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[verso-hebdo]
12-05-2016
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Le dernier été d'Edouard Manet
Le musée Marmottan nous offre en ce moment (et jusqu'au 3 juillet) une belle exposition sous le titre de L'art et l'enfant, chefs d'oeuvre de la peinture française. Le thème est peut-être un peu bateau, certains tableaux sont à la fois très connus et inévitables, comme l'Enfant au toton de Chardin, mais il y a aussi de petites merveilles inattendues comme le Jeune homme à la casquette de Corot, venu du musée municipal de Semur-en-Auxois ou les Jeunes musiciens d'Antoine Le Nain venus du musée Thyssen-Bornemiza de Madrid. On est encore frappé par des curiosités comme la représentation de l'enfant dans le ventre maternel par Jacques Fabien Gautier-Dagoty (1740-1785) empruntée à l'Académie nationale de médecine. On regrette que les commentaires des cartels, repris dans le catalogue, se limitent à des exposés sur la situation de l'enfance en France selon les milieux et les époques, et que rien ne vienne éclairer le visiteur quant à l'intérêt artistique des tableaux et leur qualité éventuelle de « chef d'oeuvre ». Mais, à mon avis, l'essentiel n'est pas là : nous avons la révélation de deux pièces appartenant à des collections particulières, que nous n'aurons donc sans doute jamais l'occasion de revoir. Il s'agit de deux tableaux littéralement jumeaux, l'un de Berthe Morisot, l'autre d'Edouard Manet.

Nous sommes en 1882. Manet a loué pour l'été une belle maison de style Restauration à Rueil. Il est très malade : la syphilis contractée dans sa jeunesse en Amérique du Sud est devenue une ataxie locomotrice qui rend la marche ou la station debout insupportable. C'est assis dans le jardin, à l'ombre d'un acacia, qu'il peint la maison (Staatliche Museen de Berlin) mais aussi et surtout une ravissante petite fille. Il s'agit de Julie, l'enfant née du mariage de Berthe Morisot avec son frère Eugène, qui ont loué une autre maison, tout près de là à Bougival. Ils viennent souvent voir Edouard avec Julie, qui joue dans un bel espace sableux, un jour vêtue d'une robe blanche (ce sera le tableau de Berthe), portant un autre jour une robe bleue (ce sera le tableau d'Edouard). Dans les deux cas, il s'agit d'huile sur toile d'à peu près la même dimension (100 x 90 cm). Dans les deux cas il s'agit d'esquisse rapide brossée avec une merveilleuse sûreté du geste. Il n'y a pas de noir : seules comptent la lumière et l'attitude gracieuse de l'enfant qui fait un pâté ou s'est assise sur un arrosoir (Berte Morisot, Les pâtés de sable, 1882, collection particulière. Edouard Manet, Julie Manet sur l'arrosoir, 1882, collection particulière).

Manet adore cette enfant qu'il a déjà peinte bébé en 1879 (le petit tableau figure dans l'exposition, lui aussi appartient à une collection privée). N'est-elle pas bien plus qu'une nièce : la fille de l'amour impossible de sa vie ? Sa tendresse apparaît d'autant plus éclatante que, puisque sa chère Berthe est près de lui, il prend le parti d'être, comme elle, franchement impressionniste (il ne l'a pas toujours été, loin de là). Déjà, La Maison de Rueil était un sujet typiquement impressionniste plein de lumière, la disposition des couleurs et les ombres bleues étant très proches d'oeuvres de Monet, Pissarro ou surtout Morisot à la même époque (par exemple la lumineuse Jeune femme assise devant la fenêtre de cette dernière en 1879, Musée Fabre, Montpellier). Mais il y a encore davantage, dont on se rend compte grâce à l'accrochage simultané des deux Julie : dans l'un et l'autre cas, il n'y a que le pur plaisir de peindre par le moyen de taches colorées et l'éclatement des formes. Ce « tachisme » est alors nouveau dans l'art de Manet. Il va le confirmer avec Une allée dans le jardin de Rueil au cours du même été, qui sera son dernier été (Musée des Beaux-Arts de Dijon). Etait-ce là une nouvelle direction de qu'il allait faire prendre à son art ? La mort est venue trop tôt pour que l'on puisse le dire. Toujours est-il que, devant ces deux tableaux que l'on pourrait attribuer tous deux à Morisot aussi bien que tous deux à Manet, on reste songeur. La fusion de leurs vies avait été impossible, mais c'est la fusion de leurs conceptions de la peinture qui est finalement intervenue. Ce constat rend particulièrement émouvante la visite de l'exposition. Une visite décidément à ne surtout pas manquer.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
12-05-2016
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
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Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com