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[verso-hebdo]
21-02-2019
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Cristina Toledo, artiste émergente de la scène espagnole
A 33 ans, Cristina Toledo s'affirme aujourd'hui comme une des plus intéressantes artistes-peintres de la scène espagnole. Née à Las Palmas de Grande Canarie, elle a participé en 2017, dans sa ville natale, à une importante exposition d'artistes « post-conceptuels » (Centre de culture contemporaine San Martin) et, la même année, la galerie Javier Silva de Valladolid présentait sa série Sacrifice sur le thème de la condition féminine. On y remarquait en particulier un tableau représentant les chevilles enchaînées d'une femme juchée sur des chaussures à talons hauts. La voici à Madrid, Galeria Tournemire, avec une exposition intitulée L'émotion séquestrée (jusqu'au 13 avril) qui offre une méditation sur le monde des émotions non exprimées à travers une quinzaine de peintures puissamment figuratives réalisées à partir de photographies de l'époque Victorienne. C'est en effet au cours des soixante années du règne de la reine Victoria que la photographie est apparue et s'est extraordinairement développée, notamment en raison de son usage domestique dans le milieu des classes possédantes.

Diplômée de l'Ecole des Beaux-Arts de la Complutense de Madrid, Cristina Toledo utilise sa maîtrise des techniques les plus traditionnelles de l'art de peindre pour faire passer ses idées, qui s'ordonnent depuis le début de sa carrière autour du rôle de la femme dans la société avec en particulier une critique du monde de la beauté. Elle semble ainsi suivre les traces de Catherine Lopès-Curval qui, en France, se sert d'un savoir pictural impeccable (acquis notamment aux Arts Décoratifs auprès de Georges Rohner) pour développer une critique douce-amère de la condition féminine. Il s'agit, chez Toledo, des bourgeoises victoriennes, mais les choses ont-elles fondamentalement changé depuis lors ? Peut-être moins qu'on ne le croit, à en juger par les actuelles fulminations des courants féministes. Toujours est-il que la femme du milieu du XIXe siècle n'avait pas le droit d'exprimer des émotions. Cristina Toledo s'amuse à prendre pour modèle une femme richement vêtue que le photographe a prise de profil, mais l'artiste installe un rideau qui masque le visage de la personne, dont on ne voit plus que l'impeccable chignon. Comment mieux dire que la femme n'existait alors qu'à travers sa garde-robe ? (Vanishing, 2018, huile sur toile 195 x 114 cm).

S'il fallait exprimer une émotion à l'époque victorienne, elle ne pouvait être que jouée. Ainsi, pour dire la tristesse, les modèles devaient enfouir leur visage dans leur mouchoir. Dans Grief (2018, huile sur toile, 195 x 130 cm) nous voyons quatre femmes autour de ce qui semble être un cénotaphe, et surtout deux de leurs robes, somptueuses. Cristina Toledo s'est amusée à insister sur la blancheur éclatante des mouchoirs, qui contraste avec bonheur avec les dominantes sombres du tableau. Plus fort encore : elle a trouvé une photographie représentant une femme vue de dos. La coiffure est impeccable, la robe aux plis élégants laisse voir des épaules et une nuque séduisantes. Mais, évidemment, le modèle n'a droit ici à l'expression d'aucune émotion. Il n'a pas même un visage. Qu'elle soit en deuil ou parée pour le bal, le simple fait pour la femme de poser lui interdit toute personnalité au XIXe siècle. L'artiste ne nous poserait-elle pas en creux la question de savoir ce qu'il en est aujourd'hui de la femme qui pose pour la mode ou la publicité ? De toute façon, post-conceptuelle militante ou pas, Cristina Toledo Bravo de Laguna apparaît actuellement comme une merveilleuse praticienne de l'art de peindre, ce qui pourra fâcher certains, mais réjouira la plupart de ceux qui croient que l'art a encore quelque chose à voir avec ce que l'on appelle la beauté.

www.galeriatournemire.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
21-02-2019
 
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Verso n°116

L'artiste du mois : Xavier Dambrine

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
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