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[verso-hebdo]
29-03-2018
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Picasso, si jamais je mourais
Voici donc le deuxième tome du roman biographique consacré à Pablo Picasso par Sophie Chauveau, qui achève de cerner l'inimaginable cruauté du monstre (avec ses femmes, ses enfants, ses amis, ses employés, ses marchands...) et de décrire l'extraordinaire fécondité de celui qui a peut-être bien réussi à tuer la peinture. Sa lecture m'a d'autant plus passionné que j'ai eu l'occasion de rencontrer certains des personnages mis en scène par Sophie Chauveau : Pierre Daix, Hélène Parmelin, Edouard Pignon. Le point commun de ces trois-là était frappant : ils ne pouvaient parler que de Picasso ! Daix avait toujours de nouvelles anecdotes à propos d'Aragon (son patron aux Lettres Françaises) dans ses relations compliquées avec le maître de Mougins. Quant au couple Parmelin-Pignon, il était à proprement parler intarissable. Je me souviens d'une conversation commencée vers 15 heures dans l'atelier de la rue des Plantes : ils ne pouvaient arrêter de parler de celui qui était « l'or de leur vie », la nuit était tombée et ils continuaient à l'évoquer dans l'obscurité sans penser à allumer l'électricité ! Picasso exerçait sur tous ceux qu'il rencontrait un pouvoir de fascination qui ne pouvait cesser qu'avec la mort.

Les Parmelin-Pignon se croyaient les intimes les plus proches de Picasso (Hélène a évoqué leurs innombrables soirées « ivres d'amitié »). Ils seraient désespérés en lisant Sophie Chauveau racontant comment Picasso les avait instrumentalisés pour lui tenir compagnie pendant ses nuits d'insomniaque. Devenu très vieux et sénile, il pouvait se croire volé : un Degas ayant disparu, il fallait que Jacqueline le recherche d'urgence, pendant que Pablo accusait son camarade du Parti Edouard de s'en être emparé. A propos de Jacqueline, la dernière épouse, les analyses de Sophie Chauveau sont d'une particulière acuité : « La fin se joue entre Jacqueline et lui. Aux yeux des rares visiteurs, semble s'être installée une haine mouchetée, un mensonge tissé d'abnégation d'un côté, de dépendance hargneuse de l'autre... »

Venons-en à Pierre Daix, l'incontournable spécialiste du maître depuis les années 50 jusqu'à sa mort en 2014. Sophie Chauveau ne s'est pas laissée impressionner : « Il y a encore Pierre Daix, plus jeune et plus récent, avec qui il se sent en liberté au point de lui laisser voir ses angoisses, ce qui fait glisser le rigoureux biographe en un hagiographe de plus. » Pierre Daix, un hagiographe de plus ? Diable ! C'est cela, Sophie Chauveau, une lucidité capable de juger les acteurs de son drame sans concessions, et de disséquer au scalpel les grandeurs et les misères de son modèle. Son livre est en effet tout sauf une hagiographie : sur la vie privée, la cause est entendue, elle a ses raisons de haïr Picasso. Mais sur la production artistique aussi. Après des pages magnifiques d'enthousiasme pour les trouvailles du génie, elle n'est pas dupe de la dernière période. Je ne vois que David Sylvester pour avoir compris aussi bien qu'elle les ressorts cassés du démiurge en fin de course. Il décrit « l'incapacité du vieux peintre » à posséder charnellement le modèle, ce qui « le rend ridicule jusque dans ses efforts pour le représenter, mais il continue tout de même... » Sophie Chauveau parle avec une étonnante justesse du vieil artiste qui continue tout de même. Une fois de plus, elle démontre un don exceptionnel de pénétration dans l'oeuvre des grands artistes, un don qui n'appartient qu'à elle.

Editions Télémaque, 320 pages, 19,90 euros.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
29-03-2018
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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