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[verso-hebdo]
09-10-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Un photographe cinéaste
« Ta Panta Rheï », formule célèbre du philosophe Héraclite d'Éphèse. Tout coule, tout passe, le monde est mouvement perpétuel... Et même arrêter ce mouvement, dans l'acte photographique par exemple, c'est en témoigner indirectement. Nietzsche écrit : « Si tu voyais plus subtilement, tu verrais tout en mouvement : de même que le papier qui brûle se recroqueville, de même tout passe continuellement et en même temps se recroqueville ». Beaucoup de photographes, souvent issus du photoreportage, se tiennent en un constant éveil pour saisir, au bon endroit, le bon moment, juste avant que les choses à nouveau se contractent dans l'insignifiance... Voici une scène qui se déroule, banale, ordinaire. Jusqu'à ce qu'à un instant x (l' « instant décisif » de Cartier-Bresson), un détail soudain, un micro-événement perce le déroulé linéaire de la scène, la transfigurant, la sublimant, l'exhaussant par le drame ou l'étrange ou l'humour. Bref, l'extraordinaire.

En intitulant cette grande exposition (une centaine de photos, sans légende) sur René Burri Mouvement, la Maison Européenne de la Photographie nous suggère une sorte de fil conducteur - qui manquait auparavant - à travers l'oeuvre multiforme du photographe zurichois...
Il y a juste dix ans, une rétrospective sur René Burri, en ces mêmes lieux, donnait à voir l'extrême diversité de ses approches et thèmes : reportages, portraits, photos de recherche. On se disait alors que, membre de l'agence de photographie Magnum depuis 1959, ayant travaillé pour de grands magazines, dont Life, le photographe suisse (aujourd'hui âgé de 81 ans) avait une belle carrière derrière lui. On appréciait qu'il fût omniprésent sur les théâtres de l'agitation politique : en Corée, au Vietnam, à Cuba, en Amérique latine pendant toutes les guerres et les luttes. On aimait beaucoup ses portraits devenus icônes : Che Guevara, Picasso, etc. On appréciait ses reportages au long cours : Les Allemands, Les gauchos d'Argentine... Une intéressante pointe d'anthropologie. On le savait capable, avec ses deux appareils de photo en bandoulière, de passer du noir et blanc à la couleur sans problème. Mais on ne voyait pas trop alors ce qui pouvait quelque peu unifier une oeuvre par trop disparate.
Le texte de présentation de cette nouvelle exposition justifie le concept, le fil directeur du Mouvement de quatre façons : d'abord René Burri n'a pas cessé lui-même de bouger, aller vraiment partout sur le globe. Il a braqué son appareil sur quelques 160 pays : un record ! Il est pris dans le mouvement perpétuel de la curiosité ; ensuite il s'est passionné pour les mouvements sociaux (crises, révoltes, révolutions) et artistiques (incarnés par des créateurs : Kokoschka, Picasso, Giacometti, Klein, son compatriote Jean Tinguely, etc.) de son temps ; puis le mouvement (en intégrant le flou du bougé) constitue un élément récurrent de ses photographies ; et enfin, on ne doit surtout pas oublier qu'au début de sa carrière René Burri voulait être cinéaste, travaillait dans le cinéma (il fut assistant cameraman pour le Walt Disney Film Production en Suisse, et il se passionna pour le documentaire : The Two Faces of China 1965, Braccia si - Uomino no 1970). Cinéma = mouvement, comme l'étymologie du mot l'indique clairement. On a vu que René Burri produit par exemple des séries de trois photos publiées à la suite l'une de l'autre, comme une séquence de cinéma.

Observons cette photographie en couleurs où, dans ce qui ressemble à un dancing, au premier plan, deux couples sont attablés, tandis qu'au second plan tous les autres tourbillonnent. Au dernier plan, des globes lumineux blancs, comme des étoiles. La vitesse d'obturation volontairement insuffisante a fait qu'en dehors des tables, chaises, d'un homme et d'une femme, des lumières du fond, tout se voit emporté dans le flou coloré du mouvement... Mobilité joyeuse de la danse, antithèse des pétrifications mortifères. L'effet de mouvement est encore plus net, mais avec une connotation fort différente, dans cette photographie de métro (à Séoul) où, avec un temps long d'exposition, la stabilité des murs fait encore plus ressortir, par un bougé vaporeux, le devenir fantômatique des voyageurs. Trop mobile, l'humain rappelle qu'il est juste de passage sur terre... Nous trouvons également un certain nombre de photographies, plus convenues, d'enfants qui jouent, c'est-à-dire gesticulent, s'agitent de la même façon, que ce soit à Chicago, en Suisse ou à Rio, d'un parc d'attraction (à Zürich). Nous découvrons aussi des photos - plus dans la veine de Cartier-Bresson - où le mouvement se déduit de l'instant, éphémère, que le photographe a su attraper. Telle cette remarquable photographie où, dans une voiture, reflétée par un large rétroviseur, le soleil va disparaître à l'horizon, tandis qu'à l'avant, sur la route, quatre maisons parfaitement symétriques et alignées, rosies par l'astre déclinant, surgissent... Il fallait, dans le mouvement continuel du ruban d'asphalte, happer ce moment-là !

Baudrillard disait que la photographie rend magique un fragment de temps. René Burri n'est certes pas le plus grand magicien de cet art mais, venu du cinéma, il a su jouer habilement de ce paradoxe d'adorer le mouvement au moyen d'un art qui l'occit.
Pierre Corcos
09-10-2014
 
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Verso n°122

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