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[verso-hebdo]
15-09-2016
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane solitaire

Henri Fantin-Latour, sous la direction de Laure Dalon, Xavier Rey & Guy Tossato, Rmn - grand Palais / musée d'Orsay, 256 p., 35 euro.
Henri Fantin-Latour, Leila Jarbouai, Gallimard / Rmn - Grand Palais, 48 p., 8,90 euro.


Fantin-Latour est un peintre qui a trompé son monde. Avec délicatesse et raffinement. Il a fait partie du petit cercle qui a entouré Edouard Manet au café Guerbois. Mais, impressionniste, il ne l'a pas été, pas plus d'ailleurs que Manet, qui s'y est bien essayé, mais a su que ce n'était pas ce qu'il devait rechercher. Il a peint, le jeune Grenoblois, des natures mortes avec le même sérieux et la même application que les maîtres hollandais d'autrefois. Et il y a introduit de subtiles différences, dans le style et l'esprit. Ses vases de fleurs sont parfois étonnants car il lui arrive de les disposer sur un fond grisonnant, ce qui, à ma connaissance, est un fait unique dans l'histoire de la peinture. Cet emploi du gris qu'il décline De même, quand il a peint des portraits, on est d'abord saisi par leur caractère austère, un peu léché, qui les ferait sembler des académies typiques de son temps. Mais, quand on veut bien les observer de plus près, force est de constater qu'ils possèdent un caractère assez singulier. La Leçon de dessin dans l'atelier (1875) est remarquable de ce point de vue : les fonds ne sont pas définis : il y a un mur grisonnant et une sorte de paravent d'un brun éteint, indéfinissable. Les deux figures féminines sont parfaitement définies. Sur la table il y a un bouquet de pivoines superbement peint et, devant, un buste en plâtre -, celui-ci est étrange car la tête en est excessivement penchée. La belle unité assez statique de ces deux jeunes femmes n'est pas contrarié par tous ces éléments, mais s'en trouve enrichi ; une pointe d'étrangeté est introduite dans cette scène simple et digne de Chardin. Le grand dépouillement de la composition est imperceptiblement perturbé par ces éléments secondaires, sans compter l'album à la reliure rouge et la nappe rayée. On a le sentiment que deux aspirations s'opposent dans cette toile. Et puis Fantin-Latour nous a réservé des surprises : dans son hommage à Manet (Un atelier aux Batignolles, 1870), où un groupe d'hommes debout, en chapeaux haut de forme et strictes redingotes sombres, se presse près de l'artiste qui dans la toile ne peut être vue par le spectateur, Cette scène est étrange. Irréelle. Et captivante. On ne voit plus désormais que l'histoire d'artistes et d'écrivains devenus célèbres. Mais c'est l'histoire de la peinture qui s'y joue. Qu'on reconnaisse les traits des amis de l'artiste rassure un peu. Et l'on ne voit pas au fond ce que renferme le cadre doré ne renferme ni un tableau, ni un miroir : il enferme un monochrome noir ! Quant à Manet, l'homme qui a tant chéri le noir, il porte des pantalons blancs. Parmi les visiteurs, d'aucuns regardent la toile, les autres non. Tout semble figé sauf le regard de Manet qui semble nous représenter. Cette composition est le début d'une histoire qui va hanter le XXe siècle. Le fond est aussi noir, plus noir encore que celui d'Olympia. Sur la droite il y a sur la table recouverte d'une nappe rouge les objets qu'aimait peindre Fantin-Latour. Ces deux univers se sont rapprochés dans cette scène aulique et austère.




Le Saut de l'ange, Michael Wishart, traduit de l'anglais par Catherine Piola, Payot, 336 p., 21 euro.

