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[verso-hebdo]
10-01-2019
La chronique
de Pierre Corcos
Salgado, clameurs et malheurs du monde
L'individu occidental des classes moyennes ou aisées et vivant dans les grandes villes reprendrait parfaitement à son compte la phrase célèbre de Wittgenstein, « le monde, c'est mon monde ». Si informé qu'il soit, cet individu occidental a tendance à amplifier sa propre importance, généraliser sa condition socioéconomique et sa représentation du monde... Mais, lorsqu'un photographe comme Sebastião Salgado, parcourant la planète, lui montre, en imposantes photographies noir et blanc, les immenses foules indiennes, les masses africaines miséreuses, et un peu partout les désastres humanitaires, les guerres et les génocides lointains, les innombrables travailleurs sans aucun droit, les mouvements gigantesques de migrants, alors, en même temps que le monde ne se réduit plus seulement à son monde, que l'ego de cet homme moyen occidental immédiatement rapetisse ou se relativise, sa commisération grandit.

Pour sa grande saison En Droits !, le Musée de l'Homme célèbre pendant six mois le texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme à travers expositions, colloques, performances et projections. Parmi les expositions illustrant neuf de ces droits humains fondamentaux, en général méconnus, l'exposition du photographe brésilien impressionne le visiteur en 35 photographies seulement, qu'il a sélectionnées avec son épouse Lélia Wanick Salgado, commissaire de l'exposition. Déclarations est visible jusqu'au 30 juin au Musée de l'Homme... Des photographies grand format de centres de détention, camps d'accueil, foyers pour miséreux, foules impressionnantes, etc. Accompagnées de renseignements factuels très précis et surmontées d'articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme, dont l'énoncé jure évidemment avec ce qui est montré, ces photographies en argentique ont la double caractéristique de leur qualité d'exécution et de leur percutant témoignage. Salgado soigne toujours le « grain » de la photographie, les valeurs intermédiaires, le riche nuancier des gris, évitant ainsi l'effet de dramatisation que provoqueraient des contrastes brutaux dans la balance des noirs et des blancs. La thématique d'ensemble de ces clichés est clairement inspirée par un humanisme engagé, qui prendrait le risque permanent d'être mis en question par d'autres cultures et d'autres valeurs. La divergence entre la douceur, la subtilité des gris et la « noirceur » de ce qui est évoqué a valu au photographe brésilien quelques critiques. Comment, les immondices délicatement saisies entre des pattes de colombe ?... Mais ces critiques ne témoignent-elles pas d'abord - plus que d'un débat esthétique et idéologique - d'un agacement jaloux devant la multiplicité de ses récompenses et distinctions officielles ? Ou alors devant la gestion avisée (il a créé dès 1994 Amazonas Images, une agence de presse entièrement vouée à sa production) d'une oeuvre prolifique et didactique ?

Attardons-nous sur cette remarquable photographie qui montre le camp de réfugiés de Benako en Tanzanie. Plus d'un million ( !) de réfugiés s'y entassèrent en 1994, aussi bien Hutus que Tutsis, fuyant l'horreur du massacre génocidaire... Le premier plan, net et précis, laissant voir une touchante scène d'amour enfant/mère, contraste avec le second, que la poussière levée par le vent et l'indistinction de la multitude rendent flou. Une ambiance d'irréalité ou plutôt d'anhistoricité nimbe l'oeuvre qui peut ressembler à une scène biblique sous un ciel d'incendie. La démesure de ce malheur collectif nécessitait une image qui atteigne l'ampleur du mythe... Le 22 juin 1979, les 308 résidents du foyer SONACOTRA furent expulsés brutalement par les CRS : sur cette autre photographie, un enfant noir, assis dans la pelouse avec son chien nous interpelle du regard, les sourcils froncés, tandis qu'à l'arrière-plan, une rangée de CRS impavides semblent converger vers lui ou le cerner. Cette menaçante et pathétique scène contrevient à l'article de la Déclaration qu'on peut lire au-dessus... Au fur et à mesure que le visiteur confronte ce qu'il voit dans les photographies de Salgado à ce qu'il lit en grosses lettres au-dessus, la dimension formelle de cette Déclaration universelle des droits de l'Homme - adoptée il y a 70 ans par l'Assemblée générale des Nations Unies - s'impose à lui, et trahit son absence de portée juridique concrète autant que son insuffisance matérielle. Belle proclamation des droits humains piétinée par la violence du monde ! L'exposition de photos Déclarations se présente donc comme un ironique rappel.

Cette trentaine de photographies, prises sur quarante ans un peu partout dans notre planète hurlante de malheurs collectifs, de violences et d'injustice, pourraient être aisément remplacées par d'autres clichés, sans doute plus actuels mais exhibant une détresse, des calamités et catastrophes aussi effroyables. Rien n'a changé de ce point de vue-là, ou si peu ! Comme le reconnaît Salgado, « seules, mes photos ne peuvent rien ». Certes, il faut également des rapports, études, témoignages, de fortes paroles et surtout une volonté politique... Mais lorsque certaines photographies de Salgado se plantent dans la conscience égocentrée et satisfaite de l'individu aisé des métropoles occidentales, dards crevant ses oeillères, elles sont venues, messagères visuelles et sonores, porter un peu le cri de la misère du monde.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
10-01-2019
 
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Verso n°114

L'artiste du mois : Sergio Birga

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