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[verso-hebdo]
15-02-2018
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Reading de Chirico, sous la direction de Katherine Robinson Tornabuoni Arte / Forma, 258 p.

L'exposition présentée à la galerie Tornabuoni de Paris est une belle rétrospective en miniature, car on peut y découvrir des oeuvres de la période métaphysique, comme La Grande tour de 1915, jusqu'aux dernières années du peintre. D'une certaine manière, on peut avoir l'idée de toutes les périodes de la carrière du grand artiste italien, à l'exception de quelques unes. Même celle des gladiateurs est représentée. En premier lieu, dans ce catalogue, on peut remarquer qu'il n'a jamais tout à fait abandonné l'idée de la metafisca, ce qui lui a été beaucoup reproché. Mais il a été l'inventeur de ce genre de peinture et il l'a traitée ensuite d'une autre manière, surtout à mettant plus l'accent sur la picturalité. Le Troubadour de 1961 rappelle ses compositions avec mannequins qui ont suivi les Places d'Italie. Il n'a jamais complètement abandonné son oe ure passée, tout en explorant d'autres dimensions. Par exemple, il a, sur le tard, éprouvé une passion inattendue pour l'oeuvre de Rubens et s'est mis à la pasticher, en particulier en faisant des autoportraits, surtout en pied, dans des costumes anciens. De Chirico avait une faculté d'autodérision assez forte, mais son travail pictural, il le prenait très au sérieux. On trouve dans l'ouvrage un bel autoportrait. Il faut aussitôt parler de ses splendides natures mortes, qui peuvent passer pour un hommage à Gustave Courbet sur lequel il a écrit des pages tout à fait instructives. Et Les Filles de Minos (1933) et Les Divinités au bord de la mer (1935) sont de merveilleux exemples de la manière dont il considère les mythes antiques, avec amour, délectation et une certaine distance ironique, ne serait-ce que par son traitement, qui fait songer à une sanguine en rose et bleu. Ces toiles nous font comprendre qu'il n'a jamais abandonné la modernité comme on l'a tant répété, mais qu'il a su réutiliser des thèmes anciens et des manières de peindre d'autrefois dans un contexte qui manifestait sa conception de l'art moderne, à la fois onirique et pleine d'humour. Enfin, il faut signaler cette anthologie d'écrits de l'artiste, qui sont présentés en même temps que ces tableaux, des lettres, des livres, des pages sur l'art. Je regrette beaucoup que Monsieur Dudron, une oeuvre de fiction écrite en français, qui avait été enfin publié en France par mes soins n'ait pas été présentée dans ce choix, même si un fragment a été retenu par le commissaire de l'exposition. Mais il n'en reste pas moins que c'est un travail très bien fait et que le catalogue qui accompagne cet événement à la galerie Tornabuoni de Paris est vraiment une magnifique porte d'entrée pour accéder la connaissance de Giorgio De Chirico, des Gladiateurs aux Bains mystérieux, en passant par les Chevaux et les Mannequins.




Afrique, à l'ombre des dieux, collectif, Somogy Editions d'Art, 216 p., 39 euro.

Ce beau livre nous permet de découvrir un point d'histoire dont nous n'aurions pas pu imaginer l'existence : l'étroite interaction entre l'action des missions et l'ethnologie et la révélation des arts africains. La congrégation du Saint-Esprit a été fondée par Claude François Pouillard des Places à la fin du XVIIe siècle. Elle se donne très vite une vocation missionnaire. Le Saint-Siège lui la préfecture pastorale de Saint-Pierre et Miquelon et puis celle de la Guyane. Mais l'ordre est dissout en 1792, est rétabli en 1805 et puis de nouveau dissoute quatre ans plus tard. C'est Louis XVIII qui la fait renaître en 1816. Sous la conduite de François Lieberman, la congrégation du Saint Coeur de Marie développe l'évangélisation dans les terres lointaines, comme l'île de Bourbon et l'île Maurice. Puis des missions tente de s'implanter en Afrique équatoriale à partir de 1846. Celle-ci est intégrée à la congrégation du Saint-Esprit. Trente-cinq maisons sont créées en Afrique et quatorze dans l'océan Indien. Le père Henri Trilles, à la fin du XIXe siècle, lance des missions d'exploration. Il fait des photographies, s'intéresse aux murs et à la culture des peuples, surtout les Fang, qu'il a rencontrés. Il a entretenu des rapports étroits avec le géographe Charles Knapp, qui est responsable du musée d'ethnographie de Neuchâtel et lui envoie des masques et des reliquaires. Non seulement ce qui lui donne le père Trilles enrichit ses collections, mais permet d'avoir une connaissance plus profonde de ces cultures indigènes. Peu après Mgr Alexandre Legrand, ethnologue, poursuit cette recherche et le père Wilhelm Schmidt, fonde la revue Antropos, qui a eu un grand rôle dans les études sur cette partie de l'Afrique. En somme, ces missionnaires n'ont pas été dans ces régions seulement pour évangéliser, mais pour comprendre qui étaient ces hommes et ces femmes qui les peuplaient. Les photographies qu'ils ont pu prendre et les magnifiques objets qu'ils ont pu rapporter témoignent de leur volonté d'avoir une connaissance très approfondie de ce continent noir et cela bien avant que le monde de l'art ne commence à se passionner pour ces fameux masques qui ont eu une influence sur le fauvisme, l'expressionnisme, le cubisme et quasiment tout l'art d'avant-garde du début du XXe siècle. Cet ouvrage expose avec clarté le rôle joué par ces hommes d'église, qui n'est pas celui qu'on a pu croire : ils ont respecté la nature des croyances et des coutumes de ces populations, même s'ils devaient les convertir à la religion catholique : ils ne les ont pas convertis aux valeurs occidentales. Leur apport scientifique est fondamental. C'est là un livre fondamental pour comprendre comment l'art africain a pu être étudié en Europe.