Je dois confesser que je n'ai jamais vu un seul tableau de Michael Wishart et que je n'avais jamais entendu prononcer son nom ! Et pourtant son livre autobiographique, High Diver, quand il est sorti en Angleterre, a fait du bruit, et presque scandale. Il faut dire que ces souvenirs n'ont pas été écrits de manière conventionnelle -, c'est même tout le contraire. Il parle de sa famille en oubliant des choses fondamentales (pour nous, lecteurs). Il parle de son père, Ernest, qui a fondé avec un ami une maison d'édition marxiste (Lawrence & Wishart) dont il n'est jamais question ici. D'ailleurs, son père est quasiment inexistant sous sa plume. Sa mère, Lorna Gorman, a plus de place dans ses sentiments et dans sa formation. Mais s'il nous dit qu'elle a disparu soudain pendant une longue période, il omet de nous dire qu'elle est devenue le modèle et surtout la maîtresse de Lucian Freud, dont il va parler beaucoup par la suite ! Il évoque volontiers sa tante, son oncle et ses cousins, car ils vivaient entourés d'oeuvres d'art (Modigliani, Epstein, etc.) et de meubles du Bénin. En revanche, il ne cache pas grand chose de ses affinités électives, affiche sa bisexualité sans détour, et nous relate sa première expérience amoureuse avec un jeune pilote allemand, Harm, fait prisonnier. Pendant la guerre, on découvre que sa marraine est Peggy Guggenheim qui lui envoie des colis avec des revues comme VVV et View. Il fréquente bien sûr Lucian Freud. Après la pension, qui semble lui avoir passablement pesé, il suit les cours de l'Anglo-French School où enseignent Jean Lurçat, Antoni Clavé et André Lhote. Il est allé ensuite à Paris étudier la peinture à l'Académie Julian à Paris. Il était déjà venu dans la capitale française en 1937 et avait pu découvrir Guernica de Picasso. IL finit par connaître Christian Bérard, qu'il admire, et fréquente Marie-Laure de Noailles (c'est chez elle qu'il découvre les oeuvres de Balthus, qui le fascine). C'est lors d'un séjour à Londres qu'il rencontre par hasard Francis Bacon qui va profondément le marquer. Il se fait un carnet d'adresse peu commun et connaît tout ce que Paris et Londres comptent de figures de premier plan. Et voilà qu'il se marie en 1950 avec l'artiste Ann Dunn et il a un fils en 1950. Et il décide voyager. C'est l'un des récits les plus déconcertants d'une vie de peintre, car il n'y parle pas vraiment de son art ! Mais on est captivé par cette boulimie de rencontres et de découvertes, cette soif qui rien ne peut étancher d'aventures intellectuelles, esthétiques et amoureuses -, sans exclusives. C'est indéniablement un personnage à découvrir !




La Femme au renard, Violette Leduc, « L'Imaginaire », Gallimard, 144 p., 7,50 euro.

On a un peu oublié Violette Leduc (1907-1972). Et si l'on se rappelle quelque chose, c'est qu'elle a connu un beau succès quand elle a publié la Batarde en 1964 et parce qu'elle a reçu le prix Goncourt. Mais, au fond, on ne la lit plus guère. La réédition de cette courte fiction, la Femme au petit renard, parue en 1965 et préfacée par Simone de Beauvoir, qui avait trouvé les mots justes pour décrire sa méthode d'écriture, nous fait réapparaître un écrivain de premier plan. L'histoire de cette très vieille femme, pauvre, réduite à de pénibles expédients, qui vit dans un univers rapetissé, qui a tendance à se rétrécir sans cesse plus, ramené à quelques souvenirs d'autrefois, de ce qui lui reste à manger, et d'une solitude extrême qu'elle comble en faisant des incursion à l'extérieur, comblant par l'imaginaire ce fait inéluctable qu'elle n'a plus personne près d'elle à qui parler, avec lequel avoir le moindre échange, est une histoire pathétique qui la conduit à son dernier geste, se défaire de la dernière chose qui lui tenant vraiment à coeur son étole de fourrure, prête alors à partir puisqu'elle n'avait désormais plus rien. En soi, rien d'extraordinaire : le récit du dessèchement et de l'avilissement delà vieillesse. Mais la façon dont elle l'évoque, avec un style rapide, avec des phrases courtes et tranchantes, une forme alerte, précise, serrée, elliptique, un peu comme un monologue intérieur, mais surtout en donnant en représentation ce qui s'efface peu à peu avec l'âge : la concentration sur l'essentiel, qui aboutit au vide. C'est juste, superbe, enlevé à la hussarde, mais beau, avec un style d'une merveilleuse pureté, limpide, mais sans recherche précieuse, en somme un ouvrage unique en son genre, qui doit autant à la connaissance de la littérature classique qu'à celle du Nouveau Roman, dont elle ne reproduit pas le caractère expérimentale, mais dont elle voit bien le qu'elle peut en tirer pour plus de liberté dans son petit livre, qui est un grand livre.




