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[verso-hebdo]
24-03-2016
La chronique
de Pierre Corcos
Photographies d'identité
C'est le portrait qui s'impose au début de la photographie et, par cette rivalité triomphante avec la peinture de portrait, il étouffe même les autres tentatives de développement de cet art naissant. Le réalisme positiviste de l'idéologie bourgeoise, qui commande, veut en effet l'exactitude. Et la photographie le promet et le permet. Le prudhommesque mais aussi le judiciaire s'en trouvèrent pleinement satisfaits...
Oh, les choses depuis  ont bien changé ! Et la passionnante exposition de photographies et de vidéos En/quête d'identité (à l'Abbaye de Jumièges, dans son logis abbatial, jusqu'au 12 juin), sous la houlette de Jean-Luc Monterosso et Dominique Goutard, excellemment inspirés dans leur éclectisme aiguisé, interroge le portrait photographique ou vidéo, concrétisation polymorphe d'une identité protéiforme. Regard croisé de seize artistes contemporains... Le spectateur en sort à la fois perplexe et enthousiaste.

Comment nous nous aimons, à quelle identité visible sommes-nous attachés... pour soi ou pour les autres ? Avec malice, Stéphane Gizard confronte, dans Like me, le portrait d'un individu, composant au mieux (selon lui...) son image et l'imposant au photographe, et le portrait de la même personne, mais cette fois selon les vues du photographe qui reprend ses prérogatives. L'écart entre les deux portraits, placés côte à côte dans cette série de diptyques, ne manque pas d'interroger sur les conventions narcissiques des « selfies », l'intériorisation de normes dans les « égoportraits », Stéphane Gizard réalisant des portraits plus libres d'inspiration, on s'en doute, que ceux voulus par ses modèles...
Par tous les lieux où cet inconnu s'est rendu et s'est fait photographier, entre les années 1935 et 1954, entrer subrepticement et par effraction dans son identité, en se faisant, un demi-siècle plus tard, photographier aux mêmes endroits touristiques, avec la même pose et les mêmes vêtements ! En trouvant, il y a un quart de siècle aux Puces de Saint-Ouen, les photos de ce voyageur anonyme posant devant sites et monuments emblématiques, Bruno Rosier commençait une aventure photographique - La mémoire des parallèles - bouleversante comme celle d'un historien et/ou d'un comédien qui, minutieusement, se focaliserait sur un personnage disparu et son rapport au monde, pour s'attacher à le faire revivre.
Ironique, la série de portraits (Diaspora) réalisée par Omar Victor Diop nous rappelle le rôle méconnu de notables africains hors de l'Afrique, du XVe au XXe siècle, l'artiste sénégalais se déguisant, se mettant en scène, se photographiant lui-même dans ces poses « officielles », mais rajoutant chaque fois un attribut du... football. Il nous rappelle ainsi l'actuelle diaspora sportive africaine, et sans doute que l'on connaît davantage l'identité des grands footballeurs que celle d'autres personnages africains importants.
Leïla Alaoui, à qui cette exposition est dédiée (elle avait accepté il y a peu d'y participer, mais elle fut l'une des victimes des attentats islamistes de Ouagadougou en janvier dernier), nous offre ici, dans Les Marocains, une suite de beaux portraits photographiques en couleurs, grandeur nature et réalisés dans un studio mobile, d'habitants du Maroc appartenant à différents groupes ethniques, et vêtus de leur costume traditionnel. Archiver des identités sociales avant dilution ou disparition... On pense aux portraits sociotypiques dans l'Allemagne de Weimar signés August Sander, également à la série « The Americans » de Robert Franck. Et l'on admire la fierté naïve des modèles, consistant à s'exhiber ainsi, devant la photographe témoin, dans leur costume et coutume, souhaitant échapper aux délétères affronts du temps et aux mixages bâtards de la mondialisation.

Dans Masques Pékin Opéra, Facing designs et réalité augmentée, l'artiste Orlan, dont on connaît les jeux subversifs et audacieux à propos de l'identité féminine, se représente sous les masques diaprés de l'Opéra de Pékin. On peut juste s'amuser de ce fregolisme sinophile et apprécier ces éblouissantes photos, mais il serait fort dommage de rater leur ludique secret : grâce à une application de réalité augmentée, que l'on téléchargera sur son portable, on verra surgir l'avatar d'Orlan, « performant des acrobaties interdites aux femmes par l'Opéra de Pékin » (sic). On pourra même se faire photographier en compagnie de cet avatar !... Du virtuel au 3D ou au numérique, à quels niveaux surprenants les prouesses technologiques remettent en question la problématique de l'identité !
Il faut également citer les photographies troublantes de Valérie Belin sur Les sosies de Michael Jackson, lesquels tendent à conformer le mieux possible leur identité visible à l'apparence d'un chanteur... lui-même mânes pour la chirurgie plastique et pathétiquement à la recherche d'une identité idéale. Qui sont ces sosies ? Qui est Michael Jackson ? Quid de la société du spectacle et de la photographie ?... Citer aussi les clichés de Martial Cherrier (Corps sinistrés) que l'humidité de la cave familiale a lentement rongés, transformant les images gonflées du culturiste en silhouettes évanescentes de fresque antique. Citer enfin Immates/Détenues d'Olivia Gay, et ses pudiques et sobres photographies de femmes incarcérées, dont l'identité fut si malmenée : « comment continuer à construire l'image de soi, clés de l'estime de soi, dans l'enfermement de la détention ? » (sic).

Avoir en ces lignes fait le choix de parler surtout des photographes n'interdit pas de témoigner que très juste et pertinente fut la sélection des vidéastes de différentes nationalités retenus par Dominique Goutard et Jean-Luc Monterosso : Cris Bierrenbach, Niklas Goldbach, Catherine Ikam, Johanna Reich, Rogério Reis, Moussa Sarr, Cindy Sherman et Levi Van Veluw nous montrent, chacun à sa manière, que la construction identitaire, en grande partie sociale et/ou imaginaire, se voit sans cesse, par sa fragilité, son éphémère, menacée de déconstruction. Et l'exposition En/quête d'identité, où l'enquête sociologique se transmue en quête psychologique, esthétique, porte à merveille son titre !
Pierre Corcos
24-03-2016
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com