Transbordeur photographie, Histoire société, n°2, Macula, 256 p., 29 euro.

Voilà sans conteste possible la plus belle et la plus intéressante revue de photographie qui existe en France. Cette deuxième livraison le confirme. Elle couvre tous les domaines : celui de l'histoire, celui de la technique et de la science, celui de l'art, et celui du témoignage social. Par exemple, on apprend que la célèbre galerie de la Boétie a organisé en 1919 une grande exposition de photographies de la Grèce dans le cadre du congrès de Versailles. L'introduction de Claire-Lise Debluë et d 'Olivier Lugnon donne bien le ton de ce numéro : ce qu'a signifié et ce que signifie aujourd'hui le fait d'organiser des exposition de photographies. Muriel Will examine avec soin les implications importantes de l'Exposition universelle de la photographie à Lucerne, qui a eu lieu en 1952. Ces articles semblent à première vue bien austères et réservés aux spécialistes. Mais il n'en est rien : bien sûr, le premier objectif de chaque auteur et d'apporter une contribution sérieuse à l'histoire delà photographie. Mais il est aussi de permettre à un public plus large de mesurer les problèmes que posent cette ^pratique, la présentation et la conservation des clichés, leur rôle dans l'histoire et dans la société. Je prends par exemple l'essai de Gabrielle Schaad intitulé « L'Homme ordinaire «  qui a est une étude sur l 'exposition d'Okamato Tarö à Osaka en 1970 lors de l'Exposition universelle. Son titre est déjà un programme : on y a fait l'éloge de Monsieur tout le monde. C'st l'antithèse de ce que a été l'Empire japonais jusqu'en 1945. L'auteur rappelé le contexte de l'époque (la fin de la guerre au Vietnam) et la volonté des organisateurs de détourner l'attention des événements internationaux. En somme, d'une question très spécifique peuvent être tirés des conclusions beaucoup plus larges et c'est qui se passe ici : on découvre ce qu'ont été les grandes tendances du Japon d'alors. Nous découvrons aussi les archives photographiques de la Kunsthalle de Bâle, qui se limite pas à la présentation de son contenu, mais aussi de tout ce qu'elles permettent de faire, de la recherche pure à l'atelier des enfants. En somme, nous avons entre les mains un outil merveilleux qui nous ouvre des horizons nouveaux sur une pratique qui va des arts plastiques à la simple documentation et qui a désormais envahi le monde globalisé. C'est une pure merveille pour sa présentation, ses documents et le choix de ses articles.




Ritratto del paradiso, Antonio Paradiso, prefazione di Gino Di Maggio, Mudima.

