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[verso-hebdo]
10-11-2016
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Henri Fantin-Latour, ce génie méconnu
Parmi les nombreuses expositions de premier plan à Paris cet automne, il me semble que la remarquable rétrospective Fantin-Latour, intitulée A fleur de peau, a été un peu trop discrètement signalée par la presse (Musée du Luxembourg jusqu'au 12 février 2017, puis Musée des Beaux-Arts de Grenoble, ville natale du peintre, du 18 mars au 18 juin). Peut-être est-ce parce que Fantin fut et reste inclassable, comme le souligne en conclusion de son petit papier du JDD Marie-Anne Kleiber ? Ce qui rend cet artiste d'emblée sympathique, c'est qu'il se fit renvoyer de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris au bout de trois mois « pour manque de progrès » ! Autre titre de gloire très relatif : il fut présent au salon des Refusés de 1863 avec un Autoportrait et une Féerie en compagnie du Déjeuner sur l'herbe de Manet. Est-ce à dire que Fantin-Latour se situait alors à la pointe de l'avant-garde comme le crurent longtemps les jurés du Salon officiel ? Pas du tout, et le premier intérêt de l'exposition, dirigée par Laure Dalon, est de montrer  le caractère effectivement inclassable de son oeuvre, « voie originale entre l'académisme régnant et l'impressionnisme révolutionnaire ». Conscient de son talent, comme Manet, il voulut absolument exposer au Salon, comme Manet. Il y parvint à l'âge de 28 ans, avec son Hommage à Delacroix en 1864. Ce n'était pourtant pas un hommage au romantisme : autour d'un portrait de l'auteur des Massacres de Scio, il se représenta avec quelques amis (qui n'étaient pas des impressionnistes), ses marchands anglais, charles Baudelaire et aussi, et surtout Edouard Manet.

Ah, Manet ! Le voici donc souriant, la main gauche distraitement enfoncée dans sa poche. Fantin-Latour fera aussi de lui un portrait d'assez grand format en 1867 (96,4 x 125 cm, The Art Institute, Chicago) où il apparaît en dandy songeur, tenant sa canne à deux mains, dont l'une élégamment gantée, et il apparaîtra en gloire, travaillant dans Un atelier aux Batignolles (1870, Musée d'Orsay), concentré sur sa toile, entouré par sept admirateurs, dont Emile Zola, Monet, Bazille et Renoir, mais pas Fantin-Latour lui-même. Bien sûr, il avait une immense admiration pour Manet, mais il ne répondit pas positivement à une suggestion - presque une invitation - formulée par l'auteur d'Olympia dans une lettre d'août 1868 : « Je crois que, si l'on voulait se serrer les coudes, et surtout ne pas se décourager, il y aurait moyen de réagir contre ce monde médiocre, fort seulement de son unité. » Voici le paradoxe : Fantin-Latour est l'auteur de cinq grands portraits de groupe, envoyés au Salon entre 1864 et 1885 qui, comme l'écrit Laure Dalon, constituent la plus ambitieuse tentative pour donner une forme tangible aux affinités collectives dans la création moderne.

Or Fantin-Latour ne fit partie d'aucun de ces groupes et demeura solitaire. Comme d'ailleurs Manet lui-même, qui refusa toujours d'exposer avec les impressionnistes, pourtant tous ses amis dont il passait pour le chef de file. Ils ne voulurent finalement ni l'un ni l'autre « se serrer les coudes », comptant sur leur seul génie pour être reconnus. La reconnaissance tant attendue ne vint que partiellement et tardivement : tous deux reçurent la Légion d'honneur, certes, mais tous deux n'eurent d'importantes acquisitions par les musées que de manière posthume. Un chef-d'oeuvre comme La Famille Dubourg (1878, Musée d'Orsay) ne fut « accepté par l'Etat » qu'en 1921 « à titre de donation sous réserve d'usufruit » de Victoria Fantin-Latour, veuve du peintre. On reconnaissait cette dernière dans ce tableau, mais aussi sa soeur, la flamboyante Charlotte qui semble avoir été une importante source d'inspiration pour le peintre qui lui consacra en particulier un somptueux portrait (1882, Musée d'Orsay) qu'il lui donna et qu'elle légua plus tard au Musée du Luxembourg. Tout cela apparaît avec beaucoup de clarté dans cette belle exposition qui ne néglige pas non plus de faire une large place à la production de natures mortes par Fantin-Latour, maître dans l'art de peindre les fleurs. Les anglais raffolèrent de ses bouquets, ce qui lui procura une certaine aisance financière. Quant aux français, ils en firent un génie méconnu, et cela dure malheureusement encore de nos jours.

www.museeduluxembourg.fr
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
10-11-2016
 
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Verso n°111

L'artiste du mois : François Lelièvre

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