoureuses sont pour le moins embrouillées ! Son journal aborde tout ce qui le touche de près, dans sa vie publique, comme dans sa vie privée. Bien sûr, ces notes bien rédigée et souvent précises, ne tiennent compte que de ce qui l'occupe le plus au moment où il rédige ces pages. C'est dommage car il relate à qui il écrit, ce à quoi il travaille, ce qu'il pense qu'une question du moment ou d'une personne qui l'intéresse, raconte même certains rêves et fait le bilan d'une journée de travail. Malheureusement, la deuxième partie, à partir de 1804 se limite à de très rapides annotations. Quoi qu'il en soit, Benjamin Constant a été celui qui a donné sa véritable substance au journal intime, qui remplace les chroniques de Bussy-Rabutin ou de Saint-Simon et même de l'Histoire de ma vie de Giacomo Casanova. Il va au-delà des Confessions intimes de Rousseau, qui demeurent dans l'optique de l'autobiographie, avec sans doute la volonté d'aller plus loin qu'on ne l'a fait jusque là. Même rien ne peut être comparé à ces Journaux intimes, genre ambigu par excellence, je le répète, mais genre littéraire novateur sans aucune discussion. Après lui, il faut attendre des figures d'exception comme Jules Renard…




Esthétique de la création verbale, Mikhaïl Bakhtine, traduit du russe par Alfreda Aucouturier, préface de Tzvetan Todorov, « Tel », Gallimard, 448 p., 13,50 euro.

Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) est considéré comme le plus grand formaliste russe. Cet imposant recueil montre cet aspect de sa recherche, On comprend que sa pensée a beaucoup évolué au cours des années et il a abandonné ses thèses les plus radicales du début de ses recherches. Il faut cependant souligner que très vite il a pris ses distances avec les formalistes purs et durs. Il a commencé à publier ses essais quand il s'installe à Petrograd en 1924. La plupart d'entre eux, qu'on retrouve dans ce volume, ont paru bien plus tard, posthumes. Dans « L'Auteur et le héros », il insiste sur le fait qu'il faut absolument séparer l'auteur du héros du roman, qui n'est jamais un pur reflet de la réalité. Mais ce qu'il y a de plus curieux dans sa théorie, c'est qu'il souligne le caractère plastique de la création littéraire (il note combien il est fasciné par l'Autoportrait de Rembrandt). Il y aurait donc une dimension artistique, assez proche de la peinture, dans tout oeuvre littéraire. Cette volonté d'éliminer l'auteur de la création, c'est pour mettre en avant sa notion de polyphonie qui est, selon lui, le propre de l'art romanesque. Même le « héros biographique » est éloigné de sa propre image parce qu'il se place dans la perspective de la construction d'ensemble : il devient de ce fait l'« auteur-autre ». Dans le chapitre intitulé « Le Tout temporel du héros », il revient sur a problématique de l'auteur, qui doit être prise d'un point de vue exclusivement esthétique, fruit 'une vision artistique. Parmi les essais successifs, celui qu'il a appelé « Les genres du discours » est sans doute le plus passionnant. Il a profondément influencé les spéculations sémantiques et sémiologiques de l'après-guerre, particulièrement en France. Il faut se replonger dans ces écrits, même s'ils sont parfois d'une lecture ingrate. Ey aussi consulter son essai sur Dostoïevski et celui sur Rabelais, paru en 1965, représente chacun une somme admirable.




Portraits, Dezso Kosztolànyi, traduit du hongrois par Ibloya Viràg & la collaboration de Michel Orcel, Ibolya Virag / La Baconnière, 190 p., 16 euro.

Il me semble indispensable de remercier Ibolya Viràg de nous faire découvrir ce merveilleux écrivain hongrois. Elle n'est pas la seule à l'avoir publié (mais il y a eu un silence complet entre la publication de deux romans en français en 1944 et un renouveau d'intérêt à la fin des années 1980. Et c'est elle qui a fait le plus gros effort pour le faire connaître dans notre pays. De qui s'agit-il ? De Dezsö Kosztolànyi (1885-1936), sans doute l'un de splus grands écrivains hongrois de la première partie du XXe siècle. Il a été un journaliste important, des plus brillants, l'un des créateurs de la revue Nyugat en 1908, où il écrit sous le pseudonyme d'Ilona Görög. Il se lie avec le grand auteur juif hongrois Frigyes Karinthy et de Thomas Mann, qui préface son roman Néron, le poète sanglant en 1922. Il publie de nombreux romans, des nouvelles, des poèmes et continue collaborer de nombreux périodiques jusqu'à sa disparition. Ces Portraits, inédit jusqu'à ce jour, n'est pas un roman au sens strict, mais une suite de récits. Chacun d'entre eux est l'évocation d'une figure de la vie Budapest, le barbier, l'éboueur, le Tzigane, le cuisinier, le sténographe du palais de justice, le bibliothécaire, le modèle, le boulanger, la domestique, le sapeur-pompier, le fossoyeur, le garçon de café. Et puis, la fin, il y a l'écrivain. Cette image de l'homme de lettres est admirable de pénétration : tout tourne autour de l'idée qu'il n'y a rien dire de cet homme vide qui ne peut vraiment être connu que dans ses livres. Chaque portrait, peint avec humour, tendresse, ironie et un brin de malice, sert reconstituer le puzzle d'une capitale de l'Europe centrale. Ce n'est pas une vision sociologique qu'il nous apporte, loin de là, mais un esprit curieux qui tente, partir de détails et d'éléments parfois incongrus et étranges, de montrer comment chacun de ces métiers est vécu par ces hommes et ces femmes la fin des années 1920. C'est véritablement un grand livre, qui a une façon très personnelle de déclarer son amour à la ville où il vit, mais aussi à sa culture, et aux figures pittoresques qui constituent la société de son époque. A lire sans attendre !