Ce magnifique album retrace les étapes de longs voyages effectués en 1970 et 1990 en Afrique subsaharienne, aux abords de l'immense désert. Il a choisi un camion Unimog Mercédès, semblable à celui qu'a utilisé le maréchal Rommel quand il a combattu les Anglais et les Français avec l'appui des forces italiennes entre la Lybie et l'Egypte dans l'espoir de s'emparer du canal de Suez. De tous ces périples dans les zones arides, il est allé à la rencontres des ces civilisations noires qui vivent aux franges de ces immenses études qui donnent une image puissante du néant. Il a voulu ne négliger aucun aspect de ces mondes lointains : les hommes et es femmes dans les rues des villages, leur architecture, souvent étrange et fascinante, la rencontre entre la culture traditionnelle et la culture moderne, les masques rituels pendant les cérémonies, pour montre qu'ils appartiennent à un présent du sacré, qui n'existe pas en tant qu'oeuvre d'art dans le sens que les Occidentaux donnent à ce terme, mais un art qui a partie liée à la vie et à la transcendance. On découvre aussi des dessins rupestres taillés dans le roc, toutes ces étendues sableuses qui sont les frontières de leur habitat, en somme toutes les richesses de ces terres déshéritées et pourtant si pleines d'une vie intense. Antonio Paridiso a constitué une sorte d'encyclopédie de tout cela, mais sans classement et sans volonté didactique. Il nous fait découvrir chaque chose, chaque être humain somme le moindre commentaire. Le commentaire se trouve dans la photographie. Tout y est dit et le reste est livré aux commentaires de l'ethnologue qui n'a pas sa place ici. Ce livre est de toute beauté et nous oblige à réviser bien des idées toute faites (et indéracinables) sur les sociétés noires, qu'on jugé avec mépris en les considérant arriérés par rapport à nous. Quelle tragique erreur !




Latitude Longitude, 2001-2016, Diego Esposito, Collectif, Mudima 208 p.

Diego Esposito (né à Teramo en 1940) est un de ces artistes italiens qui ont voulu jouer sur plusieurs plans différents. Il a développé une peinture qui est marquée par un désir de développer de nouvelles dimensions dans l'écriture de l'abstraction dans une écriture issue du minimalisme. Et dans la sphère de la sculpture, il a associé land art et arte povera. Cet ouvrage recueille les différents moments d'une aventure esthétique qui est de créer une oeuvre qui soit la métaphore (en acte) du fait que la terre soir le reflet du ciel comme l'avait avancé les Anciens et les théologiens du Moyen Age. Il a, pour ce faire, utilisé un bloc de pierre irrégulier dans lequel -il a découpé une cavité pour y insérer un miroir. Ce dispositif, il l'a installé en différents points du globe, à Marseille, à Lima, à Còrdoba, à Shangai, au Centre pour l'art contemporain Luigi Peci à Prato en 2001, sur l'île de S. Giorgio Maggiore à Venise en 2016 et un an plus à Koyasan, dans le temple de Muryokoin. C'est sans doute de toutes ces installation la plus frappante : l'oeuvre se trouve en osmose à l'idéal du jardin japonais, qui est une représentation minérale, aquatique et végétale, de l'univers. On a le sentiment qu'elle fait partie intégrante de ces compositions complexes et d'une grande beauté, qui instaure un ordre idéal entre les différents éléments et aussi entre l'humain et le transcendant. Ainsi, l'artiste a déplacé le centre de gravité de cette terre afin qu'elle puisse retrouver l'absolue harmonie avec ce cieux qui abritent tant de corps célestes et aussi la notion de divinité. Ce livre est d'abord un reportage complet de cette pérégrination esthétique et métaphysique, qui a fait le tour du globe.




L'Apologie de la paresse, Clément Pansaers, Allia, 64 p., 6,20 euro.

Clément Pansaers (1885-1922) est considéré par beaucoup comme le fondateur de Dada en Belgique. Ce n'est pas tout à fait exact, car c'est à Paris qu'il est parti pour exprimer une pensée libertaire exacerbée et s'est installé définitivement en 1921. Né dans les Flandres, se parents le destine au séminaire. Il y étudie jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. Il doit alors être ordonné sous-diacre. Il prend les jambes à son cou et rompt avec sa famille. Il se marie un an plus tard et travaille à la Bibliothèque royale. C'est en 1916 qu'il commence à écrire de la poésie. Pendant la Grande Guerre, il rencontre le grand critique d'art allemand Carl Einstein, qui l'influence beaucoup. Il crée la revue Résurrection en 1917 et y publie de sauteurs de tous les horizons, de Pierre Jean Jouve à Franz Werfel en passant par Charles Vitrac et Carl Einstein. Elle ne dura pas un an avec six numéros. En 1917, il finit de composer l'Apologie de la paresse, dont un extrait a paru en 1920 dans la revue Haro ! avant d'être imprimé dans son intégralité par les éditions Ça ira ! un an plus tard. Ce livre qu'on peut regarder comme une sorte de manifeste -, mais le manifeste d'un refus et d'une dérision de tout, est sans doute le texte dadaïste le plus virulent de tous. Il tourne les valeurs anciennes et les valeurs les plus modernes. La paresse est une vue de l'esprit et non un éloge du farniente. C'est une révolution qui réfute toutes les métaphysiques, toutes les idéologies et même la sacralisation du travail par les socialistes. Dada est libertaire, mais Dada est nihilisme et sans cause à défendre, pas même la sienne. Ces pages sont une vraie cure de jouvence pour nos esprits qui se retrouvent tout à coup amorcer une sorte de chasse aux sorcières contre les perversions et les abus de pouvoir, qui se traduit par un retour à l'ordre moral. A Paris, il a des rapports privilégiés avec Francis Picabia, mais rejoint le groupe constitué par Breton et ses amis. Il a été le premier à dénoncer les penchants autoritaires, sinon dictatoriaux de ce dernier. Il meurt à l'automne de 1922 de la maladie de Hodgkin. A Bruxelles.




