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[verso-hebdo]
23-06-2016
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Walter Sickert, l'art de l'énigme, Delphine Lévy, Somogy, 152 p., 28 euro.

C'est vrai, c'est triste à constater, le nom de Walter Sickert (1860-1942) ne doit pas être très parlant à mes lecteurs, et je le regrette beaucoup. En fait, deux races d'individus peuvent avoir connaissance de son nom dans notre pays : les anglomaniaques et les lecteurs de Jacques-Emile Blanche, car ce dernier lui a consacré une monographie en 1943 (qui n'est pas incluse étrangement dans la bibliographie de cet ouvrage). Pour dire les choses comme elles sont, Sickert a fait partie de cette génération d'artistes anglais qui ont beaucoup regardé ce qui se faisait à Paris (il y a lui-même beaucoup exposé, avec succès) et qui ont eu pour maître occulte Edouard Manet. Ce sont ses amis qui l'ont accompagné dans la fondation du Camden Town Group à partir de 1905. Mais ce n'est pas une influence unique : c'est l'art français, mais plus du côté de Degas que de Monet et plus tard, plus du côté de Toulouse-Lautrec que de Gauguin. Il a beaucoup aimé peindre les salles de spectacles en tout genre, mais aussi les plages (par exemple, L'Hôtel royal, Dieppe, 1894), en somme tout ce que la vie en Grande-Bretagne offrait de plaisant et de divertissant. Il aimait aussi la vie urbaine, mais pas celle des grands lieux de la capitale : de petites rues anciennes, étroites et sombres, de modestes églises -, il n'y a guère qu'à Venise qu'il a accepté de se confronter au sublime monumental). Mais ce qu'il aimé par-dessus tout, c'est peindre des scènes intimes, des femmes dévêtues dans des chambres sordides, des couples parfois, amoureux ou contrits, mais toujours dans une atmosphère sombre, sale et malsaine. Sickert est l'homme de l' East End londonien, de ses coins lugubres et mal famés. Ce goût si accentué pour ce revers de la médaille victorienne a permis à un écrivain américain (une femme) de faire une pseudo enquête qui fait de lui Jack l'Eventreur en chair et en os ! C'est vrai, que comme Goya, il a peint des scènes de meurtres. Mais cela ne fait pas de lui un assassin pour autant ! En faitc'est un peintre d'une qualité et d'une originalité rares ; car s'il sait puiser dans les expériences outrancières de certains de ses pairs français, en tirer la substantifique moelle, il sait aussi s'inventer un style qui n'appartient qu'à lui. Ce ne sont pas les amis de Virginia Woolf au Bloomsbury qui ont découvert l'art français moderne, même si leur rôle a été considérable : c'est bien Sickert et quelques -uns de ses camarades. C'est un homme qui n'a pu eu froid aux yeux, qui n'a pas eu peur de déplaire ou de choquer. Que Dieppe ait été sa base de repli en France et non Cabourg ou Deauville (il y avait installé sa maîtresse et leur enfant) n'est pas sans conséquence et la qualité obscure de ses toiles est vraiment une déclaration de guerre à l'impressionnisme (non une guerre d'école, mais de personnalité). En fait beaucoup de choses le rapprochent de ces peintres valeureux, mais sa modernité n'est pas triomphante comme chez Renoir ou même Pissarro quand ils ont décrit Paris. Elle est morbide et ses théâtres reflètent eux aussi les stigmates d'une société où la misère n'est jamais absente.




René Guiffrey, l'oeuvre à blanc, collectif, Editions Farges / Ville de l'Isle-sur-la-Sorgue, 112 p., 24 euro.

