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[verso-hebdo]
21-04-2016
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Caillebotte, peintre et jardinier, sous la direction de Marina Ferrenti Bocquillon, Hazan / musée des impressionnistes, Giverny, 156 p., 29 euro.

Gustave Caillebotte (1848-1894) a longtemps été méprisé et considéré comme un ami des impressionnistes, qui les a aidés en achetant leurs oeuvres et en constituant ainsi une très belle collection, la première rendant justice à ces artistes. Quant au peintre, on l'a regardé comme un amateur, doué sans doute, mais ne possédant pas le talent de ses amis Monet, Sisley ou Pissarro. Ce n'est qu'en 1994, avec la grande rétrospective du Grand Palais que le public a redécouvert les vertus non négligeables de cet artiste. Sans doute cette exposition a-t-elle privilégié le peintre de la vie moderne, comme l'ont été Renoir ou Degas. C'était sans doute amputer une partie de son oeuvre puisqu'on y voyait ou le monde des ouvriers ou les rues nouvelles nées de l'urbanisme du baron Haussmann. Il a fallu attendre l'exposition à la ferme ornée pour mesurer la valeur de la recherche picturale de Caillebotte dans la veine impressionniste. Cette exposition a fait plus que lui rendre justice : on y a découvert un artiste de grande valeur. Cette nouvelle exposition nous présente quelques exemples de sa manière de montrer le nouveau Paris avec Les Peintres en bâtiment (1877) et Un balcon boulevard Haussmann (1880), par exemple. Mais elle se rapproche néanmoins de ce qu'on a pu voir récemment à Yerres et qui a été une révélation : les scènes de sa vie intime, la propriété familiale, ses jardins, la campagne avoisinante, ses Nymphéas sur l'étang (1872-1878) et son Paysage aux meules (18721-1878). Ces toiles et ces esquisses montrent qu'il ne s'est pas seulement conduit en bon élève de ses aînés : il a su aussi apporter sa propre sensibilité et sa propre technique, beaucoup plus déliée que celle de Monet. Quand il représente les baignades et se promène en périssoire sur l'Yerres (1877), il arrive à associer une sorte de réalisme qu'il n'a jamais abandonné tout à fait et une simplification du sujet, que ce soient les flots ou les feuillages touffus. Son Allée sous bois (1880) est une merveille et ses paysages de Normandie ou les Champs dans la plaine de Gennevilliers (circa 1884) ne sauraient être confondus avec aucun de ceux de ses confrères. Sans doute n'a-t-il jamais dépassé cers derniers, mais il n'en a pas moins apporter une contribution à l'idéal pictural des impressionnistes. Linge séchant, Petit Argenteuil (1888) est sans doute une tentative d'apporter le mouvement (ici par le truchement d'un vent fort agitant le linge suspendu) dans des toiles souvent statiques. Son propre jardin devient un lieu d'expériences multiples. Ses Glaïeuls (1893) sont une tentative de n'utiliser que le vert et le rouge. Il n'avait certainement pas l'âme d'un révolutionnaire, mais il n'a pas été l'élève timoré qu'on nous a présenté.




Kandinsky, philosophe de l'art abstrait, Philippe Sers, « bibliothèque », Hazan, 352 p., 19 euro.