La Vie de Monsieur Pascal, suivi de La Vie de Jacqueline Pascal, Gilberte Périer, préface de Sylvie Robic, Rivages poche, « La Petite Bibliothèque », 192 p., 8,20 euro.

Cette biographie de Pascal écrite par sa soeur aînée, publiée en 1622, peu après le décès de ce dernier, a d'abord été réservée à un cercle étroit, celui de la famille et des adeptes des thèses de Port-Royal. Il y eut par la suite une édition non autorisée qui est sortie à la fin du XVIIe siècle ; par la suite, elle a accompagnée toutes les parutions des Pensées ou des OEuvres de Blaise Pascal. Gilberte Périer n'a pas fait le choix d'entrer dans les ordres et de suivre à la lettre les préceptes de Jansénius et du Grand Arnauld. Mais comme toute sa fratrie, elle adhère pleinement à cette réforme sévère la religion catholique, qui a été immédiatement attaquée comme étant hérétique. Elle relate avec admiration et sentiment les jours de son illustre frère, le montre comme un grand savant, mais aussi comme un homme très attachée à la religion, qui semble la pratiquer d'une manière presque excessive, mais en se montrant juste et bon. Le portrait qu'elle en fait est celui d'un parfait janséniste dans le monde séculier. Ce récit nous fait comprendre deux choses fondamentales, la première étant que l'auteur des Provinciales a été longtemps malade et que pendant ses dernières années, cela l'a empêché d'écrire et plus généralement de travailler ; la seconde, est que ses souffrances physiques l'ont conforté dans sa volonté de respecter l'enseignement de ces réformateurs qui voulaient revenir à une pratique purifiée du catholicisme. La vie de Jacqueline Pascal, soeur cadette, de l'écrivain, qui prend le voile et devient Sainte-Euphémie, montre à quel point la théologie de Port-Royal a eu un fort ascendant sur tous les membres de la famille. Ce recueil est un excellent moyen de mieux comprendre Blaise Pascal, le sens de sa philosophie, et son destin et l'inachèvement de ses recherches scientifiques et de la rédaction lacunaire des Pensées, qui a été mises en forme après sa disparition.




Mon quartier, Léon-Paul Fargue, Folio, 96 p., 2 euro.

Les textes réunis dans ce volume sont tirés du Piéton de Paris, l'ouvrage le plus célèbre de Léon-Paul Fargue. Le premier qui a donné son titre à ce recueil, évoque le quartier de La Chapelle où l'écrivain est né et a vécu une partie de sa jeunesse, non loin de la gare de l'Est. Il parvient à relater ses souvenirs et ces promenades dans ce coin de la capitale avec la même intensité que les plus grands auteurs de romans d'aventure. Ce qui est fascinant dans sa prose, c'est que le merveilleux naît des rues les plus écartées et les moins charmantes. Il traque le sentiment poétique bien avant les surréalistes dans les zones les moins appréciées. Puis on se retrouve dans le Marais, qui n'était pas encore restauré et rupin comme aujourd'hui, et à Saint-Germain-des-Près qui était devenu un centre névralgique de l'intelligentsia avec ses grands cafés alors très courus. Enfin, il nous invite à notre promener sur les quais de la Seine, tout un autre univers, toute une autre sensibilité. Léon-Paul Fargue a été un grand écrivain et sa prose est une splendeur, qui a quelque chose de profondément magique, au-delà de sa douce ironie et de son regard parfois sceptique sur les choses.




Les Berceuses, Federico Garcia Lorca, traduit de l'espagnol par Line Anselem, Allia, 78 p., 6,20 euro.