René Guiffrey (né en 1938) fait partie de ces artistes à la fois connus et inconnus. Tous ceux qui ont frayé dans le petit milieu de l'art parisien depuis quelque temps ont connu son oeuvre ou l'ont rencontré. Moi, je l'ai connu à la fin des années 70 et je me rappelle un dîner après un vernissage qui s'est terminé par une chaude dispute entre un artiste suisse (qui s'appelait Koehler je crois) et lui. Le premier peignait tout en noir, le second tout en blanc, et c'était à qui était le plus difficile à photographier ! Plus sérieusement, j'aimais beaucoup la démarche de Guiffrey, qui avait des atomes crochus avec Jean Degottex et Robert Groborne, qui était à l'époque lui aussi un adepte absolu du blanc ! Mais son histoire était bien différente des deux autres. En premier lieu, Guiffrey, à l'inverse de Degottex, était bien loin de l'esprit des calligraphies ou des écritures anciennes. Pour être rapide, il ne s'intéressait alors qu'aux relations intimes entre le plan du tableau et la couleur, qui se résumait au seul blanc. Puis, en se développant, il est passé par des phases où il a détourné l'héritage d'Albers (de manière tout à fait explicite) ou s'est tourné vers des situations plastiques assez proche du minimalisme, comme Carré d'angle (1987). Sa méditation s'est poursuivie dans cette optique, cherchant toujours à comprendre comment son obsession du blanc pouvait se traduit dans ces termes très différents et parfois en volume. Il a aussi été tenté par des confrontations avec d'autres matériaux, surtout le verre, qui transforme et la lumière et la tonalité du blanc. En somme, il a pu avec cette couleur exclusive composé des espaces imaginaires d'une variété assez vaste et aussi multiplier les expériences plastiques. Quand on voit que le Centre Pompidou ne possède pas d'ouvrages de sa main, on est éberlué. IL est plus que jamais temps de rendre hommage à cette artiste encore en pleine activité et qui est capable de nous surprendre. Son pari a été de faire parler une toile blanche autant que pourrait le faire La Mort de Sardanapale d'Eugène Delacroix. Et il y est parvenu par un exercice constant d'une poésie qui lui est propre et d'une connaissance fine de l'histoire de l'art de ces derniers temps. Il joue avec l'histoire comme il joue avec toutes ces couleurs absentes. Il s'est trouvé en confrontation directe avec Robert Ryman, qui faisait un blanc maculé, car tout peintre sait qu'un beau blanc ne sort pas tout droit d'un tube, mais elle le résultat d'un mélange savant et délicat. Guiffrey n'est pas (de surcroît) dépourvu de poésie et a su résister à la tentation d'une oeuvre répétitive.




Histoire(s) d'expositions, sous la direction de Bernadette Dufrêne & de Jérôme Glicenstein, Hermann, 356 p., 34 euro.

Le problème des colloques, depuis quelque temps, est de proposer des sujets de réflexion trop vastes et dans trop de disciplines. C'est ce qui se passe avec celui-ci, qui a eu lieu en 2014, et embrasse un champ trop vaste (et comme le dit la sagesse populaire, qui trop embrasse, mal étreint). On se retrouve donc avec trois essais sur les expositions contemporaines en Afrique d'ailleurs tout à fait intéressants) à côté d'un autre sur la Chine ou d'un travail tout à fait pertinent sur le Musée des Aigles de Marcel Broodthaers, ce grand artiste qui avait constitué une grande partie de son oeuvre comme la construction d'un musée imaginaire (mais avec oeuvres bien réelles !). De l'installation d'une oeuvre de Gino de Dominicis aux divers modes de présentation des expositions dans les galeries françaises ou italiennes, on peut dériver à l'infini dans l'univers de la création de ce dernier demi siècle ! Ensuite, il y a le « mode de lecture » : il peut être esthétique, mais aussi vu sous un angle économique, sociologique, psychologique et que sais-je encore ! Donc on devra se contenter de choisir tel ou tel argument qui vous concerne de près, et laisser le reste de côté. J'aurais préféré (et de loin) un colloque qui s'intéresse aux stratégies de l'installation proprement dite ou sur la question du choix des oeuvres. Cela étant dit (et devant être dit), ce volume reste intéressant pour tous ceux qui s'intéressent à l'art de notre époque. Ils y trouveront toujours du grain à moudre, même si certaines communications ne répondent pas à leur attente. Moi, je n'ai trouvé qu'un seul auteur qui ait pu satisfaire ma curiosité, c'est Mariano Roquette Teixeira avec son « History of exhibitions on display ». Il y en a deux ou trois autres du même tonneau. Le reste, je dois l'avouer, n'est pas dans mes cordes. D'où la nécessité de traiter un sujet de façon plus restreinte pour que tout le monde parle à peu près des mêmes choses. Mais le développement des événements artistiques ces dernières décennies a élargi largement le champ des possibles, déjà sur le plan géographique, mais aussi dans la conception des expositions et sur la perspective dans laquelle les concevoir. Après tous ces atermoiements, disons que cet ouvrage sert malgré la grande cause de la connaissance.




Celebrity Café, n°2, A. D. L. M. N. / Presses du réel, 416 p., 18 euro.