Ce livre érudit est sans aucun doute très important pour comprendre la démarche artistique de Kandinsky car Philippe Sers a cherché à mettre à jour les mécanismes mentaux qui l'ont conduit à adopter l'abstraction comme mode d'expression exclusif. Avec le recul, cela ne semble pas un geste révolutionnaire mais, à l'époque, cela en fut un indiscutablement. Sans doute l'abstraction était alors un des thèmes discutés dans le domaine de l'esthétique et l'ouvrage de Wilhelm Worringer, Abstraktion und Einfülung : ein Beitrag zur Stilpsycholkogie, publié en 1907 est sans nul doute le livre qui a joué le plus grand rôle dans ce débat, qui ne concernait bien sûr pas l'art abstrait que nous connaissons, mais des manières de simplifier la forme, comme on peut le voir dans l'art égyptien. Cela dit ce livre a eu une grande influence sur les artistes du début du XXe siècle, en particulier sur Henri Gaudier-Brzeska, parmi tant d'autres. Je suis d'ailleurs surpris que le nom de cet homme éclairé ne soit pas présent au début de cet ouvrage. Le terme « abstraction » n'est pas sorti du chapeau de Kandinsky. Dans un tout ordre d'idées, Philippe Sers expose les sept moments qui ont mené Kandinsky à cette recherche novatrice, dont les Meules de Claude Monet, la décoration des isbas russes, le voyage en Russie de 1905, etc. Mais il a oublié une chose fondamentale, qui d'ailleurs est quasiment occultée de toutes les expositions (je pense à la dernière montrée au centre Pompidou), c'est son voyage en Afrique du Nord, qu'il a accompli aussi en 1905. Les toiles qu'il en a retirées (on a pu en voir certaines grandes pièces exceptionnellement lors d'une belle manifestation à la fondation Gianadda à Martigny en 2000) montrent le passage de la figuration à l'abstraction, sous une forme qui n'est plus celle de l'hypothèse, mais d'une tentative ambitieuse et totalement révolutionnaire qui commence à se formuler. Quoi qu'il en soit, affirme Sers, de différentes expériences Kandinsky a pu tirer une « philosophie ». Je pense que le terme est utilisé mal à propos à moins de le prendre dans le sens le plus commun. En revanche, je trouve particulièrement bien traitée la question du renversement et du dédoublement du regard. C'est bien ce qui passe dans la période qui va le conduire à ouvrir une voie sans précédent dans l'histoire de l'art occidental. En dépit de ces étranges manquements, le livre est vraiment passionnant car on peut comprendre le développement de la pensée de Kandinsky à partir du moment où il laisse derrière lui la figuration. L'auteur a su interpréter avec discernement ses écrits, qui demeurent aujourd'hui un point de départ pour de nombreux créateurs. Bien sûr, on pourra discuter longuement de ce qu'il a pu cogiter à partir des grands ouvrages de ce peintre qui est parvenu à imposer une vision de la peinture tout à fait imprévisible à l'époque des avant-gardes. Les autres formes d'abstraction de cette période sont souvent décorative ou bien correspondent à la transformation d'un élément visuel en un jeu de lignes, de plans et de couleurs. Par conséquent, une fois qu'a compris le mode de fonctionnement de Philippe Sers (qui d'ailleurs parle beaucoup des thèmes figuratifs de Kandinsky dans ces pages !), ce livre ne peut être négligé si l'on veut connaître les grands axes de la pensée sur l'art du peintre russe.




Thomas More, Marie-Claire Phélippeau, Folio « biographies », 288 p., 8,70 euro.

Thomas More (1478-1535) n'a pas été exclusivement l'auteur de l'Utopie, publiée en 1516. Il a été un grand humaniste, ami intime d'Erasme, et aussi un homme d'Etat d'une grande importance sous le règne d'Henri VII et surtout d'Henri VIII. Ce qui gêne un peu dans cette biographie, c'est qu'on éprouve quelque difficulté à comprendre comment s'articule ce qui appartient à sa vie privée, ce qui a à voir avec sa vie publique et enfin ce qui est sa fulgurante carrière politique. Tout d'abord, on ne parvient pas à se faire une idée claire de ce qu'il a pu apporter à son époque d'un point de vue philosophique. Ensuite, si les étapes de son ascension sociale rapide et spectaculaire sont bien définies, on ne sait trop sur quelles bases elles reposent. Après quelques missions diplomatiques accomplies avec beaucoup de discernement, il devient vice shérif de Londres en 1510. Arrivent ensuite les discussions très vives suscitées par les thèses de Luther, Henri VIII prenant position contre lui en 1521. More est catholique apostolique et romain et entend le demeurer. Il semble que le roi l'utilise contre les réformateurs. Cela n'est pas expliqué de manière tout à fait précise. On comprend bien que Henri VIII va longtemps jouer sur plusieurs tableaux avant d'opter pour la rupture définitive avec la papauté. Ce curieux méli mélo de religion et de haute et basse politique est une partie d'échecs complexe et risquée. De ce point de vue, Thomas More ne paraît pas avoir été très clairvoyant ni prudent. En sa qualité de chancelier (ce qui équivaudrait aujourd'hui à être premier ministre), il ne comprend pas que la publication récente du Dialogue concernant les hérésies pourrait être une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête ? Là, vraiment, sa démarche intellectuelle et son action politique ne donnent pas l'impression d'être en phase avec la situation qui se présente en Angleterre. Quoi qu'il soit, c'est tout de même une introduction sérieuse au parcours de cet homme d'exception, dont on ignore quasiment tout de nos jours en dehors des sphères universitaires. Donc ce livre a sa raison d'être et permet néanmoins de mesurer l'importance de son rôle.




