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[verso-hebdo]
11-05-2018
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Deux témoins capitaux : Gérard Fromanger et André Velter
J'ignore si mes amis Gérard et André se connaissent, mais ils ont de forts points communs. Tous deux sont des figures essentielles de leurs mondes respectifs : la peinture pour Fromanger, la poésie pour Velter. Mais le premier compte, dans l'histoire de sa vie, de grands poètes : Prévert, Aragon et Jouffroy, et le second a noué des relations intimes avec de grands peintres : Zao Wou-ki, Rebeyrolle et Velickovic. Tous deux se caractérisent par un mélange de talent exceptionnel et de charisme qui a fait d'eux, qu'ils le veuillent ou non, des leaders et des responsables. Les voici l'un et l'autre devenus des septuagénaires : il est temps pour eux de se souvenir et de témoigner. Gérard Fromanger a raconté toute sa vie à Laurent Greilsamer (Fromanger, de toutes les couleurs, Gallimard témoins de l'art, 234 pages, 25 euros). Quant à André Velter, il ne relate qu'un seul jour de sa vie, mais essentiel : le 23 juillet 1984 il a rendu visite à René Char dans sa propriété des Busclats à L'Isle-sur-la Sorgue, sous le regard photographique de Marie-José Lamothe (René Char allié substantiel, Le Passeur éditeur, 160 pages, 18 euros).

Les deux livres ne se ressemblent pas, mais ils témoignent, et ces témoignages sont capitaux. Avec Gérard Fromanger, c'est toute l'histoire de l'art en France depuis le début des années 60 qui se déroule, racontée sur un ton confidentiel et souvent humoristique à un rythme haletant. La franchise est totale pour parler à la fois du processus de création et des rencontres qui jalonnent la vie de l'artiste. On attend, bien sûr, les portraits de Jacques Prévert, Michel Foucault, Gilles Deleuze ou Félix Guattari qui, tous, sont tombés sous le charme du peintre et tous ont écrit sur son oeuvre. Une oeuvre exigeante, difficile, toujours en avance, qu'ils ont contribué à rendre lisible. Il y a aussi ceux qui, hier comme aujourd'hui, ne comprendront jamais rien au travail de Fromanger : son portrait d'Aimé Maeght est à cet égard particulièrement réjouissant. Fromanger dit toujours la vérité, mais n'est jamais méchant, il ne donne le nom d'une personne qui ne lui a pas fait de bien qu'une seule fois, pour décrire la manière dont Karl Flinker, après avoir promis de l'exposer, à manqué assez piteusement à sa parole. On apprend des tas de choses inédites dans ce livre foisonnant, par exemple que la célèbre affiche de l'atelier populaire des Beaux-Arts en mai 68 : « la police s'affiche aux Beaux-Arts, les Beaux-Arts s'affichent dans la rue » était de Fromanger lui-même. A lire d'urgence.

Quel jeune poète n'a pas rêvé de rencontrer René Char ? André Velter a attendu d'avoir la trentaine, à un moment où sa stature littéraire était déjà solide, pour adresser en 1977 un de ses livres au monstre sacré de L'isle-sur-la-Sorgue (en l'occurrence, non pas un poème mais l'important Livre de l'outil) et recevoir aussitôt une réponse qui a dû l'enchanter : « Cher Monsieur, qui ne vous envierait ce livre magique... ? » La lettre du maître était du 27 mars. Un mois plus tard Velter lui écrivait à nouveau : « votre lettre m'a comblé ; et c'est une joie si vive, comme on le dit de l'air, qu'elle rend un peu ivre et qu'elle me vole les mots... » Une correspondance de plus en plus amicale s'établit alors, qui aboutit à la rencontre du 23 juillet 1984. René Char a alors 77 ans, et André Velter 39. Il fait beau, Char aime bien partager une bouteille de muscat frais dans le jardin (malgré les interdits de ses médecins) et les deux hommes parlent. Marie-José Lamothe n'a pas de magnétophone, mais ce que ses photographies enregistrent bel et bien, c'est la complicité croissante des deux poètes, leurs découvertes réciproques. Ainsi l'heureuse surprise du couple Velter-Lamothe, qui passait alors la moitié de l'année dans l'Himalaya, en découvrant que Char connaissait fort bien Milarépa, le grand poète tibétain dont Marie-José allait entreprendre la traduction des Cent Mille Chants. Le texte d'André, la correspondance, les poèmes dédiés à René Char offrent un précieux document d'histoire littéraire. Trente ans après, l'hommage de Velter au géant disparu, nous communique son émotion : « La mort serait-elle sortie du bois, l'urgence n'a pas à rendre les armes... »
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
11-05-2018
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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