Le comité de direction de cette nouvelle revue est composé de Jacques Donghi, Sarah Cassenti et de Jean-François Bory. Son titre est un peu énigmatique ,car c'est tout sauf une revue mondaine. Elle présente sans doute de personnages importants, mais dans un milieu très restreint, en particulier celui de la poésie concrète ou visuelle. Du passé, elle fait quasiment table rase, en dehors de quelques éventails de la maison de Stéphane Mallarmé, des inédits de Raoul Hausmann (des lettres à Pierre Garnier), d'Ezra Pound et même de Walter Benjamin (des écrits fort intéressants au demeurant). Il faut savoir que le passé des créateurs de cette imposante publication est souvent ailleurs et très loin, et n'a pas toujours été perçu. D'où leur obstination. Nous trouvons un grand article sur la poésie d'avant-garde au Japon avec surtout le groupe ASA, un hommage vibrant au poète de Buenos Aires Wlademir Dias-Pino, suivi d'un long entretien. Mais il y a aussi de l'actualité avec la série de captures d'écran de Jacques Donguy, un hommage à l'artiste Jacques Aubertin qui jouait avec le feu qui a rendu son dernier souffle l'an passé, un entretien avec Kosice, lui aussi disparu récemment. Et c'est sans compter les pages d'archives de Jean-François Bory qui nous fait découvrir ses oeuvres de la fin des années 50 et du début des Années 60. Enfin bref, c'est une revue qui déborde de toutes sortes de créations, de figures insolites, de conversations intéressantes sur des mouvements peu connus des profanes que nous sommes avec de curieuses rencontres avec des individus qu'on n'aurait pas imaginés là ! Mais ce n'est pas pour happy few ou pour les seuls mordus de la poésie expérimentale. C'est une invitation au voyage et je crois que le voyage proposé en vaut la peine. Il y a une belle maquette et un seul défaut : le corps des caractères est un peu petit. Pour le reste c'est original, toujours passionnant et fait avec beaucoup de soin.




Le Velvet Underground, Philippe Azoury & Joseph Ghosn, « Rocks », Actes Sud, 178 p., 16,90 euro.

Bien sûr, j'aurais aimé que ce livre soit écrit d'une autre manière. Ce groupe de rock'n roll a eu un impact au-delà de celui du monde de la musique pop. Et de loin. Lou Reed est devenu une légende après une carrière très brève. Jamais un groupe connu n' a produit aussi peu de disques ! Il faut dire que son histoire a assez bien commencé, puisque Andy Warhol l'a remarqué et a voulu le produire. Cette relation entre le Velvet Underground et la Factory de New York a été, hélas, de très brève durée - Warhol n'a pas trouvé son compte dans cette alliance et a vite abandonné la formation à son destin. En fait, il n'a existé que deux ans et si l'on compte ce que Lou Reed a fait seul ou en collaboration, il y eut en tout vingt disques. Mais ils ont été à l'origine d'un mythe qui n'est toujours pas mort ! Lou Reed a quitté ce monde voici peu. Personne ne l'avait oublié et ses chansons étaient toujours là, omniprésentes, comme Walking in the Wilde Side ou Heroin ! Le Velvet Underground et les auteurs le soulignent à juste titre, a toujours été un groupe en marge du monde musical de ce genre. Il avait d'ailleurs assez peu de choses sen commun avec les autres formations, si ce n'est l'électrification des instruments. Voilà, cette histoire, vous allez la découvrir dans ces pages, une histoire prise à la lettre assez décevante, car très vite les membres du groupe se séparent, se brouillent, se fâchent. Mais ce n'est que l'histoire vécue de l'intérieur. La légende a vite fait son chemin et a fait de ces musiciens et surtout de Lou Reed les demi-dieux d'un monde nouveau, ambigu, pour ne pas dire délétère. On aurait aimé que nos auteurs aient fait un effort pour nous expliquer ce qu'à vraiment représenter le Velvet Underground, bien au-delà du petit milieu des rockers.




Théorie de la vilaine petite fille, Hubert Haddad, Folio, 384 p., 7,70 euro.

