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[verso-hebdo]
12-01-2017
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Esther Ségal, ou la photographie pensive
J'ai découvert le travail d'Esther Ségal en 1999 à l'occasion de la préparation du Salon « Jeune Création ». Elle avait alors 26 ans et faisait preuve d'une maturité étonnante. Je lui consacrai alors un texte qui fut publié dans Verso version papier de janvier 2001. Aujourd'hui, observant l'évolution de sa démarche depuis dix-sept ans, avec en particulier le vaste polyptyque Partition ou l'ensemble des photographies sur métal dites Trames. Je suis frappé à la fois par sa capacité de renouvellement (une qualité assez rare chez les artistes) et par sa fidélité à ce que j'appellerai ses fondamentaux. On ne peut guère goûter les oeuvres proposées dans le dossier du mois (ci-contre) si l'on ne sait rien de ces derniers. Il me semble donc utile de reprendre aujourd'hui ce que j'écrivais alors :
Dans certaines photographies, Roland Barthes distinguait un élément parti de la scène qui, comme une flèche, venait le percer : pour désigner cette blessure (« cette piqûre, cette marque faite par un instrument pointu »), l'écrivain avait choisi le mot latin punctum qui veut dire piqûre, petit trou, petite coupure, parce que, précisément, ces marques, ces blessures qui le touchaient étaient pour lui des points. Après avoir travaillé le médium photographique en tant qu'écriture de lumière, interrogeant son propre visage à travers une sorte de pointillisme lumineux. Esther Ségal est parvenue vers 1996 à une limite. Elle a alors tenté de remettre en jeu sa pratique : puisque la lumière écrit avec des points, pourquoi n'inventerait-elle pas son écriture photographique à partir de ce constat ? Elle a noirci des plaques sensibles qu'elle a ensuite percé au dos avec un poinçon pour écriture braille. La nature de l'instrument n'était pas indifférente : c'est bien « à l'aveugle » qu'elle a déroulé ses signes de gauche à droite de telle sorte que, vu du côté de la surface sensible impressionnée (qui peut être aussi une photographie de famille posée sur un transparent), les signes sont lu de droite à gauche, comme dans l'écriture hébraïque.

Or la lettre yod qui donne vie à l'alphabet hébraïque signifie « main » en phénicien et « moi » en hébreu : il y avait là une rencontre possible qu'Esther Ségal a explorée en 1997 à travers un recueil intitulé De « l'un-précis ». Elle y cherchait un équilibre entre la chair iconique, qu'elle associait à son ascendance maternelle chrétienne, et l'écriture iconique, qu'elle rattachait à son ascendance paternelle judaïque. Se percevant elle-même comme issue de deux cultures, orpheline du père, c'est à la rencontre de ce dernier qu'elle est partie. Image du père et image de l'origine sont ainsi source et terme de sa démarche, mais non comme l'image de la mère était au principe de l'enquête de Barthes (« c'était une voie folle » commente la jeune artiste). Esther Ségal s'est orientée quant à elle vers une « voie floue ». Ce qu'elle a travaillé jusqu'ici, c'est une image analogique de la souffrance liée à la condition christique qu'il lui fallait traverser.

Après quoi de nouveaux projets pouvaient être mis en oeuvre, comme le Pentagram qu'elle présentera au Salon de la Jeune Création en avril 2001. Issu d'une réflexion sur le jeu chinois Tangram, et qui sera encore de l'ordre de l'autoportrait. Aujourd'hui, derrière le « flou », ces points-trous-blessures qui saisissent d'abord l'observateur par leur apparence d'impeccable neutralité, c'est bien une personne qui se trouve là. Un être de chair pensant qui, par le moyen d'un dispositif photographique profondément médité, fait appel à la conscience de celui qui regarde autant qu'à son inconscient. C'est ce qui fait, me semble-t-il, l'importance de l'oeuvre d'Esther Ségal et sa capacité subversive. « Au fond, la photographie est subversive écrivait Barthes, non lorsqu'elle effraie, révulse ou même stigmatise, mais lorsqu'elle est pensive. » Il faut voir et goûter les photographies essentiellement pensives d'Esther Ségal.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
12-01-2017
 
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Verso n°100

L'artiste du mois : Najia Mehadji

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