Les Hortenses, Felisberto Hernàndez, traduite de l'espagnol (Uruguay) par Laure Guille-Bataillon, « Signatures », Points, 288 p., 8,50 euro.

Inconnu de moi, Felisberto Hernàndez, magnifiquement présenté par Julio Cortazar, se révèle un auteur des plus curieux et qu'il faut absolument découvrir. Les nouvelles qui sont réunies dans ce recueil sont insolites, pour ne pas dire étranges. Ce sont des histoires de femmes, et de femmes chaque d'un genre très différent. En effet, l'écrivain a brossé un portrait d'un genre très particulier et toujours placé à l'enseigne d'un mélange curieux de réalisme et de surréalisme. Il imagine ces figures non pas comme l'aurait fait Balzac, mais plutôt comme dans un rêve, à la fois bon et mauvais. Ses histoires transposent les actions et les pensées de ses personnages pour mieux restituer leur vérité, avec une bonne dose d'humour dissimulant des histoires tragiques, car les apparences seules ne sauraient suffire à les représenter. Et l'on est emporté par le récit de ces vies qui s'avèrent souvent ridicules, sinon grotesques, ou parfois mystérieuses, comme l'histoire des poupées dans la nouvelle qui a donné le titre à l'ouvrage. L'auteur a voulu traduire métaphoriquement ce que ces personnages ressentent, désirent et éprouvent. Parfois, l'effet est un peu forcé. Mais on se laisse néanmoins prendre au jeu. C'est une belle découverte à faire un bien du plaisir pour le lecteur.




Le toutamoi, Andrea Camilleri, traduit de l'italien par Serge Quadruppani, Points, 160 p., 6,40 euro.

Nous voici face à un livre plutôt déconcertant d'Andrea Camilleri. C'est l'histoire d'une jeune femme, Arianna, qui a eu le malheur d'épouser un homme âgé qui est devenu impuissant. Le couple est parvenu à un compromis : Arianna peut prendre des amants, mais à la condition impérative de ne les voir chacun que deux fois. Elle a respecté ce pacte jusqu'au jour où elle tombe amoureuse d'un garçon prénommé Mario. On croirait lire un roman de m



La femme de trente ans, Honoré de Balzac, préfacé par Jean-Yves Tadié, Folio classique, 368 p., 4,80 euro.

Voilà un roman curieusement troussé ! Honoré de Balzac nous a laissé des oeuvres bien mieux bâties que celle-là. On doit savoir que ce livre a été écrit en plusieurs temps entre 1829 et 1842, d'abord publié en feuilleton dans La Revue de Paris en 1837, puis édités successivement en 1837 et 1839, avec de nombreuses modifications. Mais cela ne signifie nullement que ce soit un mauvais ouvrage. Cela commence par des pages d'anthologie quand notre grand homme dépeint avec un luxe merveilleux de détails la grande parade militaire de 1813 qui eut lieu au Carrousel, quand Napoléon, avant de partir pour la désastreuse campagne aboutissant à la bataille de Leipzig , passa ses troupes en revue. Et cela se termine comme un roman d'aventure endiablé, qu'on dit avoir été inspiré par le Corsaire rouge de Walter Scott. Le reste appartient aux « Scènes de la vie privée ». Comme l'a souligné le préfacier, ce roman a partie liée avec la Physiologie du mariage. Il en faut pas oublier que, célibataire (et marié seulement quelques jours avant son décès), Balzac, à l'instar de Søren Kierkegaard, a été un apôtre convaincu des vertus de l'union maritale. Il a dépeint dans ce roman la vie de Julie d'Aiglement qui a épousé cet aristocrate avec lequel elle ne s'est pas entendue. Après plusieurs échecs sentimentaux, elle rencontre Charles de Vandenesse, avec qui elle va s'enfuir. Et l'histoire se termine dans une folle équipée maritime. Mais l'essentiel du propos de l'écrivain a été de faire le portrait de ces femmes, encore jeunes, d'avoir une vie intime qui puisse les satisfaire et tous les dangers que cela comporte. Nous sommes loin ici de Madame Bovary : l'adultère n'a pas été son sujet, et nous sommes aussi loin des romancières anglaises de son époque : rien de social n'entre en jeu. C'est l'amour contrarié qui est son enjeu. Bien sûr, nous sommes loin de la Princesse de Clèves et des romans d'amour de ces dames de la Carte du Tendre. Et Balzac n'a inventé pas un type, mais nous contraint à prendre conscience de la situation de la femme mariée au XIXe siècle, qui est loin de connaître les libertés de celle du XVIIIe, du moins dans les classes privilégiées. En réalité, il a voulu mettre en scène un cas exemplaire pour faire comprendre comment les dés ont été pipés pour les femmes prisonnières d'une institution qui les placent en porte-à-faux.