Ce roman est déconcertant, car il semble un peu intemporel. Il relate l'histoire de deux petites filles qui vivaient aux Etats-Unis au milieu du XIXe siècle et qui ont commencé à entendre des bruits et des voix étranges dans la maison. La première, Kate, fait bientôt preuve des dons prononcés de médium, c'est indéniable ; la seconde, Margaret, est fascinée par sa soeur qui entre en relation avec les morts. Le plus étrange dans cette affaire qui nous entraine dans le territoire de la littérature de fantasy comme diraient les anglo-saxons est en fait une histoire on ne peut plus vraie. Les soeurs Fox ont bel et bien existé et elles ont été connues pour avoir entretenu des rapports fréquents avec un cher disparu, Mister Spiltfoot, un commis-voyageur qui avait été assassiné. Cela se sait assez rapidement et on exhibe les gamines très sûres de leur fait. Bientôt la presse, le public se passionnent pour cette affaire et on les exhibe comme des personnages de foire. Leur soeur aînée, Leah, leur fait office de manager et tout se passe à l'américaine dans une atmosphère de kermesse. Les choses vont trop loin et elles finissent par se faire exploiter et perdre le sens des choses. Il faut reconnaître à l'auteur du talent, car il sait nous présenter l'aventure insolite des deux enfants et mettre en scène le contexte de cette Amérique qui a encore les rêves les plus fous et dans tous les domaines possibles -même celui-là. De plus, l'auteur a tout mis en oeuvre pur rendre crédibles les lieux, le situations, les rapports entre les personnes. Cela devient touffu et rocambolesque, tragique et pourtant non sans humour. C'est grisant et divertissant à la fois. Au fond, pourquoi s'en plaindrait-on ?




Sur les origines d'une génération, Jack Kerouac, suivi par Le Dernier mot, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Guglielmina, Folio, 112 p. , 2 euro.

L'exposition présentée par le Centre Pompidou ne semble pas avoir suscité un grand intérêt dans le monde de l'édition française ! Il faut donc se contenter du petit recueil en Folio avec un texte important de Jack Kerouac, « sur les origines d'une génération ». C'est un texte où l'auteur de Sur la route précise bien qu'il avait donné le nom de Beat Generation au journaliste et écrivain John Clelon Holmes, à qui on a longtemps attribué cette fortune. Kerouac a d'ailleurs revendiqué ce nom à plusieurs reprises après avoir publiquement renié l'appartenance au moindre groupe ! Il va jusqu'à affirmer que On the Road devait s'appeler The Beat Generation. A voir. Les pages de ses journaux qui suivent sont intéressantes, mais on ne voit pas trop ce qu'elles viennent faire avec ce premier texte ? En revanche, le dossier concernant le film Pull my Daisy est d'une grande valeur historique. Ce film, dont le titre est tiré de celui d'un poème d'Allen Ginsberg. Ce film 16 mm, tourné par robert Frank et Alfred Leslie, avec un texte de Jack Kerouac qui remplace les dialogues, qui est un moyen métrage bricolé avec les moyens du bord. C'est presque un travail de potache ! A l'origine, Kerouac voulait baptiser le film On the Road, mais les droits du titre avaient été vendus à la MGM ! Ce livre nous révèle deux choses : le peu de sérieux de l'écrivain quand les choses sortaient du champ de la création littéraire, même si ses amis Allen Ginsberg et Gregory Corso étaient impliqués dans l'affaire, ensuite une difficulté avec le monstre dont il a été l'un des principaux géniteurs ! Si le film n'est qu'une aimable pochade, Kerouac a tout de même tenu à tenir les rênes de l'affaire, même si ses commentaires sont improvisés - il voulait sans doute se comporter en musicien de jazz - de free jazz avant la lettre ! Kerouac ressent après la sortie de Sur la route un sentiment profond d'échec, qui est incompréhensible. Il avait déjà écrit la moitié de son oeuvre et les manuscrits attendaient leurs éditeurs. Le succès de son livre et toutes les ambiguïtés qu'il a pu faire jaillir n'ont pas aidé à remettre en ordre l'esprit d'un homme encore jeune, mais en réalité vieux, malade et usé. Pull my Daisy n'est certes pas un chef-d'oeuvre du 7e art. Rien n'aurait pu d'ailleurs l'y aider ! Mais c'est une occasion manquée de faire comprendre l'esprit beat. Je crois que cela a au contraire fait naître l'esprit beatnik, qui est tout à fait autre chose. Bref, ce livre bien fait mérite d'être découvert, car il ne reste plus grand chose à exhumer de très neuf dans l'histoire de ces écrivains peu communs.




Escalier trois, Eduard von Keyserling, traduit de l'allemand par Jacqueline Chambon, Editions Jacqueline Chambon, 240 p., 22 euro.