Manuel d'exil. Comment réussir son exil en trente-cinq leçons, Velibor Colic, Folio, 240 p., 7,20 euro.

Enfin un roman écrit par un relativement jeune auteur qui soit à la fois original et qui possède un peu d'étoffe ! Et sans parler de son esprit caustique et de sa loufoquerie qui nous change de tous ces écrivains si appliqués et si imbus d'eux-mêmes. L'histoire est celle d'un ancien soldat bosniaque (il relate d'ailleurs quelques épisodes de sa vie militaire qui a été toute autre qu'héroïque, mai sans être non plus un anti héros, lâche et traître). Notre héros abandonne les armes et part ailleurs, loin de l'ex-Yougoslavie en pleine dérive. Il vit un exil qui n'est pas malheureux, même s'il n'a pas été facile. Il se retrouve Prague ou Milan. Mais c'est en France, à Rennes d'abord, qu'il parvient trouver un lieu où s'installer un temps. Mais il ne déroule pas un fil linéaire. On saute d'une année l'autre, d'une situation l'autre. Il ne pleure pas sur son sort. Au contraire il en tire des avantages, malgré  les nombreux obstacles et les déconvenues. Ce qui me frappe dans ce roman, c'est la capacité de son auteur a trouver des expressions jubilatoires et étranges, de nous étonner sans cesse, de trouver un ton et un rythme qui n'appartiennent qu'à lui. C'est écrit d'une façon à la fois plaisante et dérisoire. Il nous entraîne dans un univers un peu désireux d'êtres à la dérive comme lui, mais pour des fraisons très différentes : on a l'impression que la France est devenue une terre d'errance, ce dont beaucoup se plaignent et ce qui est pourtant une réalité que nous feignons de ne pas trop voir. La terre d'asile est une devenue une terre d'exils de toutes sortes. Maintenant qu'il écrit en François, Velibor Colic doit être suivi encore plus de près car il a du talent à revendre.




La Bolchevique amoureuse, Manuel Chaves Nogales, traduit de l'espagnol par Catherine Vasseur, Quai Voltaire, 160 p., 15 euro.

Le Double jeu de Juan Martinez, Manuel Chaves Nogales, traduit de l'espagnol par Catherine Vasseur, préface d'Andrès Trapiello, « La petite vermillon », La Table Ronde, 366 p., 8,70 euro.


Je dois avouer, le rouge aux joues, je ne connaissais pas même le nom de Manuel Chaves Nogales (1897-1944). Je découvre qu'il a une oeuvre importante, qui est pas mal marqué par les événements de son époque. J'apprends que c'était un opposant au franquisme et qu'il est mort en exil à Londres. Il a fait une carrière grands reporter : il est allé, entre autres, en Allemagne à l'époque du IIIe Reich et en Union soviétique. Je regrette un peu que la préface d'Andrès Trapiello ne soit pas plus copieuse, car il se limite, avec justesse, à nous dire l'essentiel. J'aurais bien aimé qu'il soit plus disert. J'ai commencé par lire ce bien étrange récit qu'est la Bochevique amoureuse. C'est une histoire qui est un trop démonstrative à mon goût, mais pas du tout inintéressante : en URSS, une femme entre deux âges Maria, a vécu avant la Révolution d'octobre. Elle est amie avec Xénia, qui, elle, est plus jeune, n'a connu que ce rouge paradis du socialisme. Les deux femmes sont éprises, pour des raisons différentes, du jeune Basile. Maria, parce qu'elle besoin d'être au contact de la jeunesse qu'incarne ce beau et robuste jeune homme, Xénia, elle est amoureuse. Ce ménage à trois, qui n'a rien de scabreux, explique le décalage complet entre les générations dans ce pays. Maria finit par sombrer dans la mélancolie et songe à mettre fin à ses jours. La petite nouvelle intitulée « L'Homme équivoque » est divertissante : un homme se rend à la Banque nationale et veut rencontrer le directeur. La rencontre a lieu et il lui montre un billet qu'il croit être un faux. Le directeur ne voit rien d'anormal. Mais il convoque ses spécialistes à la demande de l'inconnu qui doivent reconnaître la contrefaçon. On regarde dans le portefeuille de l'homme et dans la caisse de banque : il y avait d'autres faux. Le directeur ne veut pas que la nouvelle s'ébruite. Mais dès le lendemain, un grand quotidien ébruite l'affaire. Les autres journaux lui emboîtent le pas. Le gouvernement fait tout pour étouffer l'affaire. On finit par mettre la main sur l'individu qui avait colporté la nouvelle : ce n'était autre que le petit homme qui avait dénoncé la falsification. On lui demande pourquoi il avait fait ça, il répond que c'est lui le faussaire et il ne voulait que son oeuvre soit méconnue ! L'histoire de Juan Martinez, le danseur professionnel, est une sorte de grand périple échevelé dans toute l'Europe : il part de Paris en 1914, puis se rend Istanbul quand la guerre est déclarée. On le soupçonne d'être un espion et espère quitter l'Empire ottoman en passant par la Bulgarie. Plus tard, il se retrouve en Russie en pleine révolution et en décrit les joies et aussi les aspects terrifiants. Cette vie pour le moins agitée rappelle les grands romans d'aventure anglais du XVIIIe siècle, dont les héros allaient de Charybde en Scylla. C'est plein d'invraisemblances, mais c'est follement divertissant.
Gérard-Georges Lemaire
18-01-2018
 
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Verso n°110

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