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[verso-hebdo]
12-09-2013
La chronique
de Pierre Corcos
Les gens
Les gens. Qui sont les gens ? Eux, vous, moi, tous, n’importe qui… C’est le peuple, la nation : ce que signifie d’ailleurs « gens » en latin. On ne peut pas parler des gens : trop vague, trop général, ou alors lieu de projection (les gens sont ceci ou cela = je suis ceci ou cela et je ne l’intègre pas). Mais les gens, eux, parlent volontiers, surtout quand on leur donne, leur prête la parole. Le micro-trottoir, exercice rituel du journalisme, ou alors toutes ces émissions de témoignage le montrent sans cesse. Le résultat s’avère en général limité, plat, non point tant à cause des gens sans doute mais des journalistes, lesquels ne sont pas censés être des artistes (encore que certains d’entre eux croisent élégamment l’esthétique vériste : pensons à une Florence Aubenas par exemple), comme l’est Chris Marker.
Reprise qui occupe longuement les écrans, Le Joli Mai, film documentaire français de Chris Marker, co-réalisé avec Pierre Lhomme, tourné en 1962, sorti en 1963 (et donc ressorti un demi-siècle plus tard, restauré), accompagné d’un texte poétique, brillant et parfois philosophique de Chris Marker, dit par Yves Montand, a donné avec un art accompli la parole aux gens… Pas simple à saisir cet art d’exalter les gens ! Mais il y aurait d’abord cet effet de contraste entre de beaux panoramiques sur Paris et des silhouettes minuscules d’abord, et puis le plan rapproché, si vivant, sur un visage. Ensuite, cette façon très « Nouvelle Vague » de filmer avec une caméra papillonnante et folâtre, se tournant d’un coup vers le supposé « hors champ », en l’occurrence les badauds agglutinés autour de la caméra, devenant illico matière à filmage. Enfin ces interviews aussi variées dans leur forme cinématographique (presque des exercices de style !) que dans les sociotypes qu’elles ont retenus ou les quartiers de la capitale qu’elles visitent. 2h16 de film, sur la base de 55 heures de rushes environ, pour évoquer, à travers ces rencontres, un mois de printemps à Paris, il y a un peu plus de 50 ans… Et les gens, que sans doute leur statut silencieux de « passant » finit à la longue par oppresser, montrent, une fois interviewés, plus de faconde qu’on ne croit, oscillant entre le facile bagou pour se mettre en valeur et une charmante volubilité, que le désir de plaire allume des feux de la sympathie. Les gens : des avocats de leur cause, des gavroches gouailleurs, des tribuns sentencieux, des confidents impudiques, des imprécateurs indignés… S’adressant, par micro et caméra interposés, à d’autres gens, les futurs spectateurs.
1962 : la guerre d’Algérie s’est enfin achevée avec les accords d’Évian, mais il y a eu les morts de Charonne ; nous sommes en plein dans les Trente Glorieuses (croissance économique, fièvre du consumérisme), mais les problèmes du logement, les inégalités de classes, les conflits sociaux sont toujours là… Et Chris Marker interroge les gens sur leur (in)conscience politique, parfois interloqué par une insoutenable frivolité, parfois retenu par de profonds engagements éthico-politiques. Enfin les gens, nous suggère le film, même appréhendés dans leur quotidien, dans la banalité de l’actuel, ne sont pas une addition ouverte d’individualités closes, mais toujours les témoins, les vecteurs, les agents de l’Histoire en marche.

Chris Marker fut aussi photographe de plateau pendant le tournage de L’Aveu, film de Costa-Gavras, lequel cinéaste est, à ses moments perdus, un talentueux photographe amateur, tournant volontiers vers les gens son objectif. Gens croisés dans les voyages, vus dans les manifestations, rencontrés dans la rue (touchante photo d’ Immigré grec, 5ème avenue à New York, où se marque évidemment la sympathie de Costa-Gavras), les gens de sa famille, de sa famille politique (la Gauche), les gens qu’il aime tout simplement. Cette exposition des carnets photographiques du cinéaste, proposée par la Maison Européenne de la Photographie est d’autant plus attachante qu’elle est sans prétention artistique affichée. Costa-Gavras saisit une personne sans la faire poser. Demain elle ne sera plus là, mais aujourd’hui elle sourit au photographe… Dans son texte introductif à l’exposition, Serge Tubiana écrit : « Si la photo doit témoigner, c’est pour plus tard. Ce sont des photographies prises par un ami, un amateur ». Voilà sans doute le maître mot : ami. Une bienveillance pour les gens, qui ne va pas de soi, loin s’en faut, et laisse les autres s’exprimer. Une amitié, derrière une caméra ou un appareil de photo, qui se transforme progressivement en valeur esthétique…
Pierre Corcos
12-09-2013
 
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