La Vienne que dépeint Eduard von Keyserling (1855-1918) dans ce roman est assez loin de celle que nous la dépeint Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler. Il nous raconte l'histoire d'un jeune aristocrate allemand qui quitte da Prusse natale, où peu de perspectives d'avenir s'offrent à lui, pour s'installer dans la capitale de l'empire austro-hongrois. Il trouve un emploi dans un journal et conduit la vie des jeunes gens de l'époque dans les cafés, les brasseries, les théâtres. Mais comme il est déterminé à faire de là politique et que son coeur penche très à gauche, le lecteur découvre les milieux socialistes les plus avancés. Il se trouve immergé dans un univers plein de vie et de passions, et de surcroît, une vie militante très active. En outre, il découvre petit à petit la vie de ses voisins dans l'immeuble où il a emménagé. C'est ainsi qu'on connaît les familles de chaque étage et qu'on assiste aux bonheurs et aux drames qui s'y déroulent. Le monde que nous fait connaître l'auteur, est un monde qui paraît sur le bord de la décadence et le rythme endiablé du récit est bien celui d'une danse au-dessus d'un volcan. Non, vous ne trouverez pas d'analogie avec Canetti ou avec Karl Kraus. C'est un auteur qui a poussé le naturalisme jusqu'à son point extrême et qui produit un panorama quasiment expressionniste de la vie qu'on a menée alors à Vienne dans certains milieux. C'est d'ailleurs tout l'intérêt de ce livre, c'est que son désir de faire apparaître les modes de vie et de pensée des différentes classes sociales est largement dépassé par celui de montrer ce qui était en train de ses désarticuler dans un monde qui connaissait une dégénérescence morale profonde, mais aussi l'émergence de nouveaux idéaux. Cela est raconté avec un curieuse façon de provoquer le doute e te trouble dans nos esprits et de nous montrer que Vienne n'est pas seulement le Burgtheater et le Café Central - c'est une ville où ont lieu les pires escroqueries, où le lucre règne en maître, la licence sexuelle la plus échevelée et aussi les plus sordides complots. Il faut d'ailleurs se demander si Keyserling a tenu à souligner l'antisémitisme à fleur de peau ou s'il a tenu à le dénoncer.




Lecture de 5 faits d'actualité par un septuagénaire bien sonné, Julien Blaine, Al Dante, 160 p., 23 euro.

Julien Blaine est un personnage peu commun, je l'ai déjà dit et je le répète. C'est le Grand Satrape de la poésie moderne, un plagieur (ce mot n'existe pas, je le sais, c'est tout dire de spratiques des lettrés français !), un pasticheur, et surtout un Zutiste de première classe et pas du tout dans le style dandy. Quoi qu'il en soit, il met à sac l'enceinte sacrée de la Poésie et n'hésite pas à y commettre les pires méfaits ! Chaque sujet traité par l'écrivain l'est différemment de l'autre, chaque événement ou chaque personne conduit à des séquences qui vont de la narration au bruitisme ou au lettrisme. Toutes les catégories en vigueur dans le monde de la création poétique la plus avant-gardiste qui soit ; prenons Hilary Clinton : Blaine raconte l'histoire à sa façon (qui n'est pas des plus respectueuses) et son affaire se transforme en une histoire très documentée sur les ânes, puisque le symbole des démocrates américains est l'âne (celui des républicains, je le rappelle, est l'éléphant qu'on trouve à la fin de cette partie particulièrement joyeuse)Quand il évoque la « jungle «  de Calais où vivent des émigrés dans des conditions effroyables, évidemment le ton est tout autre. On ne peut pas se passer de la lecture du temps présent par l'ami Blaine, car il vient casser nos idées reçues et notre bonne conscience. C'est le sauvage qui vient semer la zizanie dans la république des Lettres et dans celle des médias par la même occasion. Mais ce n'est pas un donneur de leçon : il souhaite qu'on regarde le choses bien en face, qu'on les analyse et qu'on finisse par en rire au bout du compte (du conte à dormir debout), même si ce n'est pas franchement drôle. Ce livre n'est pas seulement sur ce que nous sommes en train de vivre, mais d'abord sur la manière dont nous lisons ce qui se passe dans le monde, parfois à deux pas de chez nous. Mais en plus de ça c'est un savant mélange de formes classiques ou modernes dont il sait parfaitement maîtriser le bon et le mauvais usage !




Libérez-vous de la pression du travail, Michelle Jean-Baptiste, Fortuna éditions, 112 p.

Ce petit manuel va à rebrousse-poil des idées reçues en France ! L'auteur nous explique qu'il possible de résister aux pressions que tout un chacun subit (ou croit subir) à son travail. Cela est fait de manière sérieuse, mais avec des exercices pratiques et parfois un dose d'humour qui n'est pas pour déplaire. C'est un instrument très utile pour tous ceux qui doivent se rendre à leur usine, leur atelier, leur bureau ! C'est fait avec intelligence et cela permet aussi de se poser de vraies questions sur la travail qui est le plus souvent vécu comme une oppression alors que les philosophes nous enseignent que c'est la condition de la liberté de l'homme !
Gérard-Georges Lemaire
23-06-2016
 
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Verso n°106

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