Revenir du silence, Michèle Sarde, Julliard, 416 p., 21,50 euro.

Ce roman est splendide, non parce que c'est l'égal de l'Ulysse de Joyce ou du Procès de Kafka, mais parce que l'auteur a su rendre l'histoire d'une famille (sa famille) avec beaucoup de style et de charme, malgré les aspects tragiques qui émergent, hélas, au cours de son récit. Voici l'histoire d'une famille dont les racines se trouvaient à Thessalonique. Il y eut ce grand incendie qui a contraint bien des habitants à partir. La famille de Michèle Sarde a fini par arriver à Paris et l'auteur nous dépeint ce qui se passe entre les deux guerres dans notre capitale, entre l'insouciance, les crises et la montée insidieuse de l'antisémitisme. Quant vient la guerre et le désastre de juin 1940, les Juifs français n'éprouve pas une peur particulière, pensant être protégés par leur nationalité nouvelle. En fait, les choses vont bien autrement car le gouvernement de Vichy va aussi collaborer pleinement à la politique d'ostracisme à l'égard des citoyens juifs et puis à leur déportation, main dans la main avec les SS et la Gestapo ! Le roman familial se noue avec d'autres histoires familiales (par exemple, celle des Modiano) et est à la merci de mille coups de chance ou coups de malchance) faux papiers, fausses cartes de ravitaillement, le passage en zone libre, puis en zone d'occupation italienne où aucune exaction n'est commise contre les ressortissants juifs. Et c'est sans compter sur les possibles dénonciations ou, au contraire, de la protection courageuse de bon Français qui n'acceptent pas cette honte. D'aucuns des parents et des amis sont capturés et disparaissent dans la nuit et le brouillard des camps. Quelques reviendront, mais pas vraiment tous, loin s'en faut. Et puis il y a les jeunes qui prennent le maquis. Dans ces pages, le père de la narratrice, Michel, a rejoint celui du Vercors, qui décide de lancer une offensive en 19445 lors du débarquement des Alliés. La majeure partie de ses membres est massacrée par les Allemands et les miliciens français. Mais Michel s'est miraculeusement sorti d'affaire. La seule erreur qu'a fait l'auteur touche cette question : tous les groupes de résistance armés étaient noyautés par les agents de deux brigades spéciales de la police de Vichy. Le groupe Manouchian est tombé de cette façon, comme les jeunes gens du Vercors. Les pages sur le retour des survivants des camps d'extermination sont très émouvantes, car sans pathos. Ce livre devrait faire partie des lectures conseillées de la classe terminale, car on y découvre l'histoire d'une monstruosité aberrante. Et, de surcroît, on ne peut pas lire ce livre sans passion -, une passion qui ne se dément pas jusqu'à la fin.




2015, Julien Blaine, Editions impaires, 224 p., 39 euro.