Juliette dans son bain, Metin Arditi, Points, 336 p., 7,50 euro.

Ce roman paru l'an dernier se voit déjà rééditer en une collection de poche. Il faut dire que cet écrivain d'origine turque est parvenu très vite à se faire une réputation dans le petit monde de la littérature française. Il a d'ailleurs le don de comprendre comment une oeuvre de fiction peut trouver son lecteur : sans tomber dans les travers du roman bas de gamme, il sait aussi jusqu'où il peut aller sans briser le pacte implicite entre lui et ce mystérieux personnage qui a, nécessairement, mille visages. Il s'agit ici de l'histoire d'un homme très riche, qui a pris la décision de se révéler un généreux mécène, Ronald Kandiotis. De son abondante collection, il décide d'offrir deux pièces maîtresses de l'art moderne : Juliette au bain, la version de Picasso de 1912, et celle de Braque, de 1913. Et il ne rechigne pas à parler longuement à la radio de son existence, de la naissance de sa collection et des raisons qui le poussent à cet acte généreux. Mais cette décision est presque aussitôt suivie d'un événement tragique : sa fille Lara est enlevée. Suivent des lettres dénonciatrices signées par un groupe de personnes qui se déclarent les victimes de ce magnat : l'Avrak. C'est ainsi qu'on découvre les turpitudes et les malversations de l'homme d'affaires, qui n'a pas hésité à berner ses plus proches parents et à commettre des actions sans nom. Mais le portrait que brosse Metin Arditi de son héros est assez simpliste, pour ne pas dire digne d'une bande dessinée. L'histoire d'ailleurs disparaît au profit de ces révélations qui montre combien l'homme est mauvais. Et cela jusqu'à son décès. En fait le livre est cousu de fil blanc et se nourri d'idées reçues sur le monde des affaires. Ce n'est ni passionnant ni très bien fait.




Les coqs cubains chantent à minuit, Tierno Monénembo, Points, 192 p., 6,50 euro.

Le début de l'histoire peut faire penser à un mauvais film américain : Un homme arrive à La Havane et Ignacio Rodriguez Aponte voit en lui la possibilité d'empocher quelques dollars en lui servant de guide dans la ville. Mais cet homme-là, El Palanque, aussi noir de peau que lui, n'est pas un touriste comme les autres. Il est venu à la recherche de ses origines, dont il ignore tout. Et ses recherches ne sont pas faciles : personne ne semble disposé à lui prêter main forte. Mais la providence veut qu'il rencontre la jeune et belle Julia (au destin pour le moins mouvementé !), qui lui remet une lettre signée de la main de Fidel Castro : au début de l'insurrection, les barbudos de Castro ont trouvé refuge dans une grande propriété agricole. Pour remercier son protecteur, le chef des rebelles promet à cet homme généreux de lui laisser la jouissance de sa propriété. Cet homme, c'était le grand-père de notre héros. L'auteur a commis une erreur assez grossière car, à l'époque, il n'était pas question de collectivisme et encore moins de communisme : il s'agissait de renverser le régime corrompu de Batista et de chasser de l'île les Américains venus y faire toutes sortes de trafics ou passer du bon temps. Peu importe : le livre est aussi amusant et palpitant qu'intéressant. L'auteur a su y insuffler un rythme digne des Antilles et sans tomber dans la « couleur locale » et le pittoresque. Ce n'est sans doute pas un chef-d'oeuvre de la littérature universelle, mais en tout cas un livre avec lequel on peut passer de belles heures de lecture.




Les Yeux bleus, Thomas Hardy, traduit de l'anglais par Georges Goldfayn, rivages poche, 506 p., 9,90 euro.