Voilà une bien curieuse conférence du grand poète espagnol, puisqu'il y a entretenu son public sur la question de la berceuse. Ce texte a parue en 1942 à Buenos Aires dans ses OEuvres complètes. Mais nous ignorons à quelle date cette conférence a été prononcée. Quoi qu'il en soit, il s'est intéressé à ces formes de la culture populaire pour parvenir jusqu'aux racines de traditions universelles. Il entend surtout mettre en évidences ce que les berceuses espagnoles ont de spécifiques. Il les considère comme étant profondément mélancoliques, et même tristes, comme si ces petites ritournelles devaient exprimer une pensée tragique. Sans doute a-t-il forcé le trait car, à travers les exemples qu'il fournit, on ne perçoit pas toujours cette vision noire transmise par les berceuses, en particulier en Andalousie. Il est vrai qu'il y en a de très sombres. Sans aucun doute a-t-il voulu mettre en relief l'esprit de ce pays qui aime le pathos et le cultive, selon lui, depuis la plus tendre enfance. En tout cas, il a mis en lumière une histoire dont on disserte peu en général quand on s'occupe de poésie ! Ces pages sont remarquables car elles nous révèlent aussi un autre aspect de Federico Garcia Lorca, des plus inattendus.




1929, Louis Aragon, Benjamin Péret, Man Ray, Allia, 48 p., 6,20 euro.

Ce petit recueil baptisé 1929 n'est pas beaucoup pris en considération. A l'époque de sa parution (215 exemplaires au total), il n'a pas eu le temps de faire scandale : il a aussitôt été saisi. Il a pourtant une portée historique : c'est là une rupture totale avec la célébration de l'amour fou par André Breton, qui était malgré tout assez conformiste en la matière. L'érotisme sans frontières qui est dévoilé par ces quatre poèmes (qui correspondraient aux quatre saisons) est une critique virulente et sans appel de cette conception sacralisée de l'amour telle qu'on la découvre dans Nadja. Le surréalisme était battu en brèche par ces poésies sulfureuses qu'on a pu découvrir que bien plus tard. Man Ray a fait des photographies très osées de Kiki de Montparnasse, qui n'était guère pudique et les deux écrivains s'en donnent à coeur joie ! Ce ne sont que quatre petits poèmes et quelques clichés de Man Ray. Mais le tout a un poids dans l'histoire de la pensée en France entre les deux guerres. Georges Bataille, avec la revue Acéphale, va lui aussi défendre une autre vision de l'érotisme en marge du mouvement surréaliste, suivi par Pierre Klossowski et André Masson. André Breton n'a alors plus à ses côtés que l'imprévisible Salvador Dalì qui, lui aussi, va mettre en scène ses plus effarants fantasmes érotiques. Son petit monde enchanté prenait eau de toutes parts. 1929 est donc une date capitale et tout amateur du surréalisme se doit de le connaître.




L'Echarpe rouge, Yves Bonnefoy, Folio, 288 p., 7,25 euro.

Yves Bonnefoy (1923-2016) s'est fait connaître par sa poésie, publiant son premier recueil en 1953 au Mercure de France, Du Mouvement et de l'immobilité de Douve. Après avoir adhéré au groupe surréaliste reconstitué après guerre, il s'en sépare rapidement et s'oriente vers une poésie plus conventionnelle. Son oeuvre a plus à l'université, qui la vénère encore aujourd'hui. Le bon peuple et même l'intelligentsia se sont montrés ou indifférents ou peu réceptifs. Bonnefoy a joui d'une grande réputation. Il a aussi fait des études sur Shakespeare, qu'il aussi traduit et aussi sur Pétrarque et Leopardi. Il a dirigé aux éditions Flammarion la collection «  Idées et recherches », qui a été très importante, introduisant des auteurs comme Erwin Panofsky et Jurgis Baltrusaitis. Il aussi beaucoup écrit sur les artistes, de Chillida à Bram van Velde. L'Echarpe rouge est un petit recueil d'oeuvres de fiction en prose. La nouvelle qui donne son titre au livre est l'histoire d'un auteur (Bonnefoy en l'occurrence) qui retrouve un poème d'une centaine de vers qu'il a laissé de côté et qui lui avait suggéré une courte nouvelle. Ce texte raconte les efforts qu'il fait pour la rédiger, les échecs qui se répètent pour la conclure et, en même temps, des épisodes, des bribes, de souvenirs, dont on ne sait s'ils sont vrais ou imaginaires. Cela le conduit à revenir aux terres de son enfance et à sa vie familiale. Tout cela est bien convenu et aussi bien laborieux. Et puis assez nombriliste, car il conçoit sa vocation littéraire comme une sorte de prédestination. Réservé aux inconditionnels ! Les autres, plutôt s'abstenir.
Gérard-Georges Lemaire
15-02-2018
 
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