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[verso-hebdo]
13-10-2016
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Cézanne et moi : un film pour rien ?
Le film Cézanne et moi de Danièle Thompson, qui vient de sortir, ne manque pas de qualités : beaux paysages, ambiances d'époque bien reconstituées, composition remarquable de Guillaume Gallienne campant un Cézanne à la fois truculent et pathétique très convaincant. Mais cela se gâte quand on passe à Emile Zola, l'ami d'enfance de Cézanne, devenu romancier célèbre. Guillaume Canet l'incarne avec distinction : c'est une première erreur car les photographies du temps nous montrent un Zola binoclard au faciès bourru bien loin de l'élégante physionomie du comédien. Mais là n'est pas l'essentiel : Danièle Thompson, auteur, passe complètement à côté du véritable Zola qui ne fut pas, vis-à-vis de Cézanne, le grand ami seulement désolé par les échecs d'un « génie avorté », mais un juge incompétent doublé d'un traître dont les hypocrisies atteignirent aussi Manet et le groupe des impressionnistes. Il aurait fallu s'en tenir aux faits, qui sont accablants pour Zola et désespérants pour le malheureux Cézanne qui, c'est vrai, ne voulut cependant jamais rompre avec son ancien camarade de collège.

Dès 1867, Zola a acquis la notoriété avec Thérèse Raquin, dont la préface de la deuxième édition était le manifeste du naturalisme. C'est à cette époque (1870) que le critique réputé Théodore Duret lui demande l'adresse parisienne du presque inconnu Cézanne, à qui il s'intéresse. Zola la connaît parfaitement (53 rue Notre-Dame-des-Champs) mais refuse de la communiquer, première trahison. Dans un billet du 30 mai 1870 il écrit avec perfidie : « Je ne puis vous donner l'adresse du peintre dont vous me parlez. Il se referme beaucoup ; il est dans une période de tâtonnements. Et, selon moi, il a raison de ne vouloir laisser pénétrer personne dans son atelier. Attendez qu'il se soit trouvé lui-même. » Le mot est d'autant plus lâche que, le lendemain même, Zola doit être le témoin du mariage de Paul ! Le temps passe. Avec L'Assommoir en 1876 et Nana en 1880, l'écrivain devient franchement célèbre, il vise l'académie française. Pour lui, plus que jamais, pas question de recommander des ratés obscurs : cela pourrait nuire à sa carrière. Or, justement, Renoir et Monet lui délèguent Cézanne en 1880 pour solliciter quelques lignes susceptibles de les défendre. Il en résulte quatre articles dans Le Voltaire du 18 au 22 juin dans lesquels Zola exécute littéralement les impressionnistes et assimilés : « Le grand malheur, c'est que pas un artiste de ce groupe n'a réalisé puissamment et définitivement la formule nouvelle qu'ils apportent tous, éparse dans leurs oeuvres. La formule est là, divisée à l'infini : mais nulle part, dans aucun d'eux, on ne la trouve appliquée par un maître... » Pour la première et dernière fois de sa vie, il cite le nom de Cézanne, mais c'est pour écrire que c'est « un tempérament de grand peintre qui se débat encore dans les recherches de facture... » Le pauvre Cézanne s'en contente et déclare que « c'est envoyé » !...

En 1886, L'OEuvre viendra parachever la destruction par Zola de son ami, qui bien entendu s'est reconnu dans Lantier : « Et puis quoi, après vingt années de cette passion, aboutir à ça... à cette pauvre chose... Tant d'espoirs, de tortures, une vie usée au dur labeur de l'enfantement, et ça et ça mon Dieu... » Après cette mauvaise action, Zola qui ne comprenait décidément absolument rien à l'art de son temps, encensa de médiocres pompiers comme Alfred Stevens dont il loua « la netteté admirable » ou Detaille et Roll dont il admira « les vastes ambitions ». Danièle Thompson conduit bien Guillaume Gallienne à exprimer avec talent la fureur impuissante de Cézanne au moment de la publication de L'OEuvre, mais elle laisse avec une complaisance bizarre Zola/Canet avancer ses arguments de défense cauteleuse. Dommage, vraiment : car la réalisatrice a fort bien compris que Zola n'avait aucun goût, sinon celui des bourgeois incultes de son temps. En témoigne le décor très étudié de la maison de Médan, surchargée de bibelots laids et prétentieux. Alors pourquoi n'a-t- elle pas voulu montrer qu'Emile Zola, certes futur héros de l'affaire Dreyfus et figure de la gauche intellectuelle, matériellement assez généreux (il donna de l'argent à Cézanne tant que ce dernier n'avait pas encore hérité de son père) était quand même et essentiellement un critique d'art improvisé et incompétent, plus grave encore, un traître à son ami, un fieffé hypocrite. Le titre du film, Cézanne et moi, indique bien que la cinéaste a choisi d'adopter le point de vue de Zola. Or ce point de vue, facile à reconstituer à partir des écrits de l'intéressé, est indéfendable. En somme, un film pour rien.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
13-10-2016
 
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Verso n°107

L'artiste du mois : Véronique Bigo

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