Thomas Hardy (1840-1928) est le dernier de ces auteurs anglais du XIXe siècle qui ont pour objet principal de parler du destin contrarié des femmes, surtout à cause de leur origine sociale modeste. Des soeurs Brontë à Jane Eyre, en passant par George Eliott, des héroïnes mémorables ces écrivains nous font le récit de cette inexorable fatalité qui s'abat sur elles. Thomas Hardy est le premier homme à reprendre cette thématique en l'interprétant différemment. Cette fois, c'est le jeune homme, Stephen, qui n'est pas assez riche pour pouvoir épouser Elfride, la fille du vicaire dans un village du Wessex. Les deux jeunes gens songent à s'enfuir et aller vivre à Londres, Mais la jeune fille décide de ne pas partir. Quoi qu'il en soit, Stephen ne renonce pas : il décide de perfectionner ses connaissance pour s'élever socialement. Les années passent et Elfride se lie à un autre homme, Henry Knigt, mais ne lui révèle rien de ses premières amours avec le jeune architecte. Surpris et déçu, Knigt en vient à la mépriser pour son manque de franchise. De plus, il est la proie d'une jalousie qu'il ne dit pas, mais qui le ronge. Et leur idylle arrive à son terme. On a écrit et répété que ce livre a été publié pour la première fois en 1997. Ce qui est faux. Il a paru en 1913 chez Plon-Nourrit, sous un titre un peu différent : Deux yeux bleus et dans une autre traduction. Ce qui fait la beauté de ce livre, ce n'est pas tant l'intrigue qui rappelle l'histoire calamiteuse de Tess d'Uberville, mais un fort et curieux contraste entre le réalisme très marqué de son récit et une forme de poésie fine et même subtile tout à fait originale (il n'est que de se rappeler comment il nous rend présents les yeux d'Elfride !). Hardy est un homme qui se trouve vraiment au tournant de deux siècles, et qui laisse déjà entrevoir quelques aspects du roman à venir, bien qu'il demeure indiscutablement enraciné dans l'époque de Charles Dickens et de la reine Victoria.




Une soirée littéraire, Ivan Gontcharov, traduit du russe par Bernard Kreise, « nouvelles », L'Herne, 216 p., 16 euro.

Pour le public français, Ivan Gontcharov (1812-1891) n'est connu (quand il est connu) que pour son roman Oblomov. Il faut d'ailleurs se rendre compte avec amertume que son oeuvre n'a été traduite à ce jour que de manière très partielle. Il a été le rival de Tourgueniev et ce dernier l'a même accusé en 1857de plagiat. Cela a beaucoup nui à sa réputation et à sa postérité, même si les deux écrivains se sont réconciliés. Il a été admiré par Dostoïevski et par Gogol. Il a eu des positions assez contradictoires par rapport à la littérature, en particulier entretenant une certaine contradiction entre le réalisme et l'imaginaire. Dans ce livre magnifique, achevé en 1877, il est parvenu avec maestria à réaliser plusieurs desseins simultanément. Le premier a consisté à dépeindre avec force détails et avec une indéniable pointe d'humour, qui n'a rien de malicieux, un salon littéraire de son temps digne de ce nom. Dans ce salon fort prisé, il arrive qu'on lise des oeuvres encore inédites, qui sont livrées au jugement des invités. Un homme, qui n'avait encore rien écrit de significatif, s'est vanté de terminer un roman. On le prit au mot et on lui a demandé de le lire sitôt fini. Ce Kriakov ne s'est pas démonté et est revenu un beau jour le roman sous le bras. Et on l'a écouté le lire à haute voix. Cette lecture est ici le prétexte à une longue, à une savante, mais aussi à une très divertissante discussion sur le roman russe contemporain. Toutes les formes sont examinées, soupesées, critiquées ou admirées, et tout est jaugé à partir de Pouchkine, qui est dans cette histoire une sorte de saint patron de la modernité dans la langue russe. C'est absolument éblouissant de drôlerie, d'esprit de finesse et de connaissances très poussées de l'art de l'écriture. Ivan Gontcharov a proposé un petit chef-d'oeuvre littéraire sur la littérature russe vue par les Russes au fil d'un récit d'une superbe fluidité avec une foule d'intervenants qui vont faire évoluer la pensée du petit cercle sur cette grande affaire qu'est la littérature et ses finalités, qui demeurent objet de débats serrés. Le tout se termine par une farce, qui tourne en dérision ce monde de personnes cultivées, mais avançant parfois des jugements un peu trop hâtifs au point de ne pas voir les choses telles qu'elles sont vraiment.
Gérard-Georges Lemaire
21-04-2016
 
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