Encore une fois, Julien Blaine nous régale des ses insolences et de ses calembours qui finissent par être le miroir d'une nouvelle poésie. C'est pour lui un almanach de bons et de mauvais mots, qui sont des plus embarrassants, car nul ne parvient à savoir (en tout cas pas moi !) à savoir si c'est du lard ou du cochon. C'est ce qui fait le charme goguenard de ces poèmes concrets, de ces images truquées, de ces collages, de ces slogans à l'emporte-pièce, de ces strophes presque « classiques » (je souligne : presque), de ces jeux de mots et de ces jeux avec les mots qui nous font douter de la cérite de ce que nous regardons comme un objet littéraire. Art ou anti-art ? Sombre plaisanterie ou haute philosophie ? Déclin de la poésie ou sa résurrection ? On passe d'un sentiment à l'autre en feuilletant ce psautier de fabrication zurichoise, avec des avertissements et des mots d'ordre plus absurdes les uns que les autres. De la pure dérision au massacre des conventions des genres, même les plus avant-gardistes ! La sévère poésie concrète ou la stridente visuelle, ou les mélopée muezzinique de la poésie sonore, ou les graffitis de la poésie somnolente (onirique, ou de toutes les autres, braillées, hululées, déconstruites, ou muettes, totalement aphones, jusqu' aux phrases empruntées (disons-le carrément : volées) et aux bons mots (comme si un mot pouvait éprouver de la bonté), Julien Blaine nous promène dans un labyrinthe de signes, d'images et de caractères imprimés, en tous lieux et à n'importe quelle heure. Son goût est mauvais, kitsch en diable, mais aussi un révélateur de la vanité de nos menées en matière de poésie et d'art plastique. Ce recueil est une excellente méthode pour nous interroger sur ce qui s'offre à nos yeux et à notre intelligence dans ces sphères qui peuvent se confondre dans un joyeux tohubohu. Il nous propose de partir en voyage sur la barque de Charon à la rencontre des âmes damnées du vers parfaitement troussée et de la vieille typographie des poètes les plus « in ». C'est le train fantôme du sens et du contre-sens qui nous emporte sous sa férule. Il fait rire, cela va de soi. Mais ce rire là se change bientôt en une grimace car les dieux de la poésie sont partis sur la pointe de pied et nous laisse là avec des vocables, des paroles, des concepts et des mots qui prennent pied dans un contexte décalé. Non Blaine n'est pas le fossoyeur des rimeurs, des bricoleurs de la mise en page et des aboyeurs de foire, mais la conscience (encore une fois mauvaise) d'un doute et de ses ombres sur ce que nous sommes encore capable de faire -, à tort plus qu'à raison.




Petit éloge des fantômes, Nathacha Appanah, Folio, 112 p., 2 euro.

En attendant demain, Natacha Appanah, Folio, 224 p., 7,10 euro.

Mea culpa : je ne connais pas Natacha Appanah et je ne suis jamais allé visiter les îles de l'océan Indien. Grave erreur me direz-vous ! En fait, pas vraiment. L'auteur ne joue pas la carte de l'exotisme ou celle du pittoresque. Le petit recueil de nouvelles le démontre, si l'on fait exception de la description des conséquences de l'ouragan Hollanda. La première de ces nouvelles (celle qui a donné son titre à l'ouvrage) est assez belle et touchante. L'auteur a su montrer, à travers les derniers jours de vie de la grand-mère, comme sont tissés les liens entre les parents et comment est vécue leur disparition, en fin de compte relative, car ils restent toujours présents. Les autres textes ne sont pas mal ourlés, mais pas d'une originalité criante. Voici le problème : nous avons dans notre langue de bons auteurs, cela ne fait aucun doute. Mais quelle trace laisseront-ils ? Ce sont d'excellents professionnels, parfois sensibles et fins, mais qui n'apporte pas ce qui peut changé une vie intérieure. Venons en au roman. Il est bien fait, cela ne fait pas un pli, avec un joli sens du rythme et aussi une économie de langage qui n'est pas commune. On ne se perd pas dans des méandres amphigouriques. Mais le destin croisé de ces deux jeunes gens qui entrent dans la vie réelle avec la naissance de l'enfant reste trop une observation du sens d'extraterritorialité que ressentent ceux qui viennent de contrées lointaines. C'est quasiment un documentaire romancé. Je sais que c'est très à la mode et que beaucoup de personnes en France vivent cette situation, loin des leurs, loin de leur enfance, loin des paysages qui les ont accompagnés et surtout, loin des us et coutumes qu'on leur a enseignés. Cela ne suffit pas à faire une oeuvre. C'est le matériau pour la construire, comme si Flaubert s'était limité de raconter l'histoire d'un adultère en province. Faut-il le lire ou non ? Je pense que oui, mais plus du côtés des autochtones que nous sommes qui ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre) la situation de ces déracinés.




Par le temps qui court, Michel Butor, choix de Michel Butor, préface de Jean-Michel Maulpoix et Mireille Calle-Gruber, « Orphée », La Différence, 190 p., 10 euro.

