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[verso-hebdo]
05-04-2018
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Corot et le paradoxe d'une passionnante exposition
Vous avez jusqu'au 8 juillet pour ne surtout pas manquer la passionnante exposition consacrée à Corot par le musée Marmottan-Monet. Sous le titre Corot, le peintre et ses modèles, le commissaire, Sébastien Allard, construit une remarquable démonstration. Il ne s'agit pas seulement de faire voir que Camille Corot fut un peintre de figures aussi important que le paysagiste, il s'agit de situer avec précision ce grand artiste assez méconnu parmi ses pairs, Delacroix, Manet et Courbet. Le paradoxe est que l'auteur s'appuie, dès le début de son étude et tout au long de ses raisonnements, sur un tableau décisif, un chef d'oeuvre qui ne figure pas dans l'exposition ! En 1859, six ans après les Baigneuses de Courbet (Musée Fabre, Montpellier) et quatre ans avant Le Déjeuner sur l'herbe de Manet (Musée d'Orsay), Corot réalise le merveilleux Paysage avec figures dit aussi La Toilette dont nous saurons seulement qu'il appartient à une « collection particulière » qui ne l'a pas prêté pour l'exposition. Heureusement, il est abondamment reproduit dans le catalogue parmi les « figures ».

Sébastien Allard rappelle d'abord que le grand critique allemand Meier-Graefe, dans son essai fondamental sur Corot de 1913, centrait ses analyses sur les figures, non les paysages, retissant à partir d'elles les liens du peintre non seulement avec la tradition (Rembrandt, Vermeer, Raphaël et Greco) mais aussi et surtout avec Delacroix. Pour Allard, il n'est pas question d'établir si Corot doit être rattaché à la tradition ou à la « nouvelle peinture » du temps (c'est-à-dire l'impressionnisme), question vaine puisque toute la génération romantique à laquelle appartenait Corot a vécu cette ambivalence. Or les recherches de Corot culminent au Salon de 1859 : il y présente La Toilette par laquelle il parvient « à un équilibre parfait non seulement entre le paysage et les figures, mais aussi des figures entre elles. » Il s'agit d'un moment capital dans l'histoire de l'intégration du modèle dans le langage de la peinture, c'est-à-dire à sa « picturalisation », avant la tentative fameuse de Manet en 1863, et bien avant les Baigneuses de Cézanne.

L'exposition présente plusieurs nus de Corot, en particulier Marietta ou L'Odalisque romaine, petite huile sur papier de 1843 dont la pose évoque La Grande Odalisque d'Ingres. Corot étire le corps, insiste sur le déploiement de la jambe. Mais ce nu n'est pas une allégorie, c'est une femme. « Il s'agit là d'une des oeuvres les plus modernes de l'artiste, anticipant de plusieurs dizaines d'années les recherches d'un Picasso ou, plus tard, d'un Balthus » précise Sébastien Allard avant d'en revenir à La Toilette, « l'oeuvre la plus ambitieuse, celle qui fusionne à l'échelle la plus monumentale la figure et le paysage et le pivot autour duquel s'articule l'exécution de ses nus. » Nous étions en 1859, quatre ans après la consécration de Delacroix et Ingres à l'Exposition Universelle de 1855, mais aussi la contre-manifestation provocatrice de Gustave Courbet avec son Atelier présenté dans un bâtiment provisoire. Corot montrait qu'il n'était pas un simple paysagiste. Il répondait de toute évidence aux Baigneuses de Courbet qui avaient fait scandale au Salon de 1853. Il allait récidiver à l'Exposition Universelle de 1867 où La Toilette (dont on remarque que le nu central reprend à la verticale la pose horizontale de Marietta) aurait dû, par son équilibre parfait et sa complexité maîtrisée, le mettre à égalité entre les deux monstres sacrés de l'époque (Ingres et Delacroix) dans le panthéon des peintres français. Ce ne fut pas le cas, et cela aurait été réalisé par l'exposition de Sébastien Allard si seulement il avait pu se faire prêter le chef-d'oeuvre en question !
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
05-04-2018
 
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Verso n°108

L'artiste du mois : Marie Morel

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