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[verso-hebdo]
23-06-2016
La chronique
de Pierre Corcos
Sudek, photographe poétique praguois
Cette tendresse mélancolique, ce lyrisme secret, intime, cette espèce de chant intérieur qui s'élève sur un mode mineur participent de la catégorie esthétique du poétique, inspirant d'autres arts bien sûr que la poésie, que Victor Hugo définissait ainsi : « La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime en tout ». Par son style, ses thèmes et ses principales recherches, le photographe tchèque Josef Sudek (1896-1976) relève pleinement du poétique, et les cent trente oeuvres exposées au Jeu de Paume (jusqu'au 25 septembre), même divisées en sept aspects, témoignent d'une unité d'inspiration tout à fait remarquable en photographie.

Celui qu'on appelait « le poète de Prague », fasciné par l'intime, l'imprécis, la rêverie caractérisant le poétique, choisissait la brume, la buée, les pénombres que percent de tremblotantes lumières, pour camper le décor du mystère. « Occupe-toi de saisir les ombres, le reste viendra tout seul », répétait à Sudek son ami Drahomir Ruzicka. Et ce conseil fut d'autant plus suivi que l'obscurité régnait sur Prague durant l'occupation nazie (couvre-feu), puis sous le joug communiste (pénurie d'éclairage), le photographe ayant disparu avant que la ville de Prague ne soit illuminée ensuite par les néons de la société mercantile...
Que l'on scrute les noires épaisseurs de la photographie Prague la nuit (années 50) ou celles de Rue de Prague (1924), on est enclin à rapprocher un peu cette poésie de l'ombre et du mystère fantomatique de tout le courant littéraire du « fantastique praguois » (Gustav Meyrink, Leo Perutz, Karl Hans Strobl). Cette accroche au fantastique se retrouve lorsque Sudek photographie des mannequins ébréchés ou des sculptures délabrées (cf. sa Madone brisée, d'une grande tristesse). Et l'on pressent vite que, littérature ou arts graphiques (ce serait alors une référence au fusain ou à la technique de gravure dite « manière noire » : Sudek fut diplômé de l'école nationale des arts graphiques de Prague) ou encore musique, le photographe n'est pas seulement nourri de photographie (pictorialisme, Edward Weston, Jaromir Funke...), mais d'autres arts. Il dit d'ailleurs : « Si vous prenez la photographie au sérieux, vous devez aussi vous intéresser à une autre forme d'expression artistique. Pour moi, c'est la musique. ». Les séries de Webern (musicien qu'aimait Sudek), leur concision énigmatique font écho probablement à certaines photos de l'artiste tchèque.
L'unité d'inspiration d'une sensibilité poétique, l'atmosphère fantastique d'une ville, Prague, et la syntonie avec d'autres arts doivent être complétées par des recherches techniques convergentes. L'oléobromie, le tirage pigmentaire au papier charbon, ou à la gomme bichromatée, génèrent ces flous, ces effets vaporeux, éthérés qui, renforcés par l'emprise du sombre, éloignent à jamais la photographie du compte-rendu clair, précis et documentaire.

L'exposition au Musée du Jeu de Paume nous montre aussi des portraits d'amis, des lieux emblématiques de Prague, des photographies d'objets et de meubles conçus par le designer moderniste Ladislav Sutnar, mais l'angle choisi par les commissaires de l'exposition (Vladimir Birgus, Ian Jeffrey et Ann Thomas), à savoir Le monde à ma fenêtre (the intimate world of Joseph Sudek), rend le mieux compte de l'unité d'inspiration poétique du photographe tchèque. La petite cour discrète de son atelier, rue Újezd, devient le microcosme où les effets lumineux et poétiques des heures du jour ou des saisons s'offrent à lui à travers sa fenêtre, une vitre couverte de buée ou de gouttes de pluie mélancoliques. Ayant été amputé du bras droit à la suite d'une blessure durant la Première Guerre Mondiale, Sudek n'était pas à l'aise avec son gros appareil pour des promenades nocturnes. Et surtout, cette position choisie du « monde à ma fenêtre » symbolise à merveille l'attitude poétique, elle qui conserve ce lien privilégié entre l'intime (son petit studio), les variations de la « Stimmung » (la vitre jamais transparente) et le monde extérieur (la cour et le jardin).
Sudek vivait avec peu de moyens (sa pension d'invalidité, quelques réussites éditoriales) et, gardant, accumulant toute chose dans le bric-à-brac de son atelier appartement, il ne pouvait bien sûr que se passionner pour une photographie capturant la vie secrète - par leurs formes, reflets, combinaisons - des objets. Solitaire, introverti, Joseph Sudek savait qu'il n'est nul besoin de sans cesse parcourir la planète ou côtoyer les plus grandes célébrités, comme tant d'autres photographes, pour découvrir des prodiges de beauté simple, mais invisible aux prisonniers du divertissement. Juste contempler un jardin en automne après la pluie ou une brume spectrale habitée d'étranges lumières...
Le court film d'Evald Schorm sur Joseph Sudek, Vivre sa vie (1963), que propose l'exposition, montre avec précision le photographe absorbé dans sa quête minutieuse et solitaire de l'intime dans les choses et la nature. Cet intime, évanescent et impalpable, mais qui contient en puissance nos rêves les plus vastes.
Pierre Corcos
23-06-2016
 
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Verso n°113

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