Michel Butor n'est plus. Avec lui disparaît le dernier des grands protagonistes du Nouveau Roman, Il avait marqué cette période avec trois romans, dont le Passage de Milan. Puis, tout d'un coup, il s'est orienté vers la poésie, et aussi les essais avec ses Répertoires. A-t-il fait le bon choix ? L'avenir jugera. Il n'a jamais eu une conception formelle figée de la poésie qui aurait évolué au fil du temps. Ce n'était pas un hermétiste. Dan cette petite anthologie on voit bien que chaque poème a été conçu selon ce que l'auteur a voulu faire : l'un est narratif, l'autre est onirique et l'autre encore un pastiche très livre de la poésie ancienne. « Adieu au siècle » est un texte très caractéristique de sa démarche : il a résumé la plus grande part de sa vie en fonction des événement de chaque décennie, sans autre loi que celle des renvois engendrant le rythme du morceau. Je crois qu'il a surtout aimé le caractère elliptique de la poésie, qui permet de narrer les choses en allant à l'essentiel, en se dispensant de tout ce que l'art romanesque impose de digressions et de liaisons entre les parties. Butor n'a jamais cherché non plus à être originale, « inventeur » de formules nouvelles. Ce volume donne accès à l'essentiel de sa démarche et permet d'embrasser les mille registres de sa manière d'être poète, hors toutes les modes et tous les courants. Il représente un précieux guide dans un vaste univers où la contradiction n'est pas une contre-valeur. Et les plus curieux iront compléter leur apprentissage dans l'un ou l'autre des douze volumes des OEuvres de cet auteur aux Editions de la Différence (un monument !).




Le Fils de la montagne froide, Han Shan, traduit du chinois et présenté par Daniel Giraud, « Orphée », La Différence, 128 p., 8 euro.

Qui est Han Shan ? On sait qu'il a vécu sous la dynastie des Tang. On ignore même si cet homme passionné était bouddhiste ou taoïste. Et même s'il a été une seule et même personne. Il est demeuré dans l'histoire comme un des plus grands poètes chinois. Je dois avouer que je ne partage pas l'enthousiasme d'Ezra Pound pour la poésie extrême-orientale. Je ne la comprends guère. Je n'ai ni les connaissance ni peut-être l'esprit pour ça. De plus, le jeu des pictogrammes compte pour la compréhension du texte, ce que je ne peux faire. Il y a de très beaux écrits comme celui-ci qui commence ainsi : « A cheval je traversai la ville déserte / la ville désert émeut la sensibilité du voyageur... » Mais d'autres me sont impénétrables. Et si les spécialistes ne sont pas parvenus à identifier ses hommes, ses pratiques religieuses, ses origines, et donc les racines de sa quête poétique, je ne vois pas trop comment je pourrais les surpasser. Alors, il faut prendre ce qui a peut être pris et intelligible. Tout ici fait allusion à de grands maîtres et à des princes d'un passé très lointain pour l'auteur. Mais on y trouvera des perles qui nous ressentir savoir que ce Han Shan était un maître dans le maniement des mots et des pensées.




Ode maritime et autres poèmes, Fernando Pessoa, traduit par Dominique Touati & Michel Chandeigne, présente par Claude Michel Cluny, « Orphée », La Différence, 192 p., 10 euro.

Voici l'aspect le plus moderne, franchement avant-gardiste, collaborateur de l'unique numéro de Portugal Futurista, celui de son hétéronyme, le bouillonnant Àlvaro de campos, un jeune homme transporté par les idées de Marinetti, par les ivresses les plus absolue, et par le surgissement d'un monde nouveau et mécanisé. Mais tout n'est pas si simple que ça : l'Ode maritime, qui est de ses plus célèbres poèmes, a emprunté à Victor Hugo comme à Herman Melville et à Walt Whitman (à qui il a dédié un long poème), peut-être même à Lautréamont. C'est un chant lyrique démesuré, « formidable », aurait dit Emmanuel Kant, qui est entrecoupé des onomatopées issues des mots en liberté de l'auteur de l'Aéroplane du pape. L' « Ode sensationniste », dont Pessoa avait voulu faire son propre mouvement (sans le moindre succès !) et qu'il avait dédié au peintre et écrivain José de Almada-Negreiros, était une déclinaison lointaine du futurisme italien. C'est un hymne aux délices du voyage et à l'hédonisme pur, mais qui se rapproche des poèmes d'un autre hétéronyme, bucolique en diable. Ce recueil est une belle clef pour pénétrer dans les différents continents poétiques de cet écrivain qui a voulu être tant de poètes à la fois, affronter toutes les formes possibles de poésie, même les plus extravagantes.
Gérard-Georges Lemaire
15-09-2016
 
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Verso n°111

L'artiste du mois : François